|
Aux
couleurs de 1851 par René Merle Encore quelques lignes, les dernières peut-être en
ce qui me concerne, sur la résistance au coup d’État de 1851. On ne trouvera pas ici une étude sur un événement
bien connu désormais [1], mais le reflet d’une expérience. Quitte
à enfoncer des portes ouvertes, je le sais : mais ce n’est pas aux seuls
« spécialistes » que je m’adresse ici. Avec quelques-un/e/s, j’ai été cofondateur
et animateur de l’Association 1851-2001, dont le rôle fut important dans le
150e anniversaire de la résistance républicaine au coup d’État
du 2 décembre. De cette expérience, je ne suis pas sorti indemne, tant se sont noués de façon complexe les fils qui de 1851 mènent à notre présent. Ils nous conduisent à reconsidérer la vision de ce présent, et, de ce fait, à reconsidérer nos engagements et notre action, comme l’a montré en son temps une réflexion novatrice de Jean-Paul Damaggio [2] sur le sens de la résistance et le rôle décisif, voire irréversible, du Second Empire dans l’orientation de la société française : ce Second Empire n’a pas été une parenthèse à placer aux oubliettes de l’Histoire, entre deux Républiques. La Troisième République n’est pas la continuation en droite ligne de la Seconde. Quelque chose s’est brisé, qui ne reviendra plus… Pour
essayer de tirer ces fils, je vais partir de l’écheveau des couleurs emblématiques
de cette résistance. « Tous
ensemble, tous ensemble, ouais, ouais… ».
Mais, dans les foules actuelles du « Tous ensemble » on ne marche
pas derrière un unique emblème : chacun porte son drapeau sur l’épaule…
Le rouge ne distingue qu’une appartenance syndicale, par rapport à
d’autres, bleues, oranges, blanches, tout aussi présentes. Pour l’instant,
le mouvement ne semble pas avoir besoin d’un signe de ralliement général,
d’un unique drapeau… Charbonnier
est maître chez lui ? 23
mars 1841. L’ouvrier qui monte dans le vieux Marseille vers le rassemblement
nocturne des conjurés porte un drapeau roulé : bleu, noir et rouge, les
trois couleurs qui, avant d’être celles des Carbonari italiens, furent
l’emblème de la Charbonnerie franc-comtoise (« Bons cousins
charbonniers »). Noir comme le
charbon, rouge comme la braise et bleu comme la fumée, selon l’acception
populaire [3].
Cette
conjuration manquée n’a jamais été évoquée dans la mémoire de la Cité,
sinon par le superbe poème de Victor Gelu, Lou
tramblamen, qui en présente les supposées motivations « populacières »
(c’est le terme de Gelu) : révolte spontanée, partageuse, sans réel
horizon politique, des sous-prolétaires de la savonnerie, Marseillais de
souche. Mais
Gelu ne dit rien du déroulement de l’événement, et de ses suites. Et depuis
nul ne s’en était inquiété. Bel exemple de l’oubli des Causes fracassées
par l’Histoire. La mémoire de résistance de 1851 en sait quelque chose… C’est
ce blanc de connaissance qui m’a incité à y regarder de plus près, et découvrir
une autre réalité marseillaise [4]. La
conjuration regroupait des ouvriers, venus de toute la France et pour
l’essentiel travaillant sur des chantiers. Leur organisation, liée à la
Charbonnerie vauclusienne, atteste de la « descente vers le peuple »
d’une Charbonnerie, jusque-là militaire et bourgeoise. Elle témoigne aussi
du gauchissement de l’objectif charbonnier : l’idéal de ces prolétaires,
que l’accusation dénoncera comme communistes partageux, est la République démocratique
et sociale. Désormais,
sur le vieil emblème, le rouge et le bleu nationaux, signifient (même si le
roi Louis-Philippe les a repris), l’espérance de la République. Et le noir
des charbonniers, qui suture le blanc détesté, fait lien avec le drapeau des
Canuts insurgés en 1834... L’ouvrier
au drapeau sait-il que Louis Napoléon, (qui dans trois ans écrira L’extinction
du paupérisme), fut combattant de la charbonnerie italienne ? Et
comment se douterait-il que, dix ans plus tard, levés contre ce même Louis
Napoléon, c’est l’emblème rouge noir bleu de leur vieille charbonnerie
comtoise que porteront les paysans investissant Poligny (Jura), à l’appel des
bourgeois démocrates [5]. Chargés
(bien à tort) des pires méfaits de la jacquerie rouge par les suppôts du coup
d’État, ces paysans, sensibilisés aux antiques pratiques communautaires
(fruitières), ces vignerons victimes de l’usure, reprenaient à leur façon
la revendication prolétarienne de la République démocratique et sociale. Ils
ancraient dans l’espérance électorale de 1852 un horizon concret de « socialisme
pratique », selon l’expression de leur dirigeant démocrate socialiste,
l’économiste fouriériste Wladimir Gagneur [6]. Bel
exemple de cette paysannerie révolutionnaire dont Marx pointait, à chaud, la réalité
au lendemain du coup d’État. Après avoir montré comment la masse des
paysans parcellaires avait porté Louis-Napoléon, Marx écrit : « Mais,
objectera-t-on, et les insurrections paysannes dans la moitié de la France, et
les expéditions militaires contre les paysans, l’incarcération et la déportation
en masse des paysans ? Depuis Louis XIV, la France n’a pas connu de
semblables persécutions des paysans « pour menées démagogiques ».
Mais entendons-nous. La dynastie des Bonapartesss ne représente pas le paysan révolutionnaire,
mais le paysan conservateur ; non pas le paysan qui veut se libérer de ses
conditions d’existence sociales représentées par la parcelle, mais le paysan
qui veut, par son énergie, renverser la vieille société en collaboration étroite
avec les villes, mais, au contraire, celui qui, étroitement confiné dans ce
vieux régime, veut être sauvé et avantagé, lui et sa parcelle, par le fantôme
de l’Empire »
[7]. Le drapeau
rouge de la déesse de la Liberté. J’ouvre
une fois de plus, dans la vénérable bibliothèque des Amis du Vieux Toulon, la
collection du très conservateur journal Le
Toulonnais. C’est
à chaud que l’avocat Maquan, Blanc parmi les Blancs, présente aux lecteurs,
désormais rassurés par la victoire de l’Ordre, les horreurs de
l’insurrection, jacquerie archaïque et violente, telle qu’il l’a
vue avec ses amis, les notables « blancs » de la ville de Lorgues
(Var), réfugiés dans leur mairie : « Les
défenseurs de l’Hôtel de ville, se pressant aux fenêtres et sur le balcon,
voient défiler, immobiles et muets, les bandes anarchiques traînant après
elles de nombreux prisonniers, parmi lesquels ils ne peuvent remarquer, sans frémir
d’indignation, un prêtre et un pauvre vieillard grelottant de froid sur une
charrette. Ces bandes sont sordidement vêtues et mal armées de mauvais fusils,
de faux, de haches, de bâtons, de vieux sabres, de faucilles. Une jeune femme,
coiffée du bonnet phrygien, couverte d’un large manteau bleu, marche entourée
de cantinières aux éclatantes écharpes et porte un immense drapeau rouge »
[8]. On
reconnaît Césarine Ferrier, la jeune pasionaria de l’insurrection [9], qui
inspirera Zola pour le premier roman de sa saga, La fortune des Rougon. Ainsi
va la colonne des Rouges, vers la catastrophe finale, après laquelle Césarine
partira refaire sa vie aux Etats-Unis… Le
portrait à charge de Maquan focalise sur le rouge, emblème de la plus détestable
jacquerie. Ce rouge, vilipendé par le Parti de l’Ordre, était de fait la
couleur que les Démocrates socialistes avaient avalisée dès 1849, le rouge
que « Frères et Amis » portaient fièrement en cravate, en foulard,
en brassard, à toute occasion publique, le Rouge qui les faisait arroser de vin
l’arbre de la Liberté. En
levant le drapeau rouge, les prolétaires parisiens avaient signifié leur
isolement de classe dans la nouvelle France républicaine. Ils le paieront dans
l’écrasement sanglant de juin 1848. Mais,
alors que bien des prolétaires, cruellement déçus par la République,
regardaient ailleurs désormais, ce rouge était ensuite devenu, en quelques
mois, l’emblème d’un front de classe unissant dans nombre de départements
paysans, artisans, petits-bourgeois, dans le refus de la République
conservatrice en place et l’espérance d’une « vraie République »,
démocratique et sociale. Comment
les Rouges de 1851 mariaient-ils leur écarlate au tricolore ? Le vêtement
bleu de Césarine est en soi une réponse… Bleu et rouge, en effaçant le
blanc haï, celui des aristos d’hier et des gros d’aujourd’hui. Mais
c’est bien le rouge que Césarine a choisi de brandir. Décembre
1851. Les deux drapeaux des insurgés Les
archives de la répression et les souvenirs de l’insurrection attestent
abondamment de la présence du drapeau rouge. Retenons seulement quelques
exemples. Le
journaliste républicain Eugène Ténot, qui publie courageusement en 1865 une
première présentation d’ensemble de la résistance [10], veut mettre à bas
la thèse de la Jacquerie. Il n’en cache pas pour autant l’omniprésence du
rouge. Les exemples abondent dans ses pages. À
Digne (Basses Alpes), lors de l’entrée de l’immense colonne insurgée,
c’est à leurs brassards rouges que l’on reconnaît les chefs des
contingents communaux. Et les enfants se pressent autour d’un insurgé qui
porte sur son chapeau un inattendu oiseau rouge… À
Capestang (Hérault), c’est en criant « Viva la Roja » et drapeau
rouge en tête que les insurgés prennent possession de la ville, dont ils
seront maîtres pendant six jours. C’est
le drapeau rouge qui flotte sur la colonne des démocrates
du Donjon (Allier) marchant en armes sur la sous-préfecture de La Palisse. Tenot
montre encore les bandes de villageois armés convergeant vers Clamecy (Nièvre),
« tambour battant, drapeau rouge en
tête, mais sans se livrer à aucun excès ». Mais il prend soin de préciser
que ces colonnes « rouges » ne sont pas seulement le fait de la plèbe
rurale : celle d’Entrains, par exemple, est dirigée par un riche propriétaire.
En
fait, si le rouge est partout, le tricolore l’accompagne. Même si, comme
s’en indignent les archives de la répression varoise, par exemple, le drapeau
peut être roulé sur la hampe pour ne laisser voir que le rouge L’iconographie
de l’insurrection est fort maigre, et pour cause. Les
insurgés convergent vers Nérac (Lot-et-Garonne), par forts contingents
municipaux précédés de tambours et brandissant des drapeaux rouges [11],
drapeaux évidemment stigmatisés après la défaite de l’insurrection. Dessinée
à chaud, la gravure de la puissante colonne insurgée traversant Nérac
(Lot-et-Garonne), en route vers Agen, n’en est que plus intéressante. Hubert
Delpont en a présenté et analysé les différents acceptions : « reportage »
local ou témoignage à charge [12] ? Quoiqu’il en soit, si les
oriflammes rouges apparaissent dans la foule, c’est bien le drapeau tricolore
qui est porté en tête. L’exemple
sanglant de Montargis (Loiret), relaté par Ténot, est particulièrement intéressant : « La manifestation de Montargis a été complètement défigurée
dans les récits publiés par les journaux de l’époque. Le rassemblement
aurait été armé, porteur d’un drapeau rouge, poussant les cris les plus
odieux ». Sur la foi de témoignages incontestables, Ténot rétablit avec
soulagement la vérité : le respectable démocrate en tête de la colonne
ne portait pas un drapeau rouge, mais bien un drapeau tricolore sur lequel était
écrit « Respect à la propriété » et la foule criait : « Vive
la République ! Vive la Constitution ! ». De
même à Bonny-sur-Loire (Loiret), où en quelques instants, après la messe, le
tocsin réunit « plus de quatre
cents hommes armés, et, au milieu d’eux, bon nombre de femmes. Le
rassemblement se dirigea vers la Maison commune aux cris de Vive la République !
vive la Constitution ! Il s’empara des armes qui y étaient déposées
ainsi que du drapeau tricolore de la commune. Une jeune femme, mère de famille,
le porta en tête du rassemblement ». Les
démocrates socialistes l’avaient souvent déclaré : le drapeau rouge
exprime les aspirations légitimes du Peuple, le drapeau tricolore est celui que
l’on porte aux frontières quand la patrie est en danger. Or
avec le coup d’État la patrie était en danger. Rien
ne gênait donc les « Rouges » dans la coexistence des deux
drapeaux. D’autant que, dans la plupart des cas, la résistance avait eu au départ
un aspect municipal et que le drapeau porté en tête des colonnes
municipales était tout naturellement celui de la commune, le drapeau tricolore.
L’exemple de Bonny-sur-Loire est confirmé par des dizaines d’autres. Ainsi,
le tricolore national est dans le même temps le signifiant d’une communauté
locale dans laquelle, plus ou moins clairement, les démocrates voyaient la base
de la République à venir. Dans
sa présentation de l’événement au Haut Comité aux célébrations
nationales, Maurice Agulhon écrivait
[13] : « Vainqueur
dans la capitale, le pouvoir autoritaire le fut plus aisément encore dans les départements,
où quelques soulèvements républicains, surtout dans le Midi, tinrent la
campagne jusqu'au 10 décembre, arrivant à contrôler quelques sous-préfectures
et même une préfecture, celle de Digne (Basses-Alpes). Ceux-ci attirèrent
vivement l'attention par leur origine provinciale, archaïque, paysanne. On
pouvait y voir un effet de la politisation des " ruraux " amorcée
depuis 1848 par le droit du suffrage, mais aussi une résurgence de "
jacqueries " économique et sociale habilement exploitée par quelques
leaders populaires. La nature exacte - en termes sociaux, idéologiques ou
" mentalitaires " - du soulèvement populaire, là où il eut lieu,
est restée un objet classique de discussion académique ». Mais
si ces débats « académiques » ont pu en effet passionner bien des
historiens, de la Troisième République à nos jours, l’entreprise n’avait,
on l’a vu, rien d’académique pour Ténot. Son insistance à faire émerger
le tricolore se comprend en rapport à la mission politique qu’il se fixait
par sa publication de 1865 : le tricolore dignifie les motivations légalistes
des résistants, défenseurs du Droit. Au
moment où le parti républicain se réorganisait et tentait de proposer des
horizons électoraux crédibles, il s’agissait de le dégager de l’image de
l’archaïsme de la jacquerie et du péril rouge de la revanche sociale.
C’est à quoi, avec bien d’autres s’emploie Ténot, quitte à ignorer,
volontairement ou pas, les causes économiques et sociales de la mobilisation
populaire de 1849-1851, et à prendre ses distances, au présent, avec les premières
luttes ouvrières. Cette
vision de la résistance de 1851 sera plus tard, de nombreuses études l’ont
montré, la pratique constante des Républicains sous la Troisième République [14]
: focaliser sur la défense du Droit pouvait faire consensus dans une opinion désormais
acquise majoritairement à la République, mais toujours hantée, depuis la
Commune, par le spectre de la Révolution sociale... Cette
historiographie « officielle » ne pouvait évidemment pas entièrement
satisfaire la recherche historique. Philippe
Vigier cernait bien le problème : « A la thèse de la jacquerie véhiculée par les
historiens conservateurs, Tchernoff ou Seignobos opposent celle de la
"lutte pour le droit", c'est-à-dire d'une protestation "spontanée" du peuple pour la défense de la république et de la
Constitution.
Or la réalité est plus complexe […] La question fondamentale est (même si elle a été
occultée par les fondateurs de la IIIème République, soucieux de pourfendre
la thèse de la jacquerie et de désarmer ce que Gambetta appelle "le parti de la peur") d'apprécier la part respective du politique et
du social dans les mouvements protestataires. A priori en effet, on ne comprend
pas pourquoi les paysans, les artisans et les bourgeois démocrates se sont
soulevés pour défendre la Constitution de novembre 1848, élaborée par une
Assemblée qui se préoccupait peu de leurs problèmes...
En revanche,
tout s'éclaire - grâce aux nombreuses recherches historiques menées depuis
une quarantaine d'années - si l'on fait intervenir le rôle décisif joué par
les organisations républicaines locales, les sociétés secrètes à
affiliation. Dans les zones insurgées, elles ont "enrégimenté" une bonne partie du peuple
des campagnes, dans l'espoir de faire triompher, aux élections de 1852, la république
démocratique et sociale, cette république des paysans et des "petits", pour laquelle les adversaires de Louis-Napoléon
Bonaparte n'hésitent pas à verser leur sang ».[15] Vigier montre en effet combien, dans
la seconde
moitié du XXe siècle, la recherche historique s’est enrichie d’apports
majeurs, français et anglo-saxons. Mais en focalisant sur la réalité
et l’importance des sociétés secrètes, particulièrement dans le Midi, en
s’interrogeant sur les types de sociabilité, les mentalités, les situations
économiques et sociales, le rôle des intermédiaires culturels, etc. qui en
avaient permis le succès, ces recherches posent bien entendu en filigrane un
autre problème: pourquoi les sociétés
secrètes n’ont-elles pas réussi à s’implanter dans d’autres régions, y
compris celles qui votaient « rouge » ? C’est le problème
auquel se heurte déjà Marx, à chaud, en 1852. « Dans les soulèvements qui se
produisirent au lendemain du coup d'État,
une partie des paysans français protestèrent, les armes à la main, contre
leur propre vote du 10 décembre 1848. L'expérience réalisée depuis 1848 les
avait assagis. Mais ils s'étaient donnés aux enfers de l'histoire, et celle-ci
les prit au mot. D 'ailleurs, la majorité d'entre eux étaient encore à tel
point prisonniers de leurs propres illusions que c'est précisément dans les départements
les plus rouges que la population paysanne vota ouvertement pour Bonaparte. Pour
eux, l'Assemblée nationale l'avait empêché d'agir, et il n'avait brisé que
maintenant les liens dans lesquels les villes avaient enfermé la volonté des
campagnes. Ils nourrissaient même, par endroits, l'idée grotesque de placer à
côté de Napoléon une Convention ».[16] On connaît les travaux
passionnants, notamment ceux de Maurice Agulhon sur le Midi provençal et d’Alain
Corbin sur le Limousin, qui, dans des directions différentes, ont récemment
contribué à éclairer ce questionnement [17]. Ce questionnement ne nous était pas
non plus indifférent. D’autant que la carte de la commémoration reprend
naturellement cette opposition entre une zone d’initiatives et une zone de
passivité. Si on pouvait allumer sur une carte
de France nocturne les lieux où se sont produits, autour de 2001 et par la
suite, des initiatives de commémoration, on verrait au Nord, outre le
clignotement parisien [18], la belle tache de lumière de l’Yonne et de la Nièvre,
puis, bien plus bas, à partir de la Drôme, le réseau serré des illuminations
du Sud-Est, grandement prolongé dans l’Hérault. Quelques clignotements vers
l’Ouest dans le Gard, l’Ardèche et l’Aveyron. Puis, à l’initiative
personnelle de Jean-Paul Damaggio [19], s’allumeraient d’autres foyers
autour du Tarn-et-Garonne. La nuit serait noire ou presque
ensuite à l’Ouest comme au Nord. Seule s’allumerait en Limousin la lampe de
la petite localité de Linards (Haute-Vienne) [20], où les insurgés furent défaits sur le champ de foire.
Linards où un double lien fut fait. Lien en aval, vers l’engagement « rouge »
du Limousin, par la contribution des animateurs de l’Association Mémoire
ouvrière en Limousin et le clin d’œil de la municipalité qui fit servir à
l’apéritif, « boisson de circonstance » dit le compte-rendu, des
« communards » [21]. Lien en synchronie avec la puissante commémoration du
Sud-Est, puisque la projection du Film de FR3-Provence, réalisé par Christian
Philibert avec la collaboration de notre association 1851, fit salle comble. Ainsi, cette carte de la commémoration
interrogerait à la fois sur la puissance de la résistance sur les zones étudiées
par Maurice Agulhon, Raymond Huard, Philippe Vigier, et sur la faiblesse, voire
l’inexistence de cette résistance dans ce grand croissant périgourdin et
limousin, (cher à Alain Corbin) aujourd’hui électoralement à gauche. Elle
interrogerait aussi sur les causes de l’oubli relatif qui, malgré des
initiatives individuelles de commémoration, a frappé la résistance, qui fut
importante, en Midi Pyrénées et en Aquitaine. Les drapeaux de l’Association commémorative Le débat sur la signification des
deux drapeaux, sur le lien qui pouvait exister entre eux, sur l’éclairage
qu’ils pouvaient donner de la situation en 1851 a été aussi le nôtre lors
de la création de l’Association 1851-2001. Dès sa naissance, elle a choisi
d’associer le tricolore et le rouge, en deux plans superposés, sur un fond de
carte représentant le département des Basses-Alpes, le seul où
l’insurrection ait pleinement triomphé, en attendant que le reste de la
France suive… Ce logo, dessiné par Richard Bonnet, a accompagné toutes nos
initiatives de commémoration et de publications. Il était présent dès la
première Journée - Colloque de l’Association, à Château-Arnoux (Alpes de
Haute Provence, anciennement Basses Alpes), en 1997. Il est sans doute inutile
d’insister sur l’évidence du tricolore de la Nation républicaine,
socle et garant de nos conquêtes démocratiques, laïques et sociales, comme
l’indique notre Constitution. Et comme la création de
l’association s’inscrivait au lendemain des élections municipales de 1995,
qui avaient vu le Front National emporter d’importantes municipalités dans le
Sud-Est, il ne nous apparaissait pas vain de rappeler à ceux qui ne voulaient
lui opposer que le drapeau Black – Blanc – Beur, que le tricolore
n’appartenait pas au F.N, et qu’il procédait des meilleures traditions démocratiques
du Midi. Le choix du drapeau rouge procédait
d’une empathie totale avec les insurgés. Si
la levée insurrectionnelle de décembre 1851 n’était que l’ultime avatar
des poussées révolutionnaires « d’ancien régime », alors, à
l’évidence, elle ne pouvait nous concerner au présent que dans l’empathie
avec des courageux levés contre un destin fatal. Par
contre, si la politisation des ruraux « rouges » impliquait véritablement
prise de responsabilité citoyenne de ces petits, de ces sans-grades,
attachement à la démocratie communale, organisation « horizontale »
rompant avec la structure hiérarchisée et « descendante »,
conviction que le Peuple doit faire son Histoire et ne la déléguer à
personne, structuration d’un front de classe (unissant propriétaires
individuels de la terre, du commerce, de l’artisanat, prolétaires ne vivant
que de leurs bras, petits bourgeois propagateurs du savoir et de la santé),
conviction qu’une action militante résolue peut amener à la Démocratie les
plus aliénés, si elle propose des objectifs concrets de mieux être et de
dignité, alors ces valeurs et ce drapeau rouge étaient les nôtres… Il
ne s’agissait pas plaquer d’antiques schémas sur notre réalité absolument
nouvelle, d’agiter un grelot vide en reconstitution historique, mais il
s’agissait de mettre encore plus en circulation citoyenne ces valeurs portées
par les résistants de 1851, de signifier que, au
présent, la république ne saurait être démocratique si elle n’était pas
sociale. Il est évident que ce choix
impliquait une réflexion sur le sens donné à la commémoration, et ce dans
deux directions, étroitement liées : le lien avec l’état de la
recherche, le lien avec les engagements citoyens actuels. Recherche historique et commémoration En
ouvrant en 1997 la première assemblée publique de l’Association 1851-2001,
Maurice Agulhon nous déclarait : « Nous sommes ici réunis pour un double
projet, l’étude historique et la commémoration. Ce sont des choses distinctes. L’histoire
relève du travail scientifique, objectif, tandis que la commémoration est une
activité sociale et civique plus ou moins déterminée ou orientée par l’idéologie
ou le sentiment. Mais ces choses distinctes sont aussi liées. La commémoration est
souvent l’occasion d’appeler au travail historique, et de faire ainsi
avancer la connaissance; et la connaissance aide à cultiver et à entretenir le
souvenir ». [22] De fait, l’anniversaire de l’événement
a encouragé la recherche. Assez
peu stimulés par le cent cinquantième anniversaire de la naissance de la
Seconde République (1848) les chercheurs l’ont bien plus été par celui de
sa mort : colloques, numéros spéciaux de revues, publications nouvelles,
mémoires universitaires, recherches locales, etc. Et
dans le même temps, s’appuyant sur ce socle de connaissances et y
contribuant, à l’appel de notre association et en coordination avec elle, des
collectifs citoyens ont, avec des succès divers, initié des entreprises de
commémoration locales, départementales, voire régionales, entreprises
auxquelles bien des historiens ont efficacement participé. L’amicale
mise au point de Maurice Agulhon s’adressait sans doute plus à ces « commémorants »
qu’aux chercheurs… Sauf
cas d’espèce (le sujet de recherche imposé par un maître et poursuivi sans
autre préoccupation que le profil de carrière : connaissance privée de
vertu), l’œuvre de connaissance s’accompagne d’une empathie avec les Républicains
insurgés. Mais
à juste titre, l’historien se méfie, dans la retombée célébrative,
d’une empathie citoyenne qui est parfois reconstitution d’histoire, quand
elle ne perçoit pas naïvement la politique du présent directement à travers
celle du passé. Lors
de la création du site de l’Association, conçu et géré par Frédéric Négrel
[23], j’écrivais ces quelques lignes de présentation : « L'Association
1851-2001 a été créée en 1997 par un groupe de Bas-Alpins et de Varois
depuis longtemps attachés au souvenir de l'insurrection républicaine de 1851,
et convaincus que les idéaux de la démocratie socialiste qui animaient les
insurgés sont toujours porteurs de dignité et d’espérance. L'Association
s'attache donc à sensibiliser les collectivités locales, départementales, régionales,
les associations, les enseignants, les chercheurs, etc. Elle aide dans la mesure
de ses moyens aux initiatives en cours, elle développe la collecte de
documents, et stimule la recherche. Elle publie un bulletin bimestriel et
organise chaque année depuis 1997 une journée d'étude qui rencontre un franc
succès. La
création du site internet s'inscrit dans cette entreprise de mise en
perspective historique de l'événement et de préparation d'une vraie commémoration
citoyenne du 150e anniversaire. Nous souhaitons que ce site soit
nourri de vos contributions, qu'il enrichisse votre documentation, qu'il noue
des liens entre les amis connus et inconnus à l'œuvre sur l'ensemble des départements
insurgés, et au-delà… » On le voit, c’est dans cette zone (confuse ?) de contacts
entre recherche universitaire et recherche « civile », initiatives
officielles et commémoration associative, que nous inscrivions nos efforts. Par définition, notre
action se situait initialement, on l’a vu, dans les zones où avait eu
lieu la résistance. Et si nos colloques annuels, nos publications, faisaient
lien entre ces zones, « sur le terrain », c’est localité par
localité, département par département, que se sont développées les
initiatives. Comme si la carte de la commémoration, déjà évoquée, reprenait
celle de la résistance, qui fut le plus souvent au départ municipale, on le
sait, et qui fut départementale dans la mesure où les insurgés voulaient
converger vers sous-préfectures et préfectures pour y rétablir la légalité
républicaine. En quoi consistait cette action commémorative ? Essentiellement d’abord dans le
rappel de l’événement. Pour susciter ou faire aboutir ce
travail de vulgarisation, au bon sens du mot, nous pouvions nous appuyer sur un
noyau de passionnés informés par des lectures (l’impact d’un ouvrage comme
La République au village, de Maurice
Agulhon [24] avait en son temps largement dépassé le cercle des spécialistes),
et par des héritages : héritages politiques de militants de gauche ou de
militants régionalistes dont les organisations et les journaux avaient plus ou
moins régulièrement salué les insurgés, héritages familiaux dans la mémoire
d’un aïeul victime de la répression, héritages locaux dans des localités où
un monument honore les insurgés, etc [25]. Mais, au-delà, il
fallait bien convenir que la mémoire des insurgés ne faisait pas partie de la
mémoire collective. Même dans le Var où je vis, et où l’insurrection a été
si puissante, nombre de cercles ruraux se sont appelés, jusqu’à une époque
récente, cercles du 24 février (date de la proclamation de la Seconde République).
À ma connaissance, aucun ne faisait référence à la défaite de 1851... Ce fut un des grands bonheurs de
notre entreprise volontariste que d’avoir fait accomplir à tant de citoyens
ce voyage en
terre inconnue, dont ils gardent la fierté, comme ils gardent leur
reconnaissance à ceux des historiens qui ont pris sur leur temps pour
participer à ces assemblées populaires. Mais
nous ne pouvions que nous interroger ce blanc de mémoire, qui n’est pas
innocent. On
le sait, ce que l’Histoire ne tient guère à raconter est pratiquement exclu
de la mémoire collective. Or, en l’occurrence, les historiens étaient depuis
longtemps à l’œuvre, et fort efficacement. Si la résistance au coup d’État
n’était pas inscrite dans les mythes nationaux, ce ne pouvait être de leur
fait. Il s’agissait donc de lacunes dans la transmission de l’événement,
d’un manque de relais politiques, culturels, et au premier chef de relais
officiels : la mémoire de l’événement, souvent précocement brisée
dans la culpabilité et le sentiment de l’échec [26], mémoire fluctuante
[27], a été bien peu entretenue officiellement au siècle passé. Qu’est-ce
qui pouvait bloquer dans le rappel de l’Insurrection ? Maurice
Agulhon déclarait, lors de la première journée d’études de l’Association
1851 : « On
peut réfléchir aux causes profondes de la désaffection qui atteint nos
rebelles préférés. Il y a plus d’un quart de siècle que j’ai écrit et même
fait imprimer
[28] l’hypothèse suivante :
nos héros qui ont pris le fusil pour défendre la loi et singulièrement la
Constitution violées se sont heurtés à deux réticences symétriques :
prendre le fusil, marcher, s’insurger, assiéger les sous-préfectures, cela
fait tout de même un peu inquiétant pour les sensibilités conservatrices et
les bourgeoisies vite apeurées ; mais prendre le fusil seulement pour défendre
la loi, la loi abstraite, la loi formaliste, c’est un peu insuffisant, ou
timide pour ceux qui voudraient voir le peuple établir la Justice sociale. La
théorie républicaine qui justifiait nos insurgés était d’un strict
formalisme : en démocratie libérale la violence est mauvaise mais elle
redevient légitime pour défendre cette démocratie libérale, et pour cela
seulement. Encore une fois, c’est un peu trop chaud pour la droite et un peu
trop timide pour l’extrême gauche. Les insurgés de 1851 étaient les hommes
d’un centre gauche, par nature moins enthousiasmant que les tendances
antagonistes. On ne m’a guère contredit sur cette analyse, mais on ne l’a
pas beaucoup reproduite non plus ». [29] Trop
« rouge » et révolutionnaire pour des républicains modérés, sans
doute. Je me souviens d’un élu départemental me disant d’un ton navré,
après une journée commémorative : « Mais c’était quand même
une insurrection… ». Pas
assez rouge et révolutionnaire pour d’autres, sans doute. Des célébrateurs
attitrés de la Commune, des chantres de « la Sociale » ne nous
l’ont pas envoyé dire. À quoi bon renouer avec ce bon vieil idéal
sans-culotte, ce mythe d’un monde de paysans et d’artisans vivant enfin
dignement du fruit de leur petite propriété ? D’autant que cette couche
sociale est en mutation totale, sinon disparition aujourd’hui… Pourquoi ne
pas se consacrer à cette classe ouvrière qui devait « accoucher le vieux
monde » ? À
ces raisons du peu d’intérêt pour l’insurrection, on peut ajouter, chez
beaucoup de personnes de bonne volonté, une certaine déception, quand la première
plongée dans la réalité de la résistance de 1851 aboutit à une démystification
de l’épopée supposée. Les
émeutes qui réussissent donnent lieu sans problèmes à des célébrations
officielles. Ainsi du 14 juillet, même si le peuple qui prit la Bastille est
oublié derrière les fastes militaires. Les
insurrections qui échouent peuvent être abandonnées aux seules approches
historiennes : ainsi celles des sociétés secrètes républicaines de 1832
et de 1839 à Paris. Même si ces restitutions historiques dévoilent parfois
des pans entiers d’une histoire sociale occultée : ainsi de la vague de
révoltes fiscales méridionales de 1841 [30]. Mais
des insurrections qui échouent n’en sont pas moins toujours célébrées, par
ceux qui s’en veulent les héritiers, comme des éléments fondateurs :
ainsi des insurrections des Canuts lyonnais, en 1831 et en 1834, ainsi de la
Commune, magnifiées pour leur combativité et leurs amples perspectives. Mais
quid des acteurs en mal d’efficacité
de la résistance de 1851, dans la tragédie du
« que faut-il faire ? ». Après
le froid massacre parisien, destiné à terroriser qui oserait résister, que
pouvaient faire les manifestants des grandes villes, rassemblés par milliers,
et attendant un ordre ? Impuissance ou réalisme, les dirigeants « rouges »
de Bordeaux, Marseille [31], Toulon [32]
ou Toulouse ne le donneront pas… Que
pouvaient faire les démocrates de Lyon et du Forez, écrasés lors de leur
insurrection « rouge » manquée de 1849, et depuis soumis au talon
de fer de l’état de siège ? De
nombreux ouvriers des petits centres industriels avaient participé à la résistance.
Les mineurs paysans du Bassin des Bouches-du-Rhône unirent grève revendicative
et participation à l’insurrection [33]. Mais que pouvaient espérer les démocrates
des grandes zones industrielles (textile normand, bassins miniers du Nord et des
Cévennes), devant l’apathie des prolétaires qui n’avaient pas oublié que
la République les avait saignés en juin 1848, et qu’elle les avait privés
du droit de vote en 1850, alors que le jour même du coup d’État le Président
rétablissait le suffrage universel. Les milices patronales ouvrières du bassin
du Gard [34], par exemple, n’eurent pas grand mal à dissuader les mineurs de
bouger. Que
pouvaient envisager par exemple les ruraux « rouges » du Loiret après
que leurs leaders aient été arrêtés en masse lors de la manifestation d’Orléans,
le 3 décembre ? Affronter gendarmes et hussards comme à Montargis où un
insurgé est tué ? Prendre d’assaut la mairie et la caserne de
gendarmerie comme à Bonny-sur-Loire ? Mais ensuite ? Que faire contre le
quadrillage des campagnes par l’armée, sinon abandonner… Que
devaient entreprendre les colonnes insurgées convergeant sur Nîmes ?
Elles n’en étaient plus qu’à quelques kilomètres quand les chefs républicains,
persuadés de la vanité de l’entreprise, ordonnèrent la dispersion [35]. Et
que purent faire les combattants de la Drôme ou du Var quand ils durent
affronter l’armée régulière, sinon plier ? Que
pouvaient espérer enfin les insurgés bas-alpins, maître d’un département
alors que la France les abandonnait, sinon rentrer dans leurs foyers et tomber
dans la nasse de la répression… Mais
notre propos associatif n’était pas de jouer les stratèges en chambre, évaluer
les possibilités ratées, pointer les erreurs de commandement, refaire la prise
d’Agen, l’investissement d’Auch ou la bataille d’Aups... C’étaient,
répétons-le, les valeurs qui, selon nous en tout cas, avaient animé les
insurgés que nous souhaitions exalter. Nous l’écrivions dès notre premier Bulletin
[36]. Commémoration et récupération ? Se posait donc alors le problème de
l’orientation de la commémoration, et de son éventuelle récupération
politique, au sens étroit du terme. Deux ans auparavant, en 1995, nous
avions pu lire sous la plume de Philippe Vigier cette remarque qui nous avait
quelque peu glacés : « Nous n'avons pas voulu interpréter ici les
faits, mais mieux faire connaître des événements trop souvent ignorés ou méconnus :
le fait que dans tel ou tel département insurgé en décembre 1851 la commémoration
ait été quasi confisquée par l'extrême gauche républicaine a sans aucun
doute nui à l'"image de marque" laissée par le mouvement ». [37] Ainsi
les milliers de Bas-Alpins rassemblés devant le monument des Mées, en 1951,
pour écouter Jacques Duclos célébrer le centième anniversaire de la résistance
auraient, sans le savoir, nui à l’image de marque de la résistance… Alors
que le passage confidentiel, mais néanmoins remarqué, de François Mitterand
devant ce même monument, en septembre 1967, s’inscrivait par contre dans la
tradition républicaine (et la lutte contre le pouvoir personnel [38]).. Effectivement
l’hommage aux insurgés, quand il avait pu se produire, avait relevé surtout
de la conscience protestataire « d’extrême gauche ». Mais qui empêchait
alors les autres organisations républicaines, qui empêchait les pouvoirs
publics de donner à l’événement toute sa place ? Nous
ne pouvions que nous poser encore plus la question entre 1997 et 2001, alors que
la France était dirigée par le gouvernement de gauche de Lionel Jospin. Tous
ceux qui ont œuvré dans ces années préparant et accompagnant la commémoration
ont pu faire le même constat d’indifférence relative ou totale des
pouvoirs publics tant aux niveaux des Régions (où la prise en compte de la résistance
aurait pu avoir un effet fédérateur) qu’au niveau national. Ce n’était
pourtant pas faute de solliciter ces pouvoirs publics. Nous ne demandions pas
d’argent, mais un signal d’encouragement, une prise de position citoyenne.
Rien n’est venu du plus haut lieu de la République. Il n’y avait pas de
souffle dans les quelques mentions consacrées à la résistance, parmi tant
d’autres événements. Même la pauvre demande d’émission d’un timbre a
été ignorée. Ajoutons
que, alors que la presse de province a honorablement couvert l’événement, la
grande presse nationale, hormis L’Humanité,
est demeurée parfaitement indifférente à nos informations, y compris
l’hebdomadaire qui commençait à guerroyer sous le beau nom de Marianne. On
nous laissait aimablement répéter que les Républiques sont mortelles, que
toutes celles qui précèdent la nôtre sont mortes d’un coup de force, en
1799, en 1851, en 1940, en 1958… On ne nous prenait guère au sérieux.
L’union sacrée se faisait contre la menace du Front et rassurait sur le sens
démocratique des Français. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement Jospin
préparait en 2001 l’opération quinquennat et inversion des dates des législatives
et des présidentielles, dans la ferme conviction qu’elle ne pouvait que
profiter au candidat de la Gauche dite plurielle. Au moment donc où les
dirigeants de la Gauche consolidaient de fait le pouvoir présidentiel, il était
malvenu de revenir sur un épisode illustrant à l’extrême les dangers de ce
pouvoir. On
nous laissa donc gentiment célébrer, et seulement associativement, le souvenir
de la résistance de 1851. Ce
n’est que, rarement, au niveau départemental, et souvent au niveau municipal,
que les élus ont pris leurs responsabilités. Il
est à la fois amusant et attristant aujourd’hui de repenser à l’indifférence
renforcée de morgue de ces dirigeants, qui aujourd’hui, depuis que le spectre
du pouvoir personnel est devenu une
réalité bien tangible, répètent à leur tour que les républiques sont
mortelles et qu’il faut résister… Les drapeaux
de la commémoration Nous
n’avons pas eu besoin de forcer sur le rouge pour exprimer notre souhait
d’une vraie république démocratique et sociale. Je ne me souviens pas de présence
de drapeaux dans les réunions, les causeries, les conférences, les très
nombreuses assemblées que nous avons organisées dans le grand Sud-Est, ou
auxquelles nous avons été invités par des associations très diverses.
Ainsi, je me souviens avoir été invité par des associations laïques, des
services culturels municipaux, des bibliothèques, des cercles ruraux, des
groupements provençalistes et occitanistes, un rotary club, des vétérans du
P.C.F, etc., sans parler des radios, publiques ou privées, y compris une radio
catholique, et de la télé de FR3 régional… Je n’y arrivais pas en portant
un drapeau tricolore et un drapeau rouge. Il
n’en a pas été exactement de même lorsque les commémorations sont venues
d’initiatives amies, mais autonomes. Par
exemple, je regarde la brochure que le Conseil Général du Var a publiée pour
commémorer l’insurrection [39]. Ce Conseil Général (à majorité de droite)
a tenu à célébrer officiellement la résistance varoise. On peut lire dans
l’introduction : « La résistance
au coup d’État du 2 décembre 1851 fait partie des grandes pages écrites par
la population varoise. Aussi le devoir de mémoire s’impose-t-il. Pour éclairer
les nouvelles générations comme pour se rappeler les difficultés qui ont vu
naître notre démocratie. En règle générale, l’Histoire nous apprend que
la vigilance s’impose à tous, et que les régimes politiques ne sont pas éternels.
Rien n’est jamais acquis et se souvenir des combattants pour la Liberté est
certainement le plus grand hommage que l’on puisse rendre aujourd’hui et
demain à cette République à laquelle nous sommes viscéralement attachés ». Ce
conseil général a puissamment aidé par son soutien financier les initiatives
les plus diverses : film, pièces de théâtre, publications diverses, y
compris une bande dessinée, frappes de médailles, colloque, etc. La
brochure porte sur la couverture et dans ses pages intérieures deux drapeaux
tricolores entrecroisés. Je
regarde une photo prise lors de l’inauguration du Rond Point des Insurgés, à
Digne, début 2002. Je dois prendre la parole avec le Maire de Digne et le Président
du Conseil Général, Jean-Louis Bianco. Derrière nous, la plaque que nous
allons dévoiler est recouverte d’un drapeau tricolore. Je
feuillette maintenant le numéro spécial de la revue 36000 communes, organe de la Fédération Nationale des Maires
Ruraux, consacré à la Démocratie. Il contient plusieurs contributions
unissant Commune, République et Démocratie, notamment deux dans le souvenir de
1851 [40]. La photo d’une écharpe tricolore, posée sur une lause, illustre
cet hommage à la résistance de 1851, avec la légende suivante : « L’écharpe
tricolore : trois couleurs héritées de la Révolution, emblèmes de notre
République ». Ainsi,
lors d’initiatives officielles différentes, conduites par des protagonistes
bien divers, le drapeau tricolore joue naturellement son rôle de rassemblement
des citoyens autour des valeurs républicaines. Je
lis maintenant un article découpé dans le quotidien auvergnat La
Montagne (18 décembre 2001). Il relate l’hommage rendu aux insurgés par
la commune de Saint-Léon (Allier) « En
costumes d’époque, les enfants, le personnel des écoles et les parents d’élèves
ont défilé jusqu’à la rue Gilbert-Billard où une nouvelle plaque a été
inaugurée » en présence des élus de la commune, des communes
voisines, du conseiller général et du député. « Le
cortège conduit par les élèves interprétant “ le chant du départ ”
s’est ensuite rendu à la salle des fêtes. Là, J.P.Geay, professeur
d’histoire, natif de Saint-Léon, a rappelé les événements de décembre
1851. […] Les élus rappelèrent cet épisode historique en y rattachant
l’actualité. […] Chacun remercia l’implication de la commune et de ses
habitants dont certains avaient hissé le drapeau rouge, symbole des républicains ». Apparaissent
donc ici deux données nouvelles, la reconstitution et le drapeau rouge, que des
exemples varois que j’ai vécus me permettent de préciser. Je
regarde maintenant une photo. Elle présente l’arrivée d’un circuit pédestre
organisé à Taradeau (Var), sur les traces de la colonne insurgée de décembre,
par l’association « Taradeau Amitié » et par le Foyer rural. Les
nombreux participant/e/s sont en tee-shirt, survet et short. Il fait encore bien
chaud ce 29 septembre 2001. Chacun/e porte sur sa poitrine un badge avec le nom
d’un des insurgés de la région. La
couverture du dépliant, « Journée
républicaine à Taradeau », indique les activités de la journée,
(animations, conférence, banquet) en marge d’un grand tableau [41] : la
longue colonne des insurgés s’avance vers nous. En tête marchent deux
paysans à gilet noir, « brayes » claires et « taillole »
(ceinture) rouge, brandissent des fusils. Un tambour bat la charge et devant lui
marche Césarine, avec son grand drapeau rouge. Derrière, un autre homme
brandit un fusil : il porte le haut de forme et la jaquette noire du
bourgeois. Autour du rouge du drapeau, le bleu et le blanc des blouses évoquent
le drapeau national. L’évocation
historique de la colonne et le recours aux couleurs privilégiant le rouge se
doublent donc du désir d’implication des participants, mais sans recours au
costume d’époque. On est bien en 2001, par un samedi presque habituel de détente
et d’activités sportives. Je
regarde maintenant la couverture de la brochure publiée par le Comité local
pour la commémoration de l’insurrection de 1851 à La Garde-Freinet (Var)
[42], brochure remise à tous les foyers de la localité. Elle est entièrement
occupée par un tableau. Arrivant au clocher campanile, la longue colonne des
insurgés, hérissée de fusils et de sabres et de drapeaux rouges. La plupart
des hommes portent la blouse bleue et le large chapeau des paysans et des
bouchonniers, quelques-uns portent le haut de forme des bourgeois. Les femmes
portent la longue robe et la coiffe provençale. Un tambour mène la marche. Au
premier plan, un homme en blouse bleue et foulard rouge tient un fusil, et Césarine
brandit un immense drapeau rouge… Je
regarde maintenant une photo. C’est le même village, le même cortège, de
blouses bleues, grands chapeaux noirs et coiffes provençales. Mais tous et
toutes portent le foulard rouge et beaucoup des fanions rouges. Je reconnais en
tête l’homme à la blouse bleue et au fusil, c’est mon ami Gérard Rocchia,
président du comité et descendant d’insurgé, comme tant d’autres ici. Et
je reconnais Césarine qui porte un drapeau rouge. À ses côtés, je me
reconnais dans l’autre homme en blouse, sans armes : je porte un drapeau
rouge que l’on m’a remis d’office en tant que président de
l’association 1851... J’entends
à nouveau les détonations des fusils de chasse et des tromblons des bravadeurs,
mêlés au roulement des tambours et aux fifres provençaux du Golfe de Saint
Tropez, jouant « La Carmagnole » ; et j’en ai la chair de
poule. Ce
que j’aurais pu craindre être une de ces innombrables et folkloriques
reconstitutions en costume, style médiévales, a été en fait une des plus
belles et sincères manifestations d’hommage aux insurgés auxquelles il m’a
été donné de participer. J’ai
encore en mémoire le propos de Gérard Rocchia, s’adressant aux ombres des
insurgés qui nous écoutent, quelque part dans les branches des platanes de la
place où nous sommes maintenant rassemblés. Il les appelle un à un par leur
nom. Pendant quelques secondes, un silence nous saisit, comme si le contact s’était
physiquement établi entre Eux et nous. Puis Gérard reprend en s’adressant à
la foule : « Ils
sont partis par une froide journée de décembre défendre un idéal. Ils ont
laissé derrière eux femmes, mères et travail pour faire ce qu’ils croyaient
juste. Ils ont voulu défendre leur liberté et ils n’ont eu pour toute récompense
que la paille des cachots ou la terre de l’exil. Certains se
sont pliés sous le joug des vainqueurs, d’autres, moins nombreux, ont voulu
garder leur dignité en refusant toute compromission avec un ordre qui n’était
pas le leur. Cette République
qu’ils avaient tant espérée, ils en ont semé la graine. Leurs enfants en
ont récolté les fruits. Les raisons
de l’histoire et les compromissions politiques ont effacé leur sacrifice de
la mémoire collective. Aujourd’hui,
il était du devoir de leurs descendants d’honorer et de rouvrir la page
qu’ils avaient écrite de leur sang et de leur souffrance, car il y a pire que
la mort : il y a l’oubli. Ce dernier
vient d’être réparé. Souvent enfin leurs noms, leurs exploits retrouvent
les rues de ces villages qu’ils ont tant aimés et défendus. Tous ces
anonymes méritaient que nous leur consacrions quelques instants de notre temps
et si, après nous, le silence sur ces événements revenait, c’est que nous
ne sommes plus digne de porter leur nom ». Comment
expliquer que ce rouge (qui n’est pas négation du tricolore) ait submergé
ces célébrations (auxquelles notre association était invitée sans en être
l’organisatrice), célébrations œcuméniques issues directement de la
collectivité locale, et qui s’en voulaient rassembleuses ? Ce
n’est pas faire insulte à beaucoup de participants que dire qu’ils
n’auraient pas défilé au présent derrière un drapeau rouge. Que
signifie cette négation de la défaite, cette revanche sur un destin brisé ? Que
signifie cette volonté de reprendre ludiquement le chemin, et même le vêtement
des insurgés, dans une entreprise qui n’est pas mascarade ? Que
signifie ce rouge porté par procuration ? Que vient-il suturer ? Que
porte-t-il comme espérance ? En
soulevant la lourde pierre d’oubli, quelque chose d’inclassable a germé au
moment de la commémoration, comme si on se mettait à penser que tout a changé
depuis, mais que ça continue… Comme si, pendant quelques instants,
on retrouvait dans sa pureté un élan initial dont, de génération en génération,
les péripéties historiques ont miné la Vertu. René
MERLE Notes [1] Poursuivant la bibliographie donnée par
Sylvie APRILE, Raymond HUARD, « Le coup d’État du 2 décembre 1851.
Bibliographie », Revue d’Histoire
du XIXe siècle, 22-2001, le site de l’Association 1851 (http://www.1851.fr)
propose un tableau actualisé très complet des publications, et l’accompagne
de la mise en ligne de nombreux textes, souvent difficiles à trouver. [2] Jean-Paul
DAMAGGIO, 2 décembre 1851 ¿ La dictature
à la française ? (Analyse de l’événement à partir de
l’insurrection dans le Sud-Ouest), Point Gauche, 2001. [3]
Sur la symbolique charbonnière initiale, cf. Pascal ARNAUD, « Charbonnerie
et Maçonnerie. Modèles, transferts et fantasmes… », Cahiers de la Méditerranée,
vol. 72, 2006, qui donne le noir (la Foi du charbonnier), le bleu (Espérance)
et le rouge (Charité). [4] René MERLE - La tentative d’insurrection
marseillaise du 23 mars 1841. Promemo - Provence mémoire ouvrière, 6, 2007. Le texte est en
ligne : http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=477 [5]
Pierre
MERLIN, « Le coup d’Etat du deux décembre 1851 dans le Jura », Société
d’émulation du Jura, Travaux 1994, Lons-le-Saunier, 1996, « Le coup d’Etat
du 2 décembre 1851 dans le Jura : la répression, les hommes, l’exil », Société
d’émulation du Jura, Travaux 1995, Lons-le-Saunier, 1997, "Poligny
et l'idée démocratique sous la Seconde République, février 1848-2 décembre
1851", Patrimoine Polinois,
n° 15, 2000. [6] Membre fondateur du comice agricole
d’Arbois en 1840, Wladimir GAGNEUR a écrit Les
fruitières (1839), Le crédit a bon
marché (1849), Guerre à l’usure
(1849) et Socialisme pratique (1850).
Sur GAGNEUR, cf. Jean-Claude WARTELLE, « Une famille d’intellectuels de
gauche au XIXe siècle, les Gagneur » (1ère partie), Cahiers
Charles Fourier, 12 – 2001. [7] Karl MARX, Le
18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, 1852. [8]
Le Toulonnais, 19 décembre 1851. Début
de la publication de « Trois jours au pouvoir des insurgés », d’Hippolyte
MAQUAN. [9]
Sur les femmes dans l’insurrection varoise et « la déesse de la Liberté »,
cf. René MERLE,
“L’insurrection varoise de 1851, documents”, Bulletin de l’Association 1851-2001, 2, 1998, http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=31 [10]
Eugène TÉNOT, La
Province en décembre 1851,
Étude historique sur le coup d’État,
Paris, Le Chevalier, 1865, rééd. 1868. Eugène TÉNOT, Paris
en décembre 1851, Paris, Le
Chevalier, 1868. Eugène Ténot (1839-1890) était alors rédacteur au grand
journal républicain Le Siècle. [11] Hubert
DELPONT, Pierre ROBIN, « La résistance républicaine au coup d'État du 2
décembre 1851 de Louis Napoléon Bonaparte dans le Néracais »,
Revue de l'Agenais,
1-1984, 1-1985 [12]
Hubert DELPONT, « Histoire mouvementée
de la gravure des insurgés de l’Albret... », Revue
de l'Agenais, n°4, 1990. Texte dans http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm Gravure : Fi
117, Archives Départementales de Lot-et-Garonne. [13] http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2001/coup-detat.htm [14]
Cf. par exemple Edith ROZIER-ROBIN, « Le souvenir du 2 décembre
dans la mémoire républicaine, 1868-1901 », Revue
d’Histoire du XIXe siècle, 1-1985. [15] Philippe VIGIER, « Le
coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte », revue L’Histoire, 193, 1995 [16] Karl
MARX, Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, 1852 [17]
On lira avec profit
à ce sujet l’introduction de Romain GARDI, « Pour une relecture de Décembre
1851 en Vaucluse : le cas de l'arrondissement d'Apt », Mémoire de master,
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse
, Année universitaire 2007-2008,. En ligne sur le site http://www.1851.fr/auteurs/memoire_gardi.pdf [18] À
l’initiative de Paul CRESP, secrétaire de l’Association 1851, la Mairie de
Paris a publié en novembre 2001 une brochure distribuée dans les lycées :
Sylvie APRILE, Paul CRESP, René MERLE, Le
coup d’État de 1851, qui présente l’événement parisien. [19] Je conseille vivement la lecture de sa
dernière publication, Jean-Paul DAMAGGIO, Victor
Hogo : Jean Bousquet, proscrit de Moissac. Postface de Jean-Paul Damaggio,
Éditions la Brochure, Angeville, 2009. [20]
Commémoration organisée par les municipalités de
Linards et Châteauneuf-la-Forêt, avec le soutien de la Société Historique du
canton de Châteauneuf. [21] Cf.
le compte rendu : http://linards.ifrance.com/histoire/actualite/com-1851.htm [22]Maurice AGULHON, « Histoire et commémoration », Provence
1851. Une insurrection pour la République, Actes des journées d’étude de
1997 à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon, Association pour 150ème anniversaire de la résistance au coup d’Etat du 2 décembre
1851, Les Mées, 2000, pp. 10-16 [23] Frédéric
NÉGREL, dont l’activité a été majeure dans la commémoration varoise et
bas-alpine, est professeur d’histoire au collège d’Aups, Var. Frédéric NÉGREL, La
société secrète montagnarde d'Artignosc, 1849-1851, Association pour la commémoration du 150e
anniversaire de la résistance au coup d'État du 2 décembre 1851, 2001, 315 p. [24] Maurice
AGULHON, La République au village, Paris, Plon, 1970. réédition, Seuil, 1979. [25]
Cf. par
exemple René MERLE – « Mémoire varoise
de 1851 - Les premières années 1970 » http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=535 [26]
Cf. par exemple pour les Basses-Alpes, Jean-Pierre PINATEL,
« L’amnésie de 1851. Essai d’explication », Bulletin de l’Association 1851, juin 2001. Résistance et oubli dans un village bas-alpin,
Gisèle ROCHE-GALOPINI, Saint-Etienne-les-Orgues
et la gloire de la Montagne. Notables et gens du peuple face au coup d’Etat de
1851, Ed. Alpes de Lumière, 1994. [27]
Parmi les
nombreuses études sur cette mémoire fluctuante, citons Jean-Marie
GUILLON, « Une histoire sans légende ? La résistance au coup d’État
du 2 décembre 1851 », Mélanges offerts à Philippe Joutard, Grenoble-Aix, Musée Dauphinois et Publications de l’Université
de Provence, 2002. Bulletin de l’Association
1851, janvier 2003. Raymond
HUARD, « Table ronde sur la dimension mémorielle de l’événement »,
Colloque Adiamos 89, 2001, Le coup d’État
du 2 décembre 1851 dans l’Yonne, 2002, pp.169-170. Etc. [28]
Maurice AGULHON, 1848 et l’Apprentissage
de la République, vol. VIII de la N.H.F.C., Seuil, coll. Points Histoire,
1973, p. 178. [29] Maurice
AGULHON, communication dans Une
insurrection pour la République, Actes des journées d’étude de 1997 à Château-Arnoux
et de 1998 à Toulon, Association 1851, Château-Arnoux, 2000 [30] Jean-Claude
CARON, L’été rouge. Chronique de la révolte
populaire en France (1841), Aubier, Collection historique, 2002. [31] Raymond
BIZOT, « Marseille et le coup d’État du 2 décembre 1851. Documents »,
Bulletin de l’Association 1851, 22,
2003. Hugues BREUZE, Insurgés et opposants au coup d’État dans les
Bouches-du-Rhône, Mémoire de Maitrise, Université d’Aix-Marseille, 2000.
Ces deux textes sont en ligne sur le site <http://www.1851.fr>
(Auteurs). [32]
René MERLE, « Des élections de 1850 au coup d’État du 2 décembre
1851 : les Républicains de Toulon et de sa proche région ». Bulletin de la Société des Amis du Vieux Toulon, 128, 2006. http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=433 [33]
Hugues BREUZE, Insurgés et opposants au coup d’État dans les Bouches-du-Rhône,
Mémoire de Maitrise, Université d’Aix-Marseille, 2000. [34]
Raymond HUARD, « La résistance à l’insurrection de décembre
1851 dans le Gard », dans
Regards sur la France méridionale, XVIIIe - XXe siècles. Mélanges
offerts à Marianne Leulliez, Montpellier, Centre d’Histoire moderne et
contemporaine de l’Europe méditerranéenne, pp.73-90 [35] Id. [36]
Cf. René MERLE, « Pourquoi commémorer l’insurrection de 1851… »,
Bulletin de l’association 1851, 1,
1997. http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=30 [37]
Philippe VIGIER, « Le
coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte », revue L’Histoire, 193, 1995 [38] François
MITTERAND, Le coup d’État permanent,
Paris, Plon, 1964. [39]
En 1851, le Var républicain s’enflamme,
Conseil Général du Var, 2001. [40]
Pierre COLLOMBAT, « Commémorer pour embaumer ou pour penser ? ».
René MERLE, « L’insurrection de 1851 et la démocratie communale »,
36000 communes, FNMR, 199, 2002.
(P.Collombat était alors président de l’A.M.R du Var, maire de Fignanières,
conseiller général. Il est aujourd’hui sénateur socialiste du Var). [41]
Le tableau est de P.Fraipont. [42]
1848-1951, l’histoire oubliée de La
Garde-Freinet, Comité local pour la commémoration de l’insurrection de
1851, La Garde Freinet, 2001. Le tableau est peint par Mme Preire. |
|
Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines
|