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Aux
morts du 4 décembre Victor
Hugo, Les Châtiments Jouissez
du repos que vous donne le maître. Vous
étiez autrefois des coeurs troublés peut-être, Qu'un
vain songe poursuit ; L'erreur
vous tourmentait, ou la haine, ou l'envie ; Vos
bouches, d'où sortait la vapeur de la vie, Étaient
pleines de bruit. Faces
confusément l'une à l'autre apparues, Vous
alliez et veniez en foule dans les rues, Ne
vous arrêtant pas, Inquiets
comme l'eau qui coule des fontaines, Tous,
marchant au hasard, souffrant les mêmes peines, Mêlant
les mêmes pas. Peut-être
un feu creusait votre tête embrasée, Projets,
espoirs, briser l'homme de l'Élysée, L'homme
du Vatican, Verser
le libre esprit à grands flots sur la terre ; Car
dans ce siècle ardent toute âme est un cratère Et
tout peuple un volcan. Vous
aimiez, vous aviez le coeur lié de chaînes, Et
le soir vous sentiez, livrés aux craintes vaines, Pleins
de soucis poignants, Ainsi
que l'océan sent remuer ses ondes, Se
soulever en vous mille vagues profondes Sous
les cieux rayonnants. Tous,
qui que vous fussiez, tête ardente, esprit sage, Soit
qu'en vos yeux brillât la jeunesse, ou que l'âge Vous
prît et vous courbât, Que
le destin pour vous fût deuil, énigme ou fête, Vous
aviez dans vos coeurs l'amour, cette tempête, La
douleur, ce combat. Grâce
au quatre décembre, aujourd'hui, sans pensée, Vous
gisez étendus dans la fosse glacée Sous
les linceuls épais ; Ô
morts, l'herbe sans bruit croît sur vos catacombes, Dormez
dans vos cercueils ! taisez-vous dans vos tombes !
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |