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article publié dans le bulletin n° 19 de 1851-2001, décembre 2001/janvier 2002 Les
ex voto du Parti de l’Ordre par
Jean-Marie Guillon Le souvenir de l’insurrection de 1851 est avant tout un souvenir républicain. Les traces matérielles que l’événement a laissées datent pour la plupart de la IIIe République, avant que notre commémoration ne vienne, l’an dernier, y ajouter ses plaques commémoratives. Cette mémoire - celle de la résistance au coup d’état - a recouvert les signes que le “ parti de l’ordre ” a voulu laisser après l’écrasement de la révolte, pour s’en réjouir et pour remercier la Providence de ce dénouement que ses partisans trouvent heureux. Les traces laissées par les Blancs ne sont pas nombreuses, ouvrages et brochures mis à part. Encore faudrait-il faire un relevé pour s’en assurer. Jean-Claude Richard, infatigable remueur d’histoire héraultaise, avait fait connaître en 1994 l’existence d’une médaille commémorative en étain, frappée à Bédarieux, qui dénonçait la “ jacquerie ” de 1851, l’associant au “ meurtre ”, à l’ “ incendie ” et au “ pillage ”. Elle dénonçait aussi l’attitude des “ 12000 habitants (qui) n’ont pas osé protester contre ce banditisme ”.... Il
existe dans le Var au moins trois marques de la même origine “ blanche ”.
Deux sont connues et l’autre, à ma connaissance, ne l’était pas. -
Une chapelle et, sans doute, un ex voto peint à Aups La chapelle néo-gothique Notre-Dame de Délivrance domine la bourgade d’Aups. Son nom se passe de commentaire, la “ délivrance ”, c’est celle que l’armée a assurée le 10 décembre en dispersant et sabrant les républicains révoltés. La chapelle est construite sur un terrain donné par la famille de Blacas en reconnaissance de cet exploit. La première pierre est posée dès le 12 septembre 1852 et son inauguration a lieu deux ans après, le 6 août 1854. On trouve à l’intérieur plusieurs ex voto. Certains sont peints. L’un d’eux pourrait bien être lié à l’événement lui aussi. Il représente une famille de la bonne société, en fuite devant ce qui doit être la colonne d’insurgés, sur fond de localité en feu. Ajoutons pour la petite histoire
que la chapelle n’a pas cessé de servir par la suite et qu’elle est l’un
des hauts lieux du “ parti ” clérical local. Ainsi l’ami André
Jassaud a retrouvé le texte d’un cantique en provençal, écrit en 1917 par
le curé, Louis Giraud (Cantico su l’histourico dé la Capèlo dé la Délivranço
de Zaù). La délivrance prend pour l’occasion, en pleine guerre, des
accents anti-allemands et nationalistes. A l’intérieur de la chapelle, se
trouvent, face à face, deux grandes plaques de marbre, la première - “Les
Aupsois reconnaissants à Notre-Dame de Délivrance le 29 septembre 1938” - se
félicite des accords de Munich, qui donnent l’illusion de sauvegarder la paix
en laissant les mains libres à Hitler en Tchécoslovaquie .. et la seconde -
“Reconnaissance. La ville d’Aups sauvée, ses habitants protégés, ses
captifs rapatriés 1939-1944-1945” - rend grâce de l’issue heureuse de
la Seconde Guerre mondiale, mais c’est une version, très raccourcie, des événements
et passablement oublieuse des morts, résistants et civils, que les occupants et
les miliciens ont faits jusque dans les rues de la localité... -
Une ex voto peu commun à Lorgues Il
se trouve dans la chapelle de l’Ermitage Saint-Ferréol au sommet d’une
colline qui, à quelques pas de la cité, m’a toujours donné l’illusion de
me trouver en Toscane. Au mur de la chapelle, une sorte de crédence en bois,
peinte en vert, pourvue de barreaux, de style tirant sur le néo-gothique,
contient une botte en cuir souple, déchirée, une crosse de fusil, des habits
dont une veste à parements. Il s’agit des vêtements que portait l’un des
otages faits par les républicains à Lorgues, un jeune homme de 26 ans, issu
d’une des familles blanches les plus en vue du secteur. Ce n’est pas à la
fureur des insurgés qu’il a échappé, mais au tir des soldats venus les réprimer !
il aurait été pris pour l’un des leurs, l’un des chefs, bien entendu, et,
assez sérieusement blessé, il n’a réchappé que grâce à l’intervention
d’un officier, d’où la légende de l’ex voto :
"En mémoire du 10 décembre 1851 / Andéol de Rasque de Laval".
Je
ne sais pourquoi est pieusement conservé à côté de la botte du héros... un
étui de rasoir Gilette de l’US Army !!! Un souvenir sans doute de la Libération
.... -
La peste à Trans Ce
souvenir du parti “ blanc ” est, à ma connaissance, inédit. Je
l’ai découvert par hasard dans l’église de Trans. Il s’agit d’une
toile de belle dimension accrochée à un pilier de la travée occidentale. Au
premier abord, c’est un tableau comme il en subsiste quelques uns dans la région.
Il représente une procession communale, pénitents en tête. La procession
longe la Nartuby, enjambée par deux ponts. Elle se dirige vers la chapelle des
pénitents qui se trouve près du premier, les pénitents blancs portant la châsse
de saint Roch, le saint protecteur, suivis par les marguilliers et le clergé.
Au premier plan, regardant la procession, deux groupes avec des malades dont un
couple qui soutient dans un linceul rouge un mourant aux allures de Christ.
C’est un épisode de la peste de 1720 qui, à partir de Marseille, a ravagé
la Provence. On trouve des scènes semblables dans plusieurs chapelles de la région.
Notre-Dame du Peuple à Draguignan et la chapelle du Beausset-Vieux en possèdent
du même type et d’aussi bonne facture. La représentation serait donc
classique s’il n’y avait la légende : “ 1720 Peste de
Marseille renouvelé le 6 Xbre 1851 en raison des événements survenus en
France et particulièrement dans le Var. St Roch priez pour nous ”.
Autrement dit, ce qui au départ était un ex voto remerciant le saint de son
intercession salvatrice prend une signification nouvelle à la faveur du
renouvellement du voeu. La peste, en 1851, ce n’est plus la peste bubonique,
c’est la peste “ rouge ” et c’est de les avoir préservés de
ce nouveau “ fléau ” que les “ Blancs ” remercient
le ciel. Bien entendu, ces trois ex
voto mériteraient d’être mieux documentés. Sans doute pourrait-on en
trouver d’autres. Que les amateurs se le disent ! car connaître les “ autres ”,
ce n’est pas inutile. On comprend mieux par là ce pourquoi les “ nôtres ”
combattaient.
Jean-Marie Guillon
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Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines |