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article publié dans notre bulletin n°20, juin 2002 Piémontais, Sardes et Polonais aux côtés de leurs frères républicains Le 22 mars 1852, J. de
Castellane, sous-préfet de Brignoles (Var), dresse un “ État des étrangers
en résidence dans les communes de l’arrondissement de Brignoles qui méritent
par leur conduite politique et la part qu’ils ont prise dans les derniers événements
d’être expulsés du territoire français ”. C’est une liste de 27
noms, 26 hommes et une femme. Ils sont principalement originaires de
l’actuelle Italie pour 19 d’entre eux, 10 Piémontais, 7 Sardes, 2 Italiens.
Deux sont polonais. Gherlon Jean, qui est maçon
à Besse, sera expulsé. Il “ a monté la garde pendant l’insurrection ”.
Il est Suisse. Pour cinq hommes de cette
liste, le sous-préfet hésite sur leur origine. C’est ainsi que Cicetti François
et son fils Louis, de Barjols, sont “ Français non naturalisés ”
et qu’ils sont “ détenus pour avoir pris part à l’insurrection ”.
Que sont devenus cet ouvrier tanneur et son fils meunier à tan ? Laurent Fortuné,
cultivateur de 26 ans à Rocbaron, est “ né au Puget (Var), fils de feu
Laurent Antoine natif des états sardes ; cet individu était membre de la
société secrète ”. Le sous-préfet le place “ en surveillance ”.
L’a-t-il naturalisé, le faisant bénéficier du “ droit du sol ” ? Deux habitants de Besse
seront eux expulsés, ils sont “ nés à Besse, non naturalisés ”.
Musse Eugène “ a monté la garde pendant l’insurrection, sa boutique
de cordonnier était le rendez-vous des socialistes ”. Son collègue
Cossia Philippe, menuisier, est mentionné “ mauvais sujet sous tous les
rapports ”. Quatre seulement de ces étrangers
ne seront pas expulsés. Nous avons mentionné Laurent Fortuné. Sont placés
sous surveillance : Zaframy César, de Gonfaron, qui est Sarde, fabricant
de bouchons, et dont “ la femme pendant l’insurrection s’est beaucoup
montrée ”. Était-ce suffisant pour l’expulser ? Le maire de Moissac va
sauver de l’expulsion deux de ses administrés, Vasconi Sylvestre, maçon, et
Vero François, cultivateur. Ils ont pris part à l’insurrection, mais le
maire atteste qu’ils y ont été entraînés. Jean-Joseph Honnorat, maire
de Saint-Maximin, ne bougera pas le petit doigt pour sauver de l’expulsion ses
cinq administrés. C’est la commune qui en comptera le plus (quatre à
Brignoles, trois à Besse) : Renaud Jean-Baptiste et sa sœur Désirée, célibataire,
tous deux Piémontais, sont marchands de dentelles. Ils seront expulsés. Lui
est pourtant “ né en France ” mais il est aussi déclaré “ rouge
exalté, présumé membre de la société secrète ”. Désirée est aussi
“ présumée membre de la société secrète ”. Ces étrangers
n’apparaissent pas dans la liste des détenus, ni parmi les condamnés. En
1881, la République les oubliera lorsqu’elle portera secours aux victimes de
1851 dans l’indigence. Ces expulsés retrouveront
en Piémont les déserteurs de l’armée d’Oudinot qui ont refusé de tirer
sur les républicains de Rome lors de l’expédition de 1849, et les Varois et
Bas-Alpins qui échapperont aux troupes du Beauharnais. Mais où se trouvent les
frontières, les véritables frontières en 1851 ? Le décret du 5 décembre
1851 fait compter comme service de campagne les opérations du Var et des
Basses-Alpes. “ Il n’est pas douteux, d’après cela, que M. le
capitaine H. qui compte 3 ans et 8 mois de grade ne soit apte à être promu
chef d’escadron (il faut 4 ans en temps de paix et deux ans en temps de
guerre) ” (note confidentielle). Cependant que ces soldats
menaient – comme à l’étranger – une répression pour installer une
dictature, des Piémontais, des Sardes, des Polonais, se levaient pour défendre
la république sociale et démocratique. Maguy et
Jean JARRY |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |