LA RÉSISTANCE RÉPUBLICAINE AU COUP D’ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE 1851 EN AVEYRONMémoire de maîtrise présenté par GRÉGORY POUGET sous la direction de JEAN-CLAUDE SANGOÏ et JEAN RIVES septembre 2002 Conclusion
Le
département de l’Aveyron compte en 1851 un parti démocratique et socialiste
assez bien organisé. C’est surtout le cas à Villefranche et à Rodez.
Cependant, ils ne sont qu’une poignée d’hommes à s’être levés contre
le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Si
ceux de Saint Affrique et de Millau tentent une action qui échoue le jour même,
leurs amis de Villefranche et de Rodez résistent durant plusieurs jours. Le
mouvement insurrectionnel aveyronnais hostile au coup d’Etat présidentiel
dure donc du mardi 2 décembre 1851 jusqu’au 5 et 6 décembre, jours où les
principaux chefs sont arrêtés et où les colonnes mobiles en se mettant en
mouvement achèvent de réduire tout désordre. La résistance républicaine se
déroule donc sur une période extrêmement courte. Elle
se développe dans l’effervescence les
premiers jours. Une certaine phase d’immobilisme, qui dure le temps d’une
nuit, période durant laquelle les insurgés attendent des nouvelles de Paris
avant de prendre des décisions, succède au déclenchement du mouvement. Enfin,
au matin du 7 décembre les autorités et le parti de l’ordre reprennent les
choses en main après avoir reçu des dépêches rassurantes depuis la capitale
et les principales villes de province. Cette
chronologie sommaire permet de soulever plusieurs interrogations. Les
autorités aveyronnaises n’ont-elles pas sous-estimé au début la capacité
d’agir des républicains ? Les membres du parti de l’ordre sont en fait
surpris par la soudaineté de l’insurrection républicaine. Cela explique
qu’ils se trouvent rapidement privés de moyens de réagir là où
l’insurrection se développe. Les autorités en place méconnaissent, de plus,
sinon l’existence, du moins l’importance des organisations secrètes et les
concertations qui permettent de donner l’impulsion au mouvement armé. Concernant
l’immobilisme et l’attente des nouvelles du chef-lieu et de Paris, quelles
sont les causes de l’indécision des chefs insurrectionnels ? Ces derniers
ont-ils été eux-mêmes surpris par leurs succès ? Y-a-t-il eu des
divisions parmi eux ? Le
mouvement opposé au coup d’Etat manque de toute évidence d’unité au
niveau départemental. Le Comité de Rodez qui joue le rôle de centre décisionnel
de résistance n’a de lien qu’avec les chefs-lieux de Villefranche, Millau
et Saint-Affrique. Partout ailleurs, les décisions du Comité sont ignorées.
Il n’entre même pas en relation avec l’arrondissement d’Espalion. Le
comité insurrectionnel ne jouit pas de la légitimité qui lui permettrait
d’imposer une direction ferme durant sa brève existence. Si les villes l’écoutent,
les campagnes l’ignorent massivement. Le temps lui manque pour faire exécuter
correctement ses décisions. Manquant
d’unité, la résistance républicaine aveyronnaise, souffre d’autre part,
de divisions. Les motifs de rébellion ne sont pas forcément partout les mêmes.
Dans les rares communes où les insurgés renversent l’autorité municipale,
les chefs, voulant avant tout garantir l’ordre, se heurtent à la population
insurgée, dont une certaine frange est plus favorable à des mesures révolutionnaires.
Les artisans et les ouvriers de Millau qui se soulèvent et marquent clairement
leur entrée au sein de la vie politique locale reprochent vivement à leurs
leaders de les avoir abandonnés. Il
existe néanmoins une idée générale commune à tous les insurgés aveyronnais :
la République et le progrès social sont indissociables. Mais dans
l’expression de cet idéal et dans la lutte en sa faveur, il y a bien des
divergences. Pour
Maurice Agulhon, les notables (notaires, avocats...) ont commencé à pénétrer
« le
primitivisme des masses » mais de façon trop incomplète lorsque le coup
d’Etat survient. Entre la voie légale défendue par les notables républicains
et la voie révolutionnaire professée par les ouvriers pour défendre la République
en danger, il y a un large fossé. Il
existe donc un désaccord sur le fond entre les deux. Millau en est le parfait témoignage
: les chefs refusent obstinément toute action violente et ils abandonnent les
ouvriers qui ont répondu à leur appel car le mouvement devient trop révolutionnaire
à leurs yeux. Il faut attendre la III ème République et le début des années
1880 pour qu’une amorce de fusion entre les notables et les masses populaires
ait lieu en Aveyron. A partir de ce moment-là, la République va définitivement
s’installer dans le département. Le « suicide » de 1851 n’a
donc pas été vain. Cette
étude a largement insisté sur l’éclatement, les diversités et le manque
d’unité de la résistance aveyronnaise. Elle a également mis en avant la
dureté de la répression qui s’est abattue sur les républicains. Le
plébiscite du 21 décembre 1851 consacre de façon définitive la victoire du
parti bonapartiste. Ce dernier remporte un large succès puisque plus de 95%
des votants du département approuvent le coup d’Etat présidentiel.
Une étude, canton par canton, mettant en relation les conséquences de la crise
économique des années 1846-1850 avec les résultats des votes des élections
présidentielles de 1848 et législatives de 1849 devrait pouvoir expliquer précisément
les causes de l’attitude passive de la quasi totalité du département mais
aussi la vigueur de la résistance dans certaines localités. Les
incidences du coup d’Etat n’ont pas que des répercussions à court terme. Le
« suicide » des républicains en 1851 permet la création d’une
mystique républicaine. L’Aveyron a ses barbes grises, ses martyrs morts en
exil et ses hommes qui dans les villages sont devenus des héros ou au moins des
références. Si
la fin de l’Empire et la résurrection de Marianne peuvent être considérées
comme les victoires des proscrits républicains, la loi de réparation nationale
de 1881 ne consacre-t-elle pas quant a elle la reconnaissance de l’engagement
des petits ? |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |