|
Le
parti républicain au coup d’État et sous le second Empire d’après
des documents et des souvenirs inédits par
Iouda Tchernoff Docteur
en droit Paris,
A. Pedone, éditeur 1906 ABRÉVIATIONS A.
N. ibid. Archives nationales Flc III. A.
M. J. P. C. A. - Archives du Ministère de la Justice: Rapport du procureur général
de la Cour d’appel. RECTIFICATIONS P.
217 Ligne 17, lire: Gustave Jourdan au lieu de Frantz Jourdan. Page
324, à propos de l’action des loges maçonniques à Marseille, les
renseignements suivants nous ont été fournis par M. Favre, député de la
Haute-Savoie. Crémieux
était le vénérable de la loge « La réunion des Amis choisis » ;
Gambetta a été initié par la loge « La parfaite Sincérité »
sans bandeau. AVANT-PROPOS
Des
documents inédits tirés des Archives nationales et du Ministère de
la Justice, des correspondances et des mémoires inédits et surtout les
entretiens avec les survivants, m’ont permis de compléter et de préciser,
parfois de rectifier les notions, courantes sur l’époque qui fait l’objet
de ce volume[1]. On
s’imagine généralement que la seconde République n’était qu’un
accident, une crise à laquelle avait succédé un état plus stable, le second
Empire. Cette affirmation se fonde sur le succès du coup d’État, sur
l’insignifiance apparente de la résistance et la prétendue inaction du parti
républicain au début de l’Empire. Cette
opinion est inexacte. Nous
verrons que jamais en France un changement de régime n’avait rencontré une résistance
aussi énergique ; le second Empire, pour s’imposer au pays, eut recours
à un ensemble de mesures dont l’arbitraire et la rigueur égalent les pires
excès de l’ancien régime. Le coup d’État ne réussit que grâce à une
surprise et ne se maintint qu’à la faveur d’une véritable terreur. La
résistance contre l’Empire ne cessa jamais ; elle dura avec plus ou
moins de succès jusqu’à la fin, se manifestant soit par des conspirations et
des attentats, soit par la presse et l’action parlementaire quand le régime,
devenu plus libéral, rendit inutile l’emploi de moyens révolutionnaires. Quand
le ministre d’État de l’Empire demanda au garde des sceaux dans une lettre
du 5 octobre 1868, des documents relatifs au coup d’État, pour répondre par
des chiffres officiels aux attaques des écrivains républicains qui apprenaient
aux nouvelles générations les horreurs des commissions mixtes, il lui fut répondu,
entre autres choses, que « la série politique appelée P qui enregistrait
les agissements des républicains, commencée le 22 décembre 1850, avait
été close le 1er janvier 1861 » par suite du calme revenu
dans les rangs républicains[2]. Parmi
ceux qui avaient continué leur résistance à l’Empire, on comptait non
seulement les vieux républicains datant de la Restauration et de la Monarchie
de Juillet, épargnés par la proscription ou de retour de l’exil, mais aussi
et surtout la génération de 1848 qui, émerveillée par l’aurore des journées
de Février, n’avait pas renoncé à ses espérances, et conserva le culte et
le souvenir de la République confisquée pour les transmettre aux générations
appelées à la vie politique en 1863 et 1868. La
propagande républicaine ne s’était pas ralentie un seul instant. Elle se
faisait dans les familles où l’idée démocratique se transmettait
directement, elle se faisait par les publications de Tenot, par le
rentissement donné au procès Baudin... Ces différentes générations, divisées
parfois entre elles, étaient unies dans leur culte pour la République et leur
haine contre l’Empire. Un
préjugé assez répandu et qui dénature complètement la physionomie du coup
d’Etat, et par là même la signification sociale de la seconde République,
admet une certaine interruption de la propagande républicaine parmi les
ouvriers qu’on représente comme ayant subi le coup d’État sans résistance
et comme ayant consenti à accepter la dictature, contre la promesse des réformes
sociales. Ce préjugé contient une insinuation et repose sur une erreur de
fait. Pour discréditer l’oeuvre de réformes sociales, on s’est toujours
plu à affirmer que les réformateurs de la société faisaient bon marché de
la liberté et pactisaient avec la dictature. Sans
parler de la confusion qu’on fait ainsi entre l’extension des attributions
de l’État et l’établissement du pouvoir personnel et irresponsable, il
suffit d’étudier l’histoire des idées démocratiques, pour se rendre
compte que les républicains ont toujours affirmé qu’il y avait un lien étroit
entre la forme politique et les réformes sociales, et que la République, fondée
sur le suffrage universel et libre, leur paraissait toujours l’instrument
indispensable de la réformation sociale. Quant
à la participation des ouvriers au mouvement démocratique et à leur adhésion
à la République, leur haine du régime bonapartiste, elles étaient si évidentes
que les procureurs généraux de l’Empire le constataient eux-mêmes dans
leurs rapports. Qu’on
jette un coup d’oeil sur les tables de proscription des commissions mixtes, et
on verra que les ouvriers y dominent. A la tête des mairies insurrectionnelles,
dans les départements où la résistance est la plus énergique, se trouvent
les ouvriers. Ce
sont les ouvriers qui sont décimés par les poursuites dirigées pendant tout
le temps de l’Empire contre les prétendues sociétés secrètes. Ils peuplent
les prisons et les bagnes d’Afrique, ils sillonnent les routes de l’exil, et
l’injustice historique fait retomber sur eux la responsabilité du succès du
coup d’État. Cette légende a été pour beaucoup dans l’indifférence que
certains républicains ont professé pour les réformes sociales, tenant avant
tout à la consolidation des libertés politiques comme si l’on pouvait séparer
les unes des autres. Pourtant, même sous l’Empire, où le spectre rouge était
si souvent évoqué, des esprits éclairés avaient compris la nécessité de
seconder les ouvriers dans leur tentative de s’organiser, et nous verrons la
bourgeoisie républicaine, et c’est là encore un fait capital qu’il
s’agit de faire ressortir, encourager le mouvement syndical dans ses débuts
et coopérer à la fondation de l’Internationale qui n’était
nullement dans la pensée de ses auteurs une arme de combat, mais un instrument
de solidarité, et aussi une preuve que les masses ouvrières ayant pris
conscience de leurs intérêts et, s’étant rendu compte que l’action révolutionnaire
d’un jour ne suffirait pas pour les résoudre, créaient une organisation leur
permettant de tenter la solution des problèmes de la vie sociale par un effort
lent et réfléchi. Ainsi,
même sous l’Empire, en pleine bataille, le parti républicain continuait à
s’organiser, à compléter son programme, et nous saurons quels nouveaux éléments
entrèrent dans la formation de son idéal. Dans le tumulte de passions, tout ce
travail organique ne fut pas aperçu. Seule, la lutte retint l’attention. En
outre, les événements trop proches de nous s’obscurcissent souvent par les
questions de personnes. Ainsi, pendant longtemps, Gambetta, Blanqui furent méconnus,
et avec eux leur oeuvre. Un certain recul a suffi pour rendre justice à leur mémoire.
Il est temps de rendre justice à une période qui, malgré sa tragique, ne fut
pas sans avoir profonde ment influé sur la génération actuelle. Pour
étudier cette période, il ne suffit pas de s’arrêter à une formule unique,
à une seule personnalité. L’action républicaine sous l’Empire ne se
confond pas avec les événements qui suivent le 4 septembre, et de même que
Rigault ne représente pas la Commune, Napoléon III et les commissions mixtes
ne résument pas la politique conservatrice de l’époque. Le
programme du parti étudié à côté de son action, les faits et les idées
examinés ensemble, donnent seuls une notion précise de la vie politique. On a
répété à satiété que le positivisme appliqué à la politique conduisait
à l’absorption de l’individu, et c’étaient pourtant Gambetta et Jules
Ferry qui étaient les représentants les plus autorisés de la politique
positiviste qui fit son apparition dès la fin du second Empire. Ont-ils sacrifié
l’individu à la collectivité ? Au cours des réunions politiques, les
critiques les plus violentes furent dirigées contre la société dont on
demandait la liquidation ; mais toutes ces critiques aboutissaient à un
simple projet, à l’abolition de l’article 291 du code pénal qui gênait la
liberté d’association. Cabet dans son Voyage en Icarie traçait l’idéal
d’une cité communiste régie par un dictateur, et les icariens étaient
pourtant les communistes les plus pacifiques. Entre la formule philosophique qui
traduit l’aspiration de l’homme à la recherche de l’absolu et son
application juridique, la distance est très grande. On
a pourtant souvent essayé de compromettre un mouvement, en confondant le but
qu’il poursuit avec les moyens qu’il ne fait que pressentir. C’est ainsi
que la Commune fut mal comprise et que les otages furent mis sur le
compte du programme social qui n’a jamais existé des membres du Comité
central. Une
étude portant à la fois sur les faits et sur les doctrines et l’expression
juridique qu’elles avaient reçue est indispensable pour se rendre compte de
la vie politique si complexe de 1851 à 1870. L’état
politique de la France à la veille du coup d’État[3] I
La tranquillité du pays à la veille du coup d’État d’après les rapports
des procureurs généraux Pour
bien établir la psychologie intime du coup d’État, il faut examiner de près
les conditions dans lesquelles, il se produisit. Voici
quelle est sur ce point la légende officielle. Le coup d’État devait son
succès à l’état d’esprit de l’opinion publique, qui était lasse de
l’agitation constante des partis et effrayée de la menace d’une action révolutionnaire
projetée par les républicains. Cette
opinion est fausse. Rarement l’ensemble du pays, avait été aussi calme qu’à
la veille du coup d’État. Le parti républicain, à l’approche des élections
de 1852, avait renoncé, à la tactique révolutionnaire et bornait son action
à une propagande active dans les villes et les campagnes. Le gros du parti
conservateur, tout en craignant le succès de la propagande des idées démocratiques,
ne demandait que le maintien de la loi du 31 mai 1850 et la réconciliation des
deux grands pouvoirs : l’Assemblée législative et le Président. Le
coup d’Etat était contraire aux voeux de la presque totalité du pays. L’agitation
s’expliquait principalement par les efforts de l’administration pour
entretenir l’épouvante du spectre rouge. On recueillait et colportait les
moindres bruits de nature à inspirer des craintes pour le maintien du régime
établi. Le calme dans le pays était pourtant si grand que les procureurs généraux,
dans leurs rapports, malgré tout leur zèle, ne pouvaient que constater l’état
de tranquillité que seules venaient troubler les initiatives, en apparence
inexplicables, du Président, tantôt proposant la modification de la loi électorale,
tantôt entrant en conflit avec les représentants du pays. Quant aux républicains,
on leur reprochait, quoique la chose paraisse singulière, l’abstention de
toute action révolutionnaire pouvant les compromettre et leur effort pour
s’organiser en un parti régulièrement constitué, avec un programme et des
moyens d’action déterminés. C’est
dans les rapports adressés par les procureurs généraux sur la situation
morale et politique de leur ressort, dans les témoignages de source officielle,
qu’on trouvera la preuve des sentiments du pays à la veille du coup d’État.
On n’a qu’à lire entre les lignes, pour deviner la vérité[4]. Que
nous disent-ils ? Prenons,
par exemple, les rapports du procureur général de Riom pour l’année 1851.
Les départements de son ressort allaient être fortement éprouvés par le coup
d’Etat et les commissions mixtes. Voici
ce que nous y lisons en mai 1851[5] : « La
situation politique, morale et religieuse de mon ressort. est
toujours bonne en apparence. Le calme et la tranquillité continuent à régner
malgré la propagande incessante des ennemis de l’ordre. On comprend, à leur
manière d’être, que pour eux le moment d’agir n’est pas encore
venu. En attendant l’époque qui doit, disent-ils, assurer leur
triomphe, ils se comptent, s’organisent, entretiennent l’agitation par de
fausses nouvelles ou par des propos menaçants, et ne laissent échapper aucune
occasion de calomnier le gouvernement. Agissant avec plus d’habileté et de
prudence qu’ils ne l’avaient fait jusqu’ici, ils ont le soin, tout
en se montrant hostiles aux actes du pouvoir, de ne pas dépasser les limites
au-delà. des quelles la répression devrait se produire. Aussi,
M. le Ministre, les délits ayant un caractère politique deviennent-ils de
jour en jour plus rares, mais il faut l’attribuer, et je le dis à regret,
plutôt à l’organisation et à la discipline du parti démagogique qu’à
une amélioration dans l’esprit des populations. Les
faits démontrent d’une manière certaine que le système du parti socialiste
tout entier consiste à savoir attendre, prêt d’ailleurs à agir au premier
signal. » Voici
maintenant les manifestations que ce magistrat trouve inquiétantes : « Dans
le Puy-de-Dôme, à Issoire, sous le prétexte de venir au secours de quelques
amis politiques malades, les chefs de la démagogie ont organisé des espèces
de revues socialistes, qui se sont propagées dans l’arrondissement. Depuis
quelque temps, à diverses reprises et ordinairement le dimanche matin, cent et
même cent cinquante cultivateurs se réunissaient et allaient travailler les
champs de quelqu’un de leurs coreligionnaires politiques. Ils revenaient
ensuite en corps dans la ville qu’ils parcouraient aux cris de : Vive la
République ! Ce
fait, qui annonce que les auteurs obéissaient à un ordre donné, avait jeté
l’inquiétude dans la population et éveillé mon attention. J’ai donné des
ordres à mon substitut pour qu’il eût à faire cesser au plus tôt ces
manifestations. « Dans
l’arrondissement de Brioude (Haute-Loire), des propos, émanés des plus
ardents socialistes, semblaient, avant le 4 mai, faire croire à une prise
d’armes prochaine. A
la Voûte, un nommé Rachel, démagogue exalté, disait, après une longue
conversation avec l’agent d’affaires d’un des représentants de la
Haute-Loire : « On ne tardera pas à voir la guerre civile, elle éclatera
avant deux mois, cela ne peut tarder ; dans six semaines ou deux mois, la
France sera au pillage. » A
Z..., un autre socialiste, s’entretenant avec quatre ou cinq de ses amis
politiques, leur disait en leur serrant la main : « Ça se mitonne,
ça va bientôt chauffer. » Dans
la même localité, un aubergiste, bien connu pour son exaltation, disait :
« Vos registres ne sont pas bien tenus ; il faut du sang pour les
effacer et cela ne tardera guère. » Sans
ajouter, M. le Ministre, plus d’importance qu’il ne convient à ces propos,
on ne peut cependant méconnaître qu’ils ont pour résultat de ranimer de
coupables espérances et d’inquiéter la population. » Voilà
à quoi aboutit tout l’effort de l’imagination du procureur général. Mais
continuons ; nous sommes maintenant au mois de septembre[6] : « Un
calme satisfaisant règne dans les départements compris dans mon ressort. Les
travaux de la campagne occupent les cultivateurs, et soit par le fait de cette
circonstance spéciale, soit parce que les agents actifs de la propagande
anarchique ont reçu l’injonction d’ajourner leurs efforts à une époque
prochaine ; je n’ai à signaler aucune tentative coupable d’excitation
au désordre. En
résumé, M. le Garde des Sceaux, la situation politique de mon ressort parait
assez satisfaisante ; le calme matériel existe ; le voeu généralement
exprimé, c’est que le pouvoir puisse enfin puiser, dans de nouvelles
conditions de stabilité et dans l’union de tous les honnêtes gens, la force
nécessaire pour parer à toutes les éventualités d’un avenir prochain. » Nous
sommes enfin à la veille du coup d’Etat. Ecoutons encore le même magistrat. « Telle
est, M. le Ministre, la situation actuelle de mon ressort. Si, comme je n’en
doute pas, le message de M. le Président de la République contient des
assurances nouvelles de la continuation de cette politique d’ordre, et de
conservation qui a jusqu’ici préservé la France de la guerre civile et de
l’anarchie ; si l’Assemblée nationale de son coté comprend que
l’union des deux grands pouvoirs de l’Etat est aujourd’hui la seule voie
de salut pour tous ; le pays se rassurera complètement et le parti de
l’ordre pourra marcher résolument et avec confiance vers la crise de 1852. » Peut-on
mieux dire, malgré le désir évident du magistrat d’entrer dans les vues du
gouvernement et de prétendre que le pays est troublé ; peut-on affirmer
d’une façon plus complète le calme d’un département qui était particulièrement
tranquille à la veille du coup d'État ? Voici
maintenant le rapport du procureur général de la Cour d’appel de Toulouse.
Il est plus alarmant, mais ce ne sont pas les actes des républicains qui inquiètent
la police[7]. « L’ordre
le plus parfait n’a cessé de régner sur tous les points de mon ressort
durant le mois d’octobre. Les graves événements qui se sont accomplis dans
les hautes régions de la politique n’ont causé aucune agitation dans les
masses et sont passés comme inaperçus pour les: populations
rurales, exclusivement occupées des travaux agricoles. Mais au sein des classes
éclairées, fortement attachées à la politique sage et réparatrice pratiquée
depuis trois ans par M. le Président de la République, l’émotion a été
vive, et l’on a paru redouter un moment que la résolution d’abroger la loi
du 31 mai n’amenât l’inauguration d’un autre système de gouvernement. La
composition du nouveau cabinet, et les fermes assurances du message
ont atténué ces craintes. L’anxiété des esprits maintenant se porte
principalement sur la question grave soumise aux délibérations de l’Assemblée
par le projet d’abrogation de la loi du 31 mai, dans laquelle on s’était
accoutumé généralement à voir une barrière contre la démagogie. Le danger
d’un conflit entre les deux grands pouvoirs de l’État, unis jusqu’à ce
jour par une courageuse solidarité, et dont l’accord est la force et la sécurité
du pays, fait vivement désirer à tous les hommes sages qu’une transaction
prudente prévienne une regrettable et périlleuse mésintelligence. … » C’est
la même constatation qui se dégage de tous les rapports. Les procureurs généraux
de Bordeaux, de Rennes, d’Orleans, de Douai tiennent le même langage[8]. La
tactique qui consistait à ne pas se livrer à des agitations révolutionnaires
stériles était adoptée par tout le parti républicain. Le procureur général
de la Cour d’appel de Lyon le constatait une fois de plus dans son rapport du
5 juin 1850. Son langage est très caractéristique, car il est difficile
d’arriver à un plus haut degré d’inconscience ou de parti pris. « La
lettre de Doutre, écrit-il, qui est sans signature, me donne lieu de remarquer
que la tactique à laquelle s’est arrêté le parti subversif de l’ordre est
de « faire aujourd’hui la guerre par la paix » comme le dit le
représentant Doutre ; de préserver des impatiences, éviter une
insurrection qui aurait trop de chance de défaite, ou de compromettre par des
tentatives inopportunes la cause des républicains liée à celle de la démocratie :
telle est la ligne que, pour le présent, les anarchistes voudraient suivre. »
Et le magistrat croit utile d’ajouter que peut-être, « c’est à ce
mot d’ordre transmis de même par les autres correspondants de Paris et propagé...
dans tous les rangs du parti qu’il faut attribuer le calme parfait en
apparence dont ici nous jouissons[9]. » Et,
telle n’était pas seulement l’attitude de la cité démocratique et ouvrière
de Lyon : les ardents départements du Midi n’étaient pas moins
tranquilles. Ils avaient toutes leurs organisations démocratiques brisées.
Dans son rapport mensuel de février 1850, le procureur de la Cour d’appel de
Nîmes écrivait déjà : « Le suffrage universel s’améliore
sensiblement. ... A l’agitation qui s’était répandue quelques jours avant
le 24 février succède le calme le plus satisfaisant. Les projets de banquets
ont été presque partout abandonnés dès que les arrêtés préfectoraux qui
les interdisaient ont été connus[10]. » En
somme, le danger que l’administration feignait de redouter, que les rapports
des procureurs et la presse officielle s’appliquaient à exagérer, était
chimérique. Le pays était tranquille, on cherchait à l’inquiéter, à l’énerver
pour le préparer à un nouveau régime. On sentait que, avec le cours normal
des choses, le parti républicain gagnait du terrain: On prévoyait, à tort ou
à raison, un déplacement de majorité aux élections de 1852 et c’était
pour empêcher un résultat favorable aux républicains, en vertu d’un vote
libre mais incertain des électeurs, que l’administration de Louis Bonaparte
avait entrepris d’exploiter la peur et le spectre rouge. N’y ayant pas réussi,
malgré les lois restrictives édictées, on arriva à l’idée du coup d’État
qui était une violation de la volonté présumée du corps électoral. II
Le succès de la propagande républicaine La
propagande républicaine que les mesures du 2 décembre devaient arrêter se
poursuit avec une grande activité, avec une efficacité incontestable,
rencontrant des adhésions et des sympathies dans tous les rangs de la société.
C’est partout le même cri d’alarme. « Les républicains recrutent des
partisans dans les campagnes et parmi les ouvriers des villes par l’action des
journaux démagogiques », écrit le procureur de la Cour d’appel d’Aix
dans son rapport de novembre 1849. « A Marseille, ajoute-t-il, on a beau
fermer les clubs, ils se transforment en cercles. Quant aux petites villes et
aux campagnes, les chambrées se tiennent dans des maisons privées et échappent
à la surveillance. La propagande y fait rage et l’administration est
impuissante à l’arrêter », termine
avec tristesse le magistrat[11]. De
son coté, le procureur de la Cour d’appel de Besançon dénonce la propagande
des partis anarchistes. Il signale, dans l’arrondissement de Gray (Haute-Saône),
la diffusion d’un très grand nombre d’almanachs, de 45 à 50 centimes,
vendus par les anciens membres de la Solidarité. Il dénonce particulièrement
Genève, qui continue à inonder les pays voisins de publications socialistes[12]. Le
procureur de la Cour d’appel de Bordeaux est encore plus mécontent :
« Dans la Dordogne, écrit-il, le parti ultra démocratique a fait
d’immenses progrès dans les villes et dans les campagnes[13]. » Le
procureur de la Cour d’appel de Bourges dénonce de son côté les catéchismes,
les almanachs, les « mauvais livres de tous genres, qui empoisonnent les
ateliers et les campagnes. » Quand
même on interdirait le colportage de ces publications pernicieuses, le
magistrat redoute toujours les effets de la propagande orale qui s’exerce dans
des chambrées et surtout au cabaret[14].
C’est aussi l’opinion du procureur général de Bordeaux qui, dans son
rapport de février 1850, tout en constatant les heureux effets de la loi sur le
colportage, dont l’effet a été d’arrêter complètement la circulation des
écrits socialistes, fait remarquer qu’elle n’a pas pourtant brisé l’élan
de la propagande démocratique, « car elle se fait de cabaret à cabaret
et même de maison à maison[15]. »
Il n’y a qu’un moyen de réduire à l’impuissance les républicains,
c’est de fermer les cabarets, de surveiller les moindres démarches,
d’interdire les chambrées, de pénétrer dans les domiciles privés, d’arrêter
toutes les manifestations de la pensée humaine. La
théorie légale du coup d’Etat s’élabore. On
ne songe pas, pour le moment, aux commissions mixtes, car on suit encore
l’inspiration de la magistrature orléaniste qui admet bien les lois
d’exception mais qui n’en demande pas moins une loi ; mais la
propagande républicaine continue son oeuvre. Les sous-officiers républicains
dans les régiments sont nombreux. On dénonce des régiments entiers, le 29e
de ligne par exemple, comme travaillés par les démocrates[16].
Ce qui est plus grave — et la propagande républicaine n’y est pour rien —
c’est qu’il y a dans l’armée des éléments dont la sympathie pour les républicains
s’étale au grand jour. Un rapport de la Cour d’appel de Montpellier du 23
mai 1851 ne laisse aucun doute sur ce sujet. Il s’agissait, dans l’espèce,
d’une collision entre deux régiments de la garnison de Montpellier, du 1er
régiment du génie et du 35e de ligne[17].
« Depuis très longtemps, nous explique le magistrat, un très malveillant
esprit de rivalité anime les deux régiments..., ils professent des opinions
opposées. Le 35e est dévoué au principe conservateur de l’ordre
social : ses officiers sont tous d’excellents citoyens... Le 1er
régiment du génie, comme tous ceux qui appartiennent aux armes spéciales, et
qui sont commandés par des officiers sortant de l’école polytechnique, est
en immense majorité voué aux idées socialistes, et, dans une occasion un peu
grave, il serait bien moins un secours qu’un très grand embarras. » Et,
le procureur général conclut en conseillant d’envoyer en Afrique une portion
considérable du 1er génie. La
présence des éléments républicains dans l’armée était certaine. Mais la
propagande républicaine, il faut le dire tout de suite, y était infiniment
moins puissante que celles des orléanistes et des bonapartistes. Ce n’est pas
de ce côté-là que le gouvernement de Louis Bonaparte pouvait craindre une
surprise. L’action
des républicains dans les campagnes et dans les villes était beaucoup plus
grave par ses conséquences. Elle l’était d’autant plus que, malgré tous
les efforts et les provocations de l’administration, le rapprochement entre
les ouvriers et les bourgeois s’accentuait. C’est pour cette raison que les
élections de Paris en 1850 firent une énorme impression sur l’Assemblée législative.
Les documents que l’administration possédait signalaient le même
rapprochement dans d’autres centres ouvriers. Les rapports du procureur général
de la Cour d’appel de Lyon étaient très affirmatifs et caractéristiques sur
ce point. « Il y a, écrivait le magistrat à ce propos, à Saint-Étienne,
une impulsion de travaux industriels. La rubannerie est dans l’état le plus
prospère... L’extraction houillère est florissante… Mais cette situation
satisfaisante n’influe pas sur les dispositions politiques de la population
ouvrière. Républicanisme rigide… adopté, au lieu des utopies du
socialisme… Cette tactique leur rallie ceux qui, par intérêt ou par caractère,
sont trop portés à faire de l’opposition[18]. » Contre
le succès de la propagande républicaine, on songea à lutter d’abord par de
nouvelles lois restrictives ; on eut recours ensuite au coup d’Etat. Le
programme des lois restrictives édictées depuis 1849 à 1851 se trouve dans
les voeux exprimés par les procureurs généraux. L’un d’eux demande la création
dans chaque ville d’un commissaire de police général ; un autre désire
que le cautionnement des journaux soit élevé ; un troisième émet le
voeu que les maires soient élus par les autorités supérieures. On sait que le
projet présenté dans ce sens par le Gouverne-ment fut rejeté par la coalition
des républicains et des légitimistes[19]. Le
procureur de la Cour d’appel d’Agen formule un programme qui est un véritable
manifeste du régime à la fois autocratique et démocratique de l’empire. Il
désire d’une part que des mesures promptes soient prises en faveur des
classes ouvrières, et que, d’autre part, on étende à toute la France le
système de l’envoi de missionnaires catholiques qui avait produit de si bons
résultats dans son ressort. C’est la réforme sociale par voie d’autorité,
l’Eglise s’attribuant l’âme et l’Etat revendiquant le corps[20]. Enfin,
le procureur général de Bordeaux nous donne franchement la théorie du coup
d’État. Le conseil qu’il suggère au Gouvernement, dont il a su deviner
l’arrière-pensée, tient dans la proposition suivante : « A une
société fortement constituée et bien assise, toutes libertés sont bonnes,
mais pour un corps malade comme est la société française, les conditions
d’un autre temps peuvent entraîner danger de mort... Il n’y a quant à présent
de salut que dans la concentration des pouvoirs et l’extension de ses moyens
d’action[21]. » Le
moyen d’étendre l’action du pouvoir central était très simple ; c’était
de paralyser la liberté des particuliers. Ainsi furent votées les lois sur la
presse, sur le colportage, sur les attroupements, sur l’état de siége ;
ainsi fut suspendue la liberté de réunion, brisée et anéantie la liberté
des associations. III
L’élaboration progressive de la théorie légale du coup d’Etat et la
destruction de toutes les organisations républicaines L’attitude
de l’administration vis-à-vis des sociétés républicaines fait ressortir
avec une force particulière les moyens mis en avant pour discréditer
l’action des républicains en vue de rendre impossible toute résistance
organisée au coup d’Etat. Sur ce point, l’histoire est à refaire ;
c’est un procès à réviser. Ce que l’idée républicaine avait en elle de
généreux, de fécond, de rassurant pour l’avenir, tout cela apparaissait
dans l’incomparable développement du Mouvement sociétaire de1848 à 1852.
C’est à l’association que les républicains avaient fait appel pour
organiser le régime démocratique, consolider les conquêtes résultant des
journées de février, introduire plus d’équité dans les rapports sociaux et
résister à toute usurpation de la République. Mais
ces associations composées de républicains étaient particulièrement
dangereuses pour Louis Bonaparte ; car d’une part elles offraient des
cadres prêts pour la résistance ; et d’autre part, par leur vertu
propre, elles habituaient les individus à réfléchir, à user de leur
initiative pour tenter de résoudre par leurs propres efforts les problèmes de
la vie politique et sociale. Mais ces hommes libres organisant leurs destinées
par le groupement de leurs efforts, c’étaient autant d’ennemis du régime
qui devait aboutir au coup d’Etat et qui n’était qu’un pouvoir central
formidablement renforcé en face de l’individu asservi. Le coup d’Etat ne
pouvait réussir que si l’on arrivait préalablement à anéantir et à discréditer
toutes les associations républicaines. On y travailla avec zèle et esprit de
suite. L’état d’une fraction de l’opinion publique et le décret du 28
juillet 1848 aidèrent puissamment l’administration de Louis Bonaparte. Une
partie de l’opinion publique éprouva une certaine crainte devant l’inconnu
que lui réservait la Révolution accomplie. On sentait bien, avec l’avènement
au pouvoir des classes populaires après l’établissement du suffrage
universel, que des passions jusqu’alors inconnues grondaient dans l’air, que
de nouvelles aspirations se faisaient sentir. Mais on ne devinait pas le
jaillissement naturel et spontané du mouvement social. On attribuait
l’agitation, dont les origines lointaines échappaient à l’observation
superficielle, à la propagande active des sociétés secrètes[22]. C’était la peur qui
s’emparait des esprits timides en face de l’inconnu dont ils n’osaient par
aborder franchement la solution. Avec
cette disposition de l’opinion publique, on comprend l’inspiration qui avait
dicté le décret du 28 juillet 1848 et l’application qui en avait été faite
par l’administration. Ce décret, contrairement à son titre, réformait dans
un sens restrictif la législation en vigueur sur les sociétés. Il était
conforme en cela à la tendance antérieure du législateur français qui, au
fur et à mesure qu’il reculait les limites du corps électoral,
s’empressait en revanche de resserrer de plus en plus la liberté
d’association. L’abaissement du cens électoral en 1830 eut pour contre-coup
la loi de 1834 qui renforçait les dispositions du code pénal. L’établissement
du suffrage universel entraîna l’acte du 28 juillet 1848 qui surenchérissait
sur les rigueurs de la loi de 1834. Pour
empêcher, suivant la terminologie de J. J. Rousseau, la volonté générale
d’errer, on avait pris le parti d’interdire les réunions privées.
Jusqu’en 1848, les réunions de moins de vingt personnes, même ayant pour
objet des matières publiques, pouvaient se former sans autorisation ; le décret
de
Tout
cela n’était rien auprès de l’article 6 qui défendait aux clubs de
discuter des propositions contraires à l’ordre public. L’ordre public,
signifiait, aux yeux du législateur, l’ordre social notamment la famille et
la propriété. Il était viole par la simple lecture d’une page de
« l’Organisation du travail » de Louis Blanc ou de quelque extrait
de l’oeuvre de Fourier. Qu’on ajoute à cela l’interprétation extensive
du terme « club », — des réunions publiques tenues dans des lieux
différents par le même orateur ayant été assimilées à un club ambulant[23],
— et l’on verra combien peu il resta de dispositions libérales du décret
du 28 juillet 1848- En revanche, on y trouve un article qui, en interdisant les
sociétés secrètes, frappait à mort toutes les organisations démocratiques
et contenait en germe le coup d’Etat. En effet — et c’est un point d’une
importance capitale — était considérée comme société secrète toute société,
toute réunion qui n’était pas conforme au décret qui vient d’être rappelé.
On s’était refusé de parti pris à la définir autrement[24]. Comme
les dispositions relatives aux clubs furent suspendues en 1849 pour être
ensuite abrogées définitivement, il n’y eut plus aucune liberté pour les réunions
politiques. Elles furent toutes exposées à être confondues avec les sociétés
secrètes. Le gouvernement se trouvait déjà ainsi investi d’une arme bien
puissante contre les groupements républicains. Elle ne lui suffisait pas. L’élasticité
de la définition de la société secrète allait lui permettre de réduire à
rien la liberté organisée par les lois des 8 mars, 5 et 15 juillet 1850, en
faveur des sociétés de secours mutuels. Une circulaire ministérielle du 25
juillet 1850 contenait la menace suivante : « Celles de ces sociétés
qui refuseraient d’obtempérer à l’arrêté qui les aura dissoutes devront
être poursuivies et punies des peines édictées par l’article 13 du décret
du 28 juillet 1848 contre les sociétés sécrètes[25]. » Il
suffisait qu’une société de secours fût soupçonnée de s’occuper des
affaires politiques pour être exposée à un arrêté de dissolution et à une
condamnation comme société secrète. Or, en vertu d’une présomption générale,
était société politique, aux yeux de l’administration, toute association
composée de républicains. Un document officiel de cette époque nous le dit très
franchement : « Il est permis de croire, y lisons-nous, que la
plupart des sociétés philanthropiques formées depuis 1848 sous les noms de
sociétés de secours mutuels, de sociétés fraternelles, de boutiques pour la
vie à bon marché, ne sont que des sociétés politiques déguisées.
L’opinion uniforme des membres qui les composent et qui appartiennent à la démagogie
la plus avancée laisse peu de doutes à cet égard[26]. » On
se trouva alors en présence d’une situation contradictoire. Les idées coopératives
comptaient surtout des partisans parmi les républicains grâce aux conversions
faites dans leurs rangs par les doctrines saint-simonienne, fouriériste,
icarienne. L’association leur apparaissait comme le moyen le plus sûr de
concilier le capital, le travail et le talent, et de mettre fin aux luttes
sociales. C’est sous leur impulsion que se formaient d’innombrables sociétés
de secours, sociétés coopératives de production et même de consommation.
Mais le développement du mouvement coopératif fut brisé net par
l’administration de Louis Bonaparte sous prétexte qu’organiser des
associations, c’est exciter les citoyens à la haine et au mépris du
gouvernement. Les républicains prêchaient la conciliation de tous les intérêts.
La plupart des sociétés de secours comptaient dans leurs rangs des bourgeois
et des ouvriers. Mais cela même les rendait suspectes. Composées de républicains,
elles pouvaient offrir des cadres pour la propagande démocratique. On
évoqua à leur égard et très habilement le spectre de « sociétés secrètes »
pour les discréditer et les faire disparaître. Cela n’était pas difficile.
L’opinion publique, sans se rendre compte du vague de la terminologie légale,
entendait le terme de société secrète dans le sens usuel du mot. La société
secrète, sans distinction, était une société, qui devait rêver le massacre
et le pillage. On arriva ainsi à prononcer en bloc la dissolution des sociétés
de secours dans certains départements. On détruisit la puissante société des
mutualistes de Lyon[27]. Ies
républicains essayèrent de fonder des journaux avec des cotisations
individuelles en constituant en même temps des fonds permettant de distribuer
un certain nombre d’exemplaires gratuitement. C’étaient encore des sociétés
secrètes. On essaya de constituer des associations permettant aux citoyens
pauvres de s’acquitter de leurs fonctions de juré ; c’était commettre
le délit de « société secrète ». Constituer un comité électoral,
se réunir dans un cabaret, c’était encore s’exposer à la rigueur de la
loi. Le délit élastique de « société secrète » paralysait
jusqu’aux moindres mouvements des groupements républicains[28]. C’est
en confondant habilement les sociétés à affiliation avec les sociétés secrètes
parce qu’illégales, qu’on avait pu atteindre ce résultat. Mais les sociétés
à affiliation et à formules méritaient-elles ce discrédit ? Leur présence
avait-elle été véritablement menaçante ? Remarquons
tout de suite qu’il ne fallait, pas comprendre parmi elles les
loges maçonniques, qu’on considérait seulement comme des sociétés « ayant
des secrets » mais non « secrètes »[29]. C’étaient
plutôt des groupements, particulièrement connus dans le midi de la France,
pays de chambrées, répandus déjà avant la Révolution de 1848 et composés
surtout avant cette date de légitimistes. Sous l’influence, probablement, des
traditions maçonniques, on y avait l’habitude de procéder à des initiations
qui, d’ailleurs, n’avaient rien de secret et étaient de notoriété
publique. Au cours des enquêtes faites après le coup
d’Etat, on ne put relever
à leur charge que l’emploi de
formules datant des anciens régimes. Il n’y eut pas,
sauf
dans les sociétés lyonnaises, la moindre allusion à une idée
socialiste. C’étaient des sociétés de résistance pour lutter contre l’éventualité
d’un coup d'Etat.
Elles n’avaient aucun rapport avec les anciennes
sociétés secrètes. Qu’on parcoure les décisions des commissions mixtes
chargées surtout de poursuivre les membres des sociétés dites secrètes,
et l’on constatera
que l’immense
majorité
des prétendus affiliés n’avaient jamais fait partie d’un groupement
politique quelconque.
Le seul reproche que l’administration pouvait leur adresser, c’était de
croire à l’imminence d’un coup d’Etat et de s’y préparer. Le
gouvernement redoutait si peu l’emploi des formules d’initiation et les sociétés
de cette catégorie, qu’il en provoquait la formation quand il croyait trouver
en elles un appui « dans un jour de crise » comme s’exprimaient
prophétiquement les rapports des procureurs généraux. Elles n’étaient
d’ailleurs qu’une infime minorité, et c’est après le coup d’Etat
qu’on essaya d’exagérer leur rôle, pour représenter la résistance comme
l’effet de leurs agissements ténébreux, Nous verrons, un peu plus
loin, comment les commissions. mixtes s’y prirent pour démontrer
l’existence d’une société secrète. Pour leur prêter une certaine
importance, on alla jusqu’à dire que le département de l’Hérault comptait
à lui seul 60.000 affiliés et que celui des Basses-Alpes constituait une
immense société secrète. En
réalité, leur importance politique était minime. On
concevait le danger qu’aurait pu offrir une société comme celles des
« Saisons » et des « Familles » fondées à Paris, avant
1848, quand la province acceptait docilement les ordres de la capitale. Même à
cette époque, l’action de ces dernières était insuffisante pour amener un
changement de gouvernement. Elles n’arrivèrent pas à s’implanter dans une
cité ouvrière comme celle de Lyon ; à plus forte raison l’action de
pareilles sociétés était-elle impuissante avec le suffrage universel qui
appelait à la vie publique toutes les portions du territoire et décentralisait
ainsi la vie politique. Il y eut, entre les sociétés blanquistes de la
monarchie de juillet et les sociétés à affiliation qu’on rencontrait dans
le Midi après les journées de février, des différences capitales. Les unes,
répétons-le, n’existaient qu’à Paris et comprenaient un fort élément
ouvrier. Elles avaient des tendances communistes, qui leur venaient du
babouvisme. Elles visaient à la transformation sociale par le changement de la
forme de gouvernement. Elles ne reculaient pas devant l’action révolutionnaire,
et étaient disposées à en prendre l’initiative. Les
sociétés secrètes du Midi avaient un caractère bien différent ; elles
étaient locales et décentralisées; elles comprenaient presque exclusivement
des bourgeois ; elles ne professaient pas du tout le communisme, auquel
elles étaient même hostiles. Tout au plus le paysan du Midi voyait-il dans le
triomphe de la République sociale la promesse de la diminution des impôts sur
le vin et sur le sel, et peut-être le lointain espoir de recevoir bien moins
souvent la visite de l’huissier chargé de requérir le paiement d’une
vieille dette dont le gros propriétaire du voisinage percevait les intérêts
depuis de longues années ; et ce, au grand désespoir du cultivateur qui
n’arrivait pas à réaliser son rêve le plus doux : arrondir sa propriété:
Enfin et surtout les sociétés quand même elles admettaient l’emploi de
formules d’initiation, n’étaient pas faites pour prendre l’initiative
d’un mouvement : elles étaient organisées pour la résistance. L’établissement
du suffrage universel, même à Paris, eut pour conséquence de réduire à
l’impuissance les anciens groupements blanquistes. Il est difficile de hiérarchiser
et de distribuer en décuries et en centuries un corps électoral comprenant des
milliers et des milliers d’individus. A plus forte raison disparurent-elles
dans les départements. L’administration de Louis Bonaparte le, savait fort
bien, et, tout en feignant de mettre sur le compte des sociétés à affiliation
les désordres provoqués par le coup d’Etat, elle déclara, par le décret du
8 décembre 1851, comme susceptibles d’être transportés les membres des sociétés
sécrètes dans le sens légal, mais non dans le sens usuel du mot. Une
circulaire de Morny, que nous retrouverons tout à l’heure, ne laisse aucun
doute sur ce point. Toutes
les sociétés républicaines sans distinction furent poursuivies et surveillées.
On fit le dénombrement de leurs forces. Là où elles paraissaient pouvoir
offrir quelque résistance; elles furent dissoutes, dénoncées d’avance par
les magistrats[30]. Les
rapports des procureurs de la Cour d’appel de Montpellier et de Nîmes sont très
suggestifs sur ce point. Ils se placent toujours au point de vue du danger que
les sociétés républicaines pourraient offrir « un jour de crise". Là
où les poursuites journalières ne semblaient pas produire l’effet voulu, il
y eut des poursuites contre les auteurs de prétendus complots auxquels on
assimila, après le vote de la loi du 31 mai 1850, les pétitionnements organisés
en vue de l’abrogation de cette loi. Ce qu’il y avait d’absurde dans ces
insinuations de l’administration, les rapports de la police le montrent. Dans
le document sur le mouvement démagogique antérieur au 2 décembre, daté du 1er
décembre et dont quelques fragments furent publiés après le coup d’État
pour justifier la dictature de Napoléon, et par conséquent entaché d’un
parti pris évident, on trouve les passages suivants : « Sur tous les
points l’attitude des socialistes annonce une prochaine insurrection. Le jour
de l’insurrection est fixé tantôt au 20 ou 21 mai, tantôt au 24 du même
mois. Des poudres et autres munitions, ainsi que des armes, sont découvertes
sur un très grand nombre de points, mais le vote de la loi du 31 mai et
l’attitude du gouvernement ont fait contremander le mouvement projeté et ont
changé la guerre des rues en une guerre de pétitions. » Voilà un
complot qui, ayant eu sa raison d’être avec le suffrage universel non mutilé,
devint un modeste pétitionnement, précisément au moment où il aurait fallu
compter plutôt sur l’action. Mais continuons la lecture du dit rapport :
« Ces dispositions insurrectionnelles donnèrent lieu à plusieurs
instructions criminelles, à Béziers, à Oran et dans le département de la Drôme. » On
comprend, étant donnée la mauvaise foi évidente de l’administration,
pourquoi on fut obligé de faire renvoyer l’affaire du complot de Béziers,
pour cause de suspicion, devant une autre Cour. Le complot de Valence était un véritable roman. Rien que la lecture des pièces officielles donne l’idée de
l’extravagance des poursuites. Voici le point de départ de l’instruction : « Une lettre du Préfet
du département de la Drôme, du 31 mai 1850,
fit connaître au Ministre de l’Intérieur
qu’il existait dans son département un vaste
complot contre la société et le gouvernement. Le but des conspirateurs était
de renverser ce qui existe ; leurs moyens, le refus de l’impôt et l’insurrection armée. Ils s’engageaient sous
serment à marcher au premier signal ; leur récompense devrait être l’abolition des impôts
et le partage des
biens des riches. » Voilà une accusation bien nette, mais lisons la
conclusion : « Les procédures, qui paraissent
se réduire à une inculpation d’affiliation
à des sociétés secrètes, ont été dévolues à la juridiction militaire
par suite de l’état de siège. » Voilà en quoi se résume le complot
et le profit qu’en tire l’administration[31]. L’état
de siège fut étendu à tous les départements dont l’attitude inspirait le
moindre soupçon. Les républicains des départements du Midi et de la ville de
Lyon furent décimés avant le coup d’Etat par les conseils de guerre et les
autres mesures administratives. Cet ensemble de mesures aurait suffi pour désorganiser
le mouvement le mieux concerté. Tout ce qu’il y avait de spontané, de fécond,
dans le mouvement républicain ne devait-il pas se briser contre la puissante
centralisation léguée par le premier empire et qui enserrait de tous les côtés
les groupements démocratiques ? L’
administration éprouvait le besoin de consommer la défaite des républicains
en les discréditant moralement. Ce n’étaient pas seulement des gens avides
de sang et de massacre ; mais c’était encore le parti de l’étranger,
obéissant à un mot d’ordre venu d’un comité central ayant son siège à
l’intérieur. Le point de départ de ce nouveau chef d’accusation était un
renseignement publié par un journal de Nantes l’Étoile du Peuple et
qui contenait ce qui suit : « Les sociétés secrètes se réorganisent
avec beaucoup d’activité ; leurs principaux meneurs, qui ont été récemment
amnistiés, sont les agents de cette réorganisation. Les chefs des clubs, qui
étaient établis dans chaque arrondissement de Paris, ont constitué dans
chacun de ces arrondissements un centre dont les délégués forment le
gouvernement révolutionnaire du socialisme. Ce gouvernement est en rapport
permanent avec les réfugiés socialistes en Suisse et à Londres. » Dans
son rapport du 29 décembre 1849, le procureur général de Rennes s’empressa
d’enregistrer ce précieux entrefilet auquel il ne resta pas peut-être étranger.
On savait par les journaux démocrates de Paris, qui ne le dissimulaient pas,
qu’il y avait à Londres une société des proscrits démocrates socialistes
français, un comité démocrate socialiste des réfugiés allemands, une société
démocratique hongroise, une section de la démocratie polonaise, un comité
national italien. On avait vaguement entendu parler de la constitution d’un
comité central européen composé de Ledru-Rollin, Mazzini, Darntz et Ruge, généraux
sans soldats. Cela suffisait pour échafauder une accusation dirigée contre
tout le parti républicain en France[32]. Est-il
nécessaire de dire qu’après avoir brisé toutes les organisations
collectives dans les départements ; après avoir inventé le complot du
Midi dont le chef aurait été Gent, après avoir fait condamner la Solidarité
républicaine formée sous l’inspiration de Delescluze, Paris fut étroitement
sur veillé. La suspension du décret sur les clubs, la condamnation qui avait
frappé la fédération des associations ouvrières se rattachant à la
commission de Luxembourg, avaient enlevé aux ouvriers le moyen de se grouper et
surtout d’ébaucher un plan d’organisation de concert avec les députés et
les éléments bourgeois. On reprocha plus tard aux députés montagnards de ne
pas avoir préparé la résistance au coup d’Etat. Mais la surveillance
administrative la rendait très difficile. Les moindres actes des représentants
furent épiés[33]. Pour
entraver les rapports des représentants avec leurs électeurs, des procureurs zélés
proposaient non seulement de soumettre au timbre, mais aussi au cautionnement
les comptes-rendus des députés[34]. Le
Comité de résistance que Greppo, Miot et Démosthène Ollivier, essayèrent de
fonder à Paris fut immédiatement découvert, poursuivi et dissous[35]. Alors,
que restait-il à faire pour assurer le succès définitif du coup d’Etat ?
Obtenir le concours d’un personnel dévoué, s’entourer d’un groupe
d’aventuriers prêts à exécuter n’importe quelle besogne en vue de
recueillir plus tard les profits de la victoire. Cela n’offrait aucune
difficulté pour un homme qui portait le nom de Napoléon, qui s’appuyait sur
plusieurs millions d’électeurs et qui détenait entre ses mains la direction
d’une administration ou la centralisation était poussée au plus haut degré.
Cela fut vite fait. Il
n’entre pas dans le plan de notre travail de raconter l’histoire
intime et anecdotique du coup d’Etat. Rappelons seulement l’expédition
de Kabylie qui servit à l’élévation du général Leroy de
Saint-Arnaud. Nommé six mois plus tard ministre de la guerre, ce dernier
se fit entourer d’un certain nombre d’officiers supérieurs et de régiments
qui, couverts de récompenses, lui promirent leur concours. Le 15 septembre
1851, un état fut fourni par le ministère de la guerre, donnant, sur
tous les officiers généraux; les colonels, les corps d’officiers et les régiments,
des renseignements complets[36]. La
même épuration se poursuivit, avec non moins de facilité dans toutes les
administrations. Les concours de Morny et de Persigny furent vite acquis.
D’autres s’offraient à prix d’argent. Mais, c’était l’armée
qui devait être le principal instrument de l’exécution du coup d’Etat. Le
général Leroy de Saint-Arnaud lui traçait ses devoirs dans l’ordre du jour
qui contenait les lignes suivantes : « Esprit de corps, culte du
drapeau, solidarité de gloire, que ces nobles traditions nous inspirent et nous
soutiennent. Portons si haut l’honneur militaire qu’au milieu des éléments
de dissolution qui fermentent autour de nous il apparaisse comme moyen
de salut à la société moderne. » Une
circulaire adressée aux généraux complétait cet ordre du jour. Elle
recommandait l’obéissance passive. « La responsabilité ne se partage
pas, proclamait-elle ; elle s’arrête au chef de qui l’ordre émane ;
elle couvre à tous les degrés l’obéissance et l’exécution. » C’était
net. La légitimité de l’acte qui allait s’accomplir ne pouvait être contrôlée
que par les chefs qui le commanderaient. Mais quels chefs ? Est-ce ceux qui
parlaient au nom de l’Assemblée législative ? Non, le ministre de la
guerre faisait effacer sur les murs des casernes le décret du 11 mai 1849 conférant
à l’Assemblée législative le droit de requérir les troupes nécessaires à
la sûreté. Ainsi le principe d’autorité allait trouver son appui dans
l’obéissance passive de l’armée érigée en gardienne de la société
contre les principes subversifs. Résumons
maintenant les causes qui devaient assurer le succès du coup d’Etat. D’une
part, toute une législation restrictive absolument conforme à l’esprit de la
législation antérieure et appliquée par une magistrature pénétrée des
pratiques du régime censitaire ; d’autre part, la crainte habilement
exploitée du spectre rouge. « Celle-ci eut deux sources : d’abord
l’inquiétude qui s’empara de certains esprits en face de changements dont
on ne devinait pas l’étendue, ensuite l’absence de tout esprit
d’initiative individuelle dans la grande masse des conservateurs qui, au lieu
d’avoir recours à leurs propres efforts pour contrebalancer ceux de leurs
adversaires politiques, préféraient se décharger sur le pouvoir du soin de
les défendre. Ensuite, la crainte du spectre rouge fut alimentée par la
confusion que la loi et l’administration avaient établie entre les sociétés
secrètes légales et les sociétés secrètes à affiliation. Tous les
groupements républicains furent discrédités et désorganisés. Grâce à
cette désorganisation et à la loi du 31 mai 1850, l’ensemble du pays fut
replongé dans un calme qui favorisa également la réussite du coup d’Etat. Les mesures du 2 décembre durent en outre leur succès à l’excessive centralisation administrative qui permettait au chef du pouvoir exécutif de commander à toutes les portions du territoire et de garder dans ses mains le commandement suprême de l’armée.
[1]
J’adresse mes remerciements les plus vifs aux personnes qui ont bien voulu
me communiquer des correspondances inédites, des mémoires en manuscrit, et
notamment, Madame Lévylier (Correspon.dance de son père,
Michel Goudchaux, avec Victor Schoelcher) ;-Mme Ernest Picard (Correspondance
d’Ernest Picard avec Ferrouillat, Hénon) ; M. Joseph Reinach (Correspondance
de Jules Ferry et Clément Laurier avec Gambetta) ; M. Charles
Ferry (Lettres de Jules Ferry à son frère) ; Hérold (Correspondance
de Ferdinand Hérold avec Dréo, .Jules Ferry, Garnier-Pagès,
Jules Simon) ; Henri Lefort (Lettres avec Delescluze, Chaudey et
surtout un très important dossier comprenant des lettres de Lelubez, Tolain,
Fribourg, Karl Marx, Étienne Arago, J. Macé, relatives à l’Internationale
et à la candidature ouvrière de 1864) ; Ch. Seignobos (l’Agenda
de son père de 1851 à 1852). J’ai
pu consulter en manuscrit les mémoires encore inédits de MM. Ferdinand
Dreyfus ; de Millet, fils d’un proscrit ; de Michon, ancien
membre de I’Internationale à Genève, et d’Alfred Naquet. M Coulon,
vice-président du Conseil d’Etat ; M. L. Levraud, ancien député ;
M. Monin, dépositaire des papiers de Chassin ont bien voulu, mettre à ma
disposition des imprimés et des documents qui sont introuvables dans les
bibliothèques. Grâce
à l’obligeance de M. Pallain, gouverneur de la Banque de France, j’ai
pu prendre connaissance de l’exemplaire de Prévost-Paradol, la France
Nouvelle, annoté par Gambetta, qu’il possède dans sa bibliothèque. Ma
reconnaissance n’est pas moins grande envers les personnes qui m’ont
confié leurs souvenirs. Ceux de M. Ranc, à l’inépuisable documentation
duquel Blanqui aimait à faire appel en lui disant : « Ouvrez-vous,
Bottin ! », ont été pour moi d’un intérêt particulier. La
richesse et la précision des renseignements de M. Deroisin, ancien maire de
Versailles, m’ont été également très utiles. Je
dois, en outre, des indications précises à MM. Avrial, Boisjoilin, F.
Buisson, Henri Brisson, Ad. Carnot, Casimir-Perier, Chauvière, Clémenceau,
Georges Coulon, Croiset, Doniol, Dupleix (Genève), Henri Fazy (Genève),
Charles Ferry, A. Hébrard, Henri Lefort, N. Leven, Levraud, Ch. Lyon-Caen,
Pallain, Roger Prestat, Protot, Georges Renard, Taule, Wyrouboff ; à
Mme la marquise de Charnacé. Pour
le mouvement républicain en province, je dois des notes écrites à M.
Marius Villard (Valence) ; M. Benjamin
Abram (Aix et Marseille) ; M. E. Bouchet (Dunkerque) ;
et des renseignements, à Barkhausen, (Bordeaux) ; Paul Faure (Valence) ;
Ed. Millaud (Lyon) ; Victor Leydet et Grimanelli (Aix et Marseille) ;
Patrice (Lille). [2]
A: M. J. (archives du ministère de la justice) Événements politiques
du 2 décembre 1851 jusqu’au 10 décembre 1851. [3]
Les documents utilisés dans ce chapitre sont surtout les rapports des
procureurs généraux tirés des archives du Ministère de la justice. [4]Nous
citons les rapports mensuels des procureurs généraux qui se trouvent aux archives
du Ministère de la justice, in extenso ou d’après les
extraits qui en furent faits par l’administration elle-même. [5]
A. M. J. 48 P ; P. C. A. Riom, 13 mai 1851 [6]
A. M. J. 48 P; P. C. A. Riom, 4 septembre 1851. [7]
A. M. .J. 48 P ; P. C. A. Toulouse, 15 novembre 1851. [8]
V. annexe I, des extraits de leurs rapports. [9]
A. M. J., 8167. [10]
A. M. J. ; Extrait des rapports sur la situation morale et politique,
sans cote. [11]
A. M. J., Extrait du rapport sur la situation morale et politique du 2
novembre 1849. [12]
A. M. J., Extrait du rapport mensuel de février 1849. [13]
A. M. J., Extrait du rapport de février 1849. [14]
Extrait du rapport du P. C. A. de Bourges de février 1849. [15]
A. M. J., Extrait du rapport de février 1850. [16]
A. M. J., Rapport du Procureur général de Lyon du 5 juin 1850. [17]
A. M. J., 89 P [18]
Extrait du rapport P. C. A. Lyon, février 1850, A.M. J. [19]
A. M. J. Extrait des rapports de février 1850, P. C. A. Colmar, P. C. A.
Lyon, P. C. A. Nancy. [20]
A. M. J., Extrait du rapport du P. C. A. d’Agen, de novembre 1850. [21]
A. M. J., Extrait du rapport de février 1850. [22]
V. Tchernoff, Associations et sociétés secrètes sous la deuxième
Repubique, 1903, p. 26, un rapport du procureur de la République de
Caen nous peint très bien cet état d’esprit. [23]
V. Emile Ollivier, le 19 janvier 1865, p. 57-58. [24]
V. ce que nous disons sur ce point dans notre ouvrage déjà cité, Associations
et sociétés secrètes de la deuxième République, p. 18. [25]
Tchernoff, Associations et sociétés secrètes sous la deuxième République,
1903, p. 20 [26]
Tchernoff, op. cit., p. 33-34 [27]
Tchernoff, op. cit., p. 34, 125 et suiv. [28]
A. M. J., Rapport du procureur de la Cour d’appel de Dijon du 3 septembre
1849, p. 127. Le procureur de la cour d’appel de Colmar, dans son rapport
de février 1850 déjà cité, s’exprime dans les termes suivants sûr les
sociétés secrètes : « Elles procèdent au grand jour. Le comité
directeur siège au bureau des journaux de l’opposition qui reçoit
l’impulsion de Paris et la transmet à sa localité par un article
quotidien et par la propagande orale de ses affidés dans les brasseries et
dans les cafés. » [29]
V. Tchernoff, op. cit., p. 16 [30]
Tchernoff, op. cit., Introduction. [31]
Tchernoff, op. cit., pp. 347-351 [32]
Tchernoff, op. cit., pp. 342-343. [33]
V. A. M. J., un dossier intitulé : Représentants en voyage.
sans cote. [34]
V. A: M. J.; 68 P, à propos de Greppo. Dans le mène dossier il y a une pièce
émanant du procureur général de la cour de Lyon qui propose de poursuivre
Greppo ; et voici les chefs d’accusation qu’il relève
contre lui : délit d’attaque contre le respect dû à la loi
(article 3 de la loi du 27 juillet 1849), pour avoir dit que la loi du 31
mai 1850 porte une atteinte à la souveraineté nationale ; délit
d’excitation à la haine et au mépris du gouvernement pour avoir insinué
que l’administration se livre à un immense gaspillage du.
budget ; délit d’offense à l’Assemblée nationale pour avoir
reproché à l’Assemblée d’avoir plus de pitié pour les chiens que
pour les citoyens. [35]
Il a aux archives du Ministère de la Justice un dossier qui porte le titre : État
nominatif des membres du Comité central de
résistance,
et correspondants
du
département du Var et autres lieux. Voici
les noms
qu’il
relève : Comité
central de résistance PARIS.
— Michel
de Bourges, représentant
du peuple ;
Laboulaye ; Cholat ; Faure, du Rhône ; Colfavru ;
Miot ; Greppo ; Démosthène Ollivier, à Batignolles-Monceaux. Membres
secondaires. Pierre
Dupont, poète ; Collet, voyageur de commerce ; Mercéron,
menuisier ; Latour, tailleur. Comités. Bonnard,
peintre ; Briron ; Durand, musicien. MARSEILLE.
— Augeard, mécanicien ; Couturat, libraire ; Rique. TOULON. — Laurent ; Fouque, chocolatier ; Peyssel, ferblantier fondeur ; Vazangool, marchand de faïences ; Fortoul, pharmacien ; Raynaud, teinturier ; Laget. cordonnier. DRAGUIGNAN. — Achard, sellier ; Allemand, chapelier ; Laborde, tailleur ; Cartier, cordonnier ; Imbert, charron ; Alte (pour Alter), cafetier ; Sanglar, aubergiste. DIGNE
(BASSES-ALPES). — Soustre fils, propriétaire ; Cotte, avocat. Sous-comités LE
MOURILLON, —
Anglade, tailleur. PONT
DE LAS. (pour Pont-du-Las) — Roque ; Bouzin. OLLIOULES.
— Bonnet, cafetier. VIDAUBON.(pour
Vidauban) — Truc fils.' SAINT-LUC.(pour
Le Luc) — David, cordonnier ; Nicolas, chapelier ; Malnourri. GARDE
FREINET. — Marquetty. SAINT-TROPEZ.
—Martel, serrurier. FREJUS.
— Sigaloux, boulanger. SALERNES.
— Cotte fils, fabricant de faïences ; Basset, pharmacien. CANNES.
— Lamotte, conducteur des diligences ; Autran. ANTIBES. — Pellepot, maître maçon. CAGNES
et VENCE. — Landolphe,
ex-ouvrier de l’arsenal. FOURETTE de VENCE.(pour Tourettes) — Bresse ou Bressi, propriétaire. GRASSE. — Fau, armurier. FAYENCE. — Fabre, marchand de poterie ; Mazard, aubergiste. BRIGNOLES.
— Constant, ex sous-préfet. Orsini,
membre de la Constituante romaine ; Autorné, marchand de crépins ;
Belgrand, cordonnier ; Pepoli, ex-officier de la Légion étrangère. [36]
V. Jules Richard, Comment
on a restauré l’Empire,
1884, p. 204-205. |
|
Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines |