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Document
L’ouvrage
d’Hyppolite Maquan annoté par le procureur de la République
Bigorie-Laschamps, en poste à Draguignan en 1851-52, membre de la commission
mixte du Var
Ce
volume nous a été aimablement communiqué par M. Jacques Cru, grand amateur de
l’histoire du Verdon. Il l’a acquit il y a quelques années auprès d’un
bouquiniste parisien.
Nous
nous contentons de présenter sommairement ces annotations.
Elles
sont de trois formes :
- des
marques portées au crayon rouge dans la marge
- des
notes de bas de page au crayon gris
- des
notes de bas de page à l’encre noire
Si
les deux derniers types sont certainement de la main de Bigorie, comme
l’atteste l’emploi de la première personne, il est toutefois impossible
d’assurer qu’il en est de même des marques au crayon rouge.
Les
marques rouges repèrent des passages assez divers. Elles peuvent signaler les
souvenirs que le lecteur a conservé des événements, soit au sujet de faits,
soit à propos d’analyses politiques de l’auteur. Mais est-ce pour les
approuver ou pour les dénigrer ? La lecture des notes manuscrites, qui
tentent de présenter un procureur pondéré, milite pour la deuxième solution
puisque certaines marques rouges sont placées en des passages assez outranciers
(note 2 : insurgés bonapartistes ; note 7 : froid assassinat du
gendarme ; note 8 : acharnement de la foule sur son corps ;.note
10 : projet de massacre du clergé).
Ces
notes écrites commentent les interventions du lecteur dans le récit :
- soit
pour préciser un nom ou ses prises de position (notes 6 et 15)
- soit
pour contester leur réalité (16 qui défend la légalité, 19 qui plaide
en faveur d’un résistant, 20 qui souligne sa propre magnanimité, et
surtout 21 et 22 qui dénoncent la cruauté du préfet)
Nous
ignorons à quelle date ces annotations furent portées. Durant l’empire ?
Au retour de la République ? Et surtout dans quel but. Sont-elles destinées
à un tiers-lecteur ? A l’auteur ? Ou simplement ont-elles un usage
personnel ?
Le
débat sur ce document est ouvert. Nous attendons vos remarques et analyses.
Frédéric
Négrel
Le
dos du volume porte : Insurrection de décembre 1848 (sic) dans le Var
Insurrection
de décembre 1851 dans le Var
Trois
jours au pouvoir des insurgés
deuxième
édition
Pensées
d’un prisonnier
par
H.Maquan
Draguignan
H.Bernard,
imprimeur-éditeur
près
la paroisse
1853
1
au crayon gris sous Maquan : M. Bigorry
L'orthographe
du patronyme n'est pas celle utilisée sur les documents officiels (Bigorie)
page
11
2
marque au crayon rouge soulignée dans la marge droite en regard de :
N’a-t-on
pas reconnu que parmi les insurgés des localités les plus arriérées,
plusieurs croyaient prendre les armes pour la défense de Louis-Napoléon ?
Révolution,
cruelle ignorance ! Socialisme, immense duperie !
page
14
3
marque au crayon rouge dans la marge gauche en regard de :
Depuis
1848, les trois communes de la Garde-Freinet, du Luc et de Vidauban, les deux
premières surtout, étaient comme autant de foyers permanents d’exaltation
anarchique.
page
54
4
marque au crayon rouge dans la marge gauche en regard de :
Le
5 décembre, un rassemblement armé de 200 hommes envahit la mairie (d’Hyères).
L’honorable maire de cette commune, M. David de Beauregard est sommé par un
cabaretier et un ex-rédacteur du journal le Démocrate du Var, de résigner ses
fonctions.
page
55
5
marque au crayon rouge soulignée dans la marge gauche en regard de :
Le
maire (de Cuers) est d’abord violemment séparé des gendarmes, renversé sur
le sol, et littéralement traîné en prison.
6
appel de note (1) au crayon rouge après :
Le
malheureux brigadier Lambert veut défendre M. Barralier, mais il est saisi par
cinq ou six insurgés à la fois. Ceux-ci l’étreignant fortement par derrière,
le soulèvent et le présentent ainsi immobile aux coups de l’assassin, jeune
homme désigné par le sort à immoler cette première victime.
note
en bas de page :
Je
crois que son nom est : Mourre
page
56
7
marque au crayon rouge dans la marge gauche
en regard de :
Mais
il (l’assassin) est membre d’une société secrète, il a prêté
l’horrible serment qui fait une loi aux affiliés du parricide ; le sort
l’a désigné et il frappe froidement la première victime offerte à ses
coups.
Sa
main ne tremble pas, son œil vise avec calme. L’infortuné brigadier Lambert
tombe, atteint à bout portant d’une balle dans la tête.
8
marque au crayon rouge dans la marge gauche en regard de :
Les
uns broient le crâne (de Lambert) sous les coups répétés des bâtons et des
pioches, d’autres plongent leurs sabres dans la poitrine comme pour
s’assurer que leur arme a le fil.
page
58
9
marque au crayon rouge dans la marge gauche en regard de :
Et
reculant devant le premier obstacle, la foule se précipite vers la caserne, qui
n’est plus défendue que par la présence de la veuve du malheureux brigadier
Lambert.
page
59
10
marque au crayon rouge dans la marge droite en regard de :
(Décrivant
un enterrement à Cuers lors des journées de Décembre : les démocrates
renoncent à attaquer le cortège car le curé n’y est pas. Un d’eux dit :
) - Nous les massacrerons tous ensemble, attendons !
page
71
11
marque au crayon rouge dans la marge droite en regard de :
3
décembre
La
Constitution de 1848 se dressait comme une impasse devant la France, acculée au
bord d’un abîme sans fond – le socialisme.
Le
bord de cet abîme, s’éboulant chaque jour sous la lutte de deux pouvoirs
rivaux, allait bientôt manquer sous nos pas.
Il
fallait bien pour écarter la France du gouffre, renverser les murs de
l’impasse, ou faire à ces murs une brèche quelconque.
Espérer
que les deux pouvoirs s’entendraient pour faire la brèche ensemble, la faire
plus large et passer de front sur un terrain plus solide, où la lutte aurait
recommencé, c’était trop chevaleresque pour être politique.
Cela
paraît fort clair aujourd’hui, mais au moment du coup d’état du 2 décembre,
la situation de la presse conservatrice, indépendante, n’en était pas moins
très perplexe.
page
73
12
marque au crayon rouge dans la marge droite en regard de :
Combien
de grands politiques en sont là aujourd’hui !
Ainsi
va le monde, ainsi va surtout la France.
La
première sensation, produite par la nouvelle du coup d’état au chef-lieu,
fut une sensation d’hilarité.
C’était
grave pourtant.
Tandis
que je réfléchis sur la légèreté de notre caractère national, je monte
l’escalier du tribunal et je monte au parquet, où j’ai le plaisir de
trouver M. le procureur de la République, homme d’esprit et de tact, dont je
n’ai eu qu’à me louer dans cette circonstance.
Au
premier mot je suis au fait de la situation.
page
74
13
marque au crayon rouge dans la marge gauche en regard de :
Le
jeune magistrat (le substitut Niepce), comprenant tout le parti qu’il peut
tirer de pareilles révélations, somme l’avocat démocrate (Pascal d’Aix)
de s’expliquer. Il lui demande, si l’ordre de faire marcher les paysans a été
réellement donné par lui ou ses amis politiques.
Puis
il ajoute :
-
Si ce crime a été commis et que le sang soit répandu, vous ne pourrez
plus maintenant en décliner la responsabilité.
page
75
14
marque au crayon rouge dans la marge droite en regard de :
Les
véritables chefs, les principaux meneurs ne se montrent pas.
Ainsi
fait toujours l’aristocratie révolutionnaire.
page
79
15
marque au crayon gris dans le texte à la suite de :
Blessé
dans sa dignité administrative, ce magistrat (le préfet de Romand) remet sur
le tapis la question de marcher sur le Luc.
note
en bas de page au crayon gris :
J’ai
insisté dans ce sens.
en
dessous, à l’encre noire, ce qui semble la signature de Bigorie
page
84
16
marque à l’encre noire dans le texte à la suite de :
Cet
avis (la mise en état de siège du département proposée par Théus, maire de
Draguignan) est partagé par un grand nombre de personnes ; M.
Bigorie-Laschamps, procureur de la République, partage cette opinion et
s’empresse de rédiger un arrêté dans ce sens.
note
de bas de page à l’encre noire, semblant s’insérer au-dessus d’une note
préalable au crayon gris :
erreur
absolue. J’ai lutté seul pour la légalité. Pendant deux jours.
note
au crayon gris :
Erreur.
J’ai pendant deux jours refusé l’avis de M. le maire. J’ai pensé qu’il
était plus digne d’agir comme des gens assez forts pour dompter les insurgés
par les moyens ordinaires.
page
89
17
marque au crayon rouge dans la marge droite en regard de :
M.
Bigorie, procureur de la République, préside en personne à ces opérations.
il se rend ensuite au domicile de plusieurs des principaux chefs pour faire procéder
à leur arrestation, mais ils ont déjà jugé prudent de prendre la fuite.
On
avait pensé sans doute quez les arrêter plus tôt était impolitique, car il
fallait donner le temps à ces chefs si prudents de se compromettre.
page
91
18
marque au crayon rouge dans la marge droite en regard de :
M.
de Romand sort de l’hôtel (de la préfecture) et vient se placer près de la
grille, à côté des soldats.
M.
Bigorie, procureur de la République, MM. Mougins de Roquefort et Niepce, ses
substituts, sont déjà à leur poste, à la hauteur de la caserne, à côté du
commandant Mongin, prêts à faire les sommations légales et tenant à la main
leurs écharpes.
M.
Bigorie fait placer un de ses substituts derrière lui, afin d’être à
l’instant remplacé, s’il tombe des premiers.
M.
Blanc, juge de paix, est, depuis le matin, aux avant-postes.
Certes,
l’insurrection avait bien tort de se faire attendre, car l’autorité, la
magistrature, l’armée et les volontaires de Draguignan ne pouvait lui montrer
plus de politesse.
L’insurrection
eut le mauvais goût de faire défaut.
page
96
19
appel de note de bas de page à l’encre noire dans le texte à la suite de :
M.
Bigorie lui (un vieillard enchaîné) fait subir un interrogatoire sommaire. Il
répond avec embarras et maladresse.
note
de bas de page à l’encre noire :
cela
est faux. Il répond avec fanatisme ; mais avec dignité.
page
97
20
appel de note de bas de page à l’encre noire dans le texte à la suite de :
A
la vue de ce malheureux (le même prisonnier), qu’on va fusiller, ce jeune
magistrat (le substitut Niepce) s’émeut et songe aux prisonniers, dont la vie
est au pouvoir des insurgés.
Il
s’élance vers M. de Romand et s’écrie :
note
de bas de page à l’encre noire :
inexact
encore, dans les détails. C’est à moi que M. Niepce conduisit le prisonnier,
me demandant d’écouter l’avis qu’on n’appliquât pas la loi martiale.
Et sur le champ j’interviens, dans ce sens, auprès du préfet.
page
100
21
appel de note de bas de page à l’encre noire dans le texte à la suite de :
Cependant,
tandis que le bataillon du 50° prend quelque repos, le nouveau préfet, M.
Pastoureau, de concert avec le colonel Trauers, organise un plan de poursuite,
ayant pour but de prendre les masses anarchiques entre deux feux.
note
de bas de page à l’encre noire (finissant page 101) :
M.
Pastoureau m’a systématiquement laissé de côté. Sans doute parce que j’étais
l’ami de M. de Romand. Je ne m’en plains pas. Ses actes froidement cruels,
m’inspirèrent une juste aversion pour soin caractère. Nos rapports personnels
ont cessé depuis lors. Nous n’avons eu que des rapports forcés
de service.
page
102
22
appel de note de bas de page à l’encre noire dans le texte à la suite de :
Suivant
le rapport du colonel, le nouveau préfet M. Pastoureau montra non seulement le
sang-froid nécessaire au premier magistrat du département, dans les
circonstances critiques où il prenait la direction des affaires, mais encore
l’énergie infatigable, la patience et le courage d’un militaire éprouvé.
note
de bas de page à l’encre noire :
des
témoins oculaires, notamment M. le juge de paix d’Aups, m’ont affirmé le
contraire. Son émotion, d’après eux, plus tard, après le combat,
explique sinon excuse sa cruauté.
une
autre dédicace du même ouvrage au préfet Pastoureau, aimablement
communiquée
par Alain Marcel

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