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Hommage
à Lucien Maurel. Carqueiranne, 20 septembre 2008 par
René Merle
Allocution prononcée à la soirée d’hommage à M. et Mme Maurel, devant une foule d’amis et d’anciens élèves, dans la cour de l’école primaire Jules Ferry, à Carqueiranne (Var) Quelques
mots seulement après l’émouvante intervention d’Armand Conan[1]. En
1997, à quelques-uns, Varois et Bas-Alpins, nous avions décidé de créer une
association pour saluer, en 2001, le 150e anniversaire de
l’insurrection républicaine de notre région, contre le coup d’État du président
de la République, Louis Napoléon. Et
la famille Maurel, que je salue, s’inscrivit aussitôt activement parmi les
premiers adhérents. Lucien Maurel, déjà malade, ne pouvait participer
physiquement à ces activités, mais il était de cœur avec nous. Et
c’est ainsi qu’à la première journée interdépartementale de
l’association, à l’automne 1997 à Château-Arnoux, je présentais la précieuse
relique que venait de me confier Lucien Maurel, l’étui métallique contenant
le passeport de libération de Jean Joseph Maurel, dit le Gaillard, un étui qui
l’avait accompagné depuis le bagne algérien, où il avait été déporté
pour sa participation à l’insurrection de 1851, jusqu’à son village natal,
Aups. Et
ce Jean Joseph Gaillard était le grand père de Lucien Maurel, dont nous
honorons aujourd’hui la mémoire. Je dis bien le grand père. C’est
ainsi que Lucien a puisé à la source familiale la plus directe, la plus
vivante, cet engagement républicain avancé qui fut le sien toute sa vie. Qu’on
n’imagine pas que cet engagement allait de soi. Lucien savait que beaucoup
d’Aupsois, et les nantis au premier chef, après la libération de Jean
Joseph, avaient tenu à distance ce proscrit, ce bagnard, ce journalier agricole
illettré et sans fortune[2].
Mais Lucien savait aussi avec quelle ténacité son grand-père avait maintenu
et propagé son républicanisme avancé, qui en fera après la chute de l’Empire
un fervent partisan du radicalisme de Clémenceau, élu du Var[3]. Lucien
savait aussi combien son père, maçon socialiste, ardent fondateur du mouvement
coopératif à Aups[4], avait souffert de cet
ostracisme prolongé à l’égard de ses idées avancé, et des jalousies
mesquines devant son entreprise coopérative. Souffert au point de renoncer à
l’engagement collectif, sans pour autant renier ses idéaux et la conviction
que le peuple, au sens le plus noble du mot, ne portait pas en lui spontanément
la conscience, mais qu’il devait être éclairé. Tel
était le bagage que recevait le jeune Lucien Maurel quand, belle illustration
de la « méritocratie » républicaine, il devenait instituteur. Un
bagage renforcé par le credo syndical de beaucoup d’instituteurs varois
d’alors, partisans, comme le rappelait Armand Conan, de la tendance « École
Émancipée ». Toute la vie de Lucien Maurel témoigne de sa fidélité à
ces engagements, méfiants à l’égard de l’embrigadement dans un parti,
mais foncièrement ancrés dans une idéologie laïque, une idéologie de progrès
social, de pacifisme et d’aspiration à l’unité de la Gauche. Fidélité
qui, on le voit, ne l’engageait pas sur un chemin bordé de roses, mais sur un
chemin de responsabilités à prendre et de luttes à poursuivre. Une
fidélité qui ouvre toujours sur l’avenir. Et
à ce propos, je voudrais insister sur un point qui peut apparaître annexe,
voire saugrenu pour certains. Lucien Maurel, sa vie durant, a toujours témoigné
de son amour pour la langue provençale, amour qu’il a manifesté dans ses
activités à l’A.V.E.P[5]
et dans son enseignement ici même, à Carqueiranne. Loin d’être une marotte
désuète, loin d’être la marque d’un passéisme sans avenir ou le
repliement dans un ghetto de puristes, son amour du provençal le rattachait à
ce peuple de travailleurs dont il était issu. Et ainsi, c’est en provençal
que nous nous sommes parlés lors de mes rencontres avec Lucien Maurel. Voilà,
bien rapidement, ce que je voulais apporter à cet hommage plus que mérité. René
Merle [1] Armand Conan, ancien maire communiste de Carqueiranne, fut le collègue enseignant et l’ami de Mme et M.Maurel. [2] Marie Louise Charragnat, sœur de Lucien, nous rappelait les insultes prodiguées (en provençal), à son père : « énfant dé prouscrit, énfant dé bandit… ». Marie Louise est sans doute aujourd’hui la seule petite fille d’un insurgé varois. [3] Cf. l’article consacré à Jean Joseph par la famille Maurel sur le site de l’Association 1851. [4] Le professeur Jacques Girault lui a consacré une notice biographique pour le dictionnaire Maitron. [5] Association Varoise des Enseignants de Provençal |
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Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines
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