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Bulletin
de l'Association 1851-2001. N°3, mai 1999 Michel de Bourges Il
y a deux cents ans, le 30 octobre 1797, naissait à Pourrières (Var)
Louis-Chrysostome Michel. Dans ce même village, sept mois plus tôt, son père
Jean-Baptiste a été massacré par des "brigands" royalistes. Ce fils
posthume d'un martyr républicain devait devenir le fameux Michel de Bourges.
Pourrières
est en l'an V un des pôles du brigandage ; des bandits royalistes, déserteurs
souvent, volent sur les routes, attaquent les diligences, se réfugient dans les
bois ; une "Terreur blanche" va tuer, en un seul mois, à Pourrières,
dix-huit républicains bûcherons ou charbonniers. Michel
est élevé par sa mère, on le conçoit, dans un républicanisme farouche. Après
des études au collège d'Aix-en-Provence, il s'engage comme volontaire dans la
légion du Var pour échapper aux royalistes de 1815 et à une nouvelle
"Terreur blanche". Un de ses camarades ayant déserté pour aller voir
sa mère mourante, il est requis pour le défendre devant le conseil de guerre.
Il montre une telle éloquence, une telle chaleur de conviction qu'il emporte
l'acquittement. C'est
ainsi qu'il arrive à Paris pour faire son droit ; pour vivre, il est
"pion" et répétiteur et se lie aux mouvements républicains
clandestins (la Charbonnerie). Il retrouve Thiers et Mignet (connus à Aix), fréquente
Manuel et Buonarotti (La Conspiration des Égaux). Reçu
avocat en 1826, il s'inscrit au barreau de Bourges, épouse dans cette ville une
riche veuve et acquiert la réputation d'un avocat qui ne ménage ni sa
personne, ni surtout pas le gouvernement de Charles X. Il est au premier rang à
Bourges, en juillet 1830, lors de l'insurrection. En 1831, il obtient
l'acquittement de dix-neuf membres du Comité d'action républicain. En
1834-1835, c'est un des défenseurs des républicains lors du procès monstre -
deux mille prisonniers politiques - devant la haute cour de justice, et
notamment les Canuts de Lyon. "L'infamie du juge fait la gloire de l'accusé".
En 1840, il préside à Bourges puis au Mans des banquets républicains réclamant
l'extension du droit de vote. Il est élu député de Niort de 1837 à 1839. Élu
à l'Assemblée législative en 1849, député de la Montagne, il prononce
plusieurs interventions énergiques. Il pense que le peuple, "sentinelle
invisible", pourra s'opposer au coup d'État. En décembre 1851, il se
dresse contre la violation de la Constitution et doit s'enfuir en Suisse, puis
en Belgique. En
1835 George Sand vient le trouver à Bourges. Des amis communs lui ont recommandé
ce brillant avocat pour plaider sa séparation d'avec son mari le baron Dudevant.
L'arrière-petite-fille de Maurice de Saxe, cousine de Louis XVIII et de Charles
X, est déjà une républicaine gagnée au socialisme. Michel encourage cette
tendance et politise ses convictions. "Et ce petit homme hardi, voûté,
chauve, vieux avant l'âge et passablement laid, d'humble souche paysanne, fut
peut-être l'amant le plus satisfaisant qu'eut jamais George Sand". Michel
gagna le procès en séparation de sa maîtresse. À
cette époque, George Sand écrivit Engelwald le Chauve, roman non publié,
fondé sur le personnage de Michel de Bourges ; elle en reporta la publication,
puis en 1864, ses opinions s'étant modifiées, elle brûla le manuscrit. C'est
dans un autre de ses romans, Simon, (premier de ses romans républicains)
qu'il faut aller chercher un "portrait" de l'avocat. Simon paraît
en 1836, le héros est un avocat. "Sa voix (est) pure et grave... ses
grands yeux noirs". Et la poétesse évoque "cette puissance, cette
bravoure et cette rudesse d'honnêteté qui faisaient sa plus grande force... C'était
un homme à tout oser en matière politique, et à tout dire sans le moindre ménagement". Michel de Bourges meurt à Montpellier le 16 mars 1853.
Jean
Jarry |
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