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article publié dans Provence historique, tome 3, fasc. 14, 1953, pp. 126-130 Un proscrit varois de décembre
1851 dans le Comté de Nice : Le Docteur César Provençal (1814-1868) César
Provençal naquit à Cagnes (Var), le 20 juin 1814. Il était fils de Joseph
Provençal, propriétaire, et de Thérèse, sa femme. Le parrain fut César
Nicolas, négociant du lieu[1].
L’éducation du jeune César fut confiée à son oncle, Michel Provençal,
professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Montpellier, médecin fort
en vogue à l’époque[2].
Après 18 ans de séjour à Montpellier, où il avait été successivement préparateur
de leçons d’anatomie, chef de chirurgie à l’hôpital St Eloi, César fut
reçu docteur. Ayant alors besoin de repos, le jeune médecin revint à Cagnes,
son pays natal. Peu après, de fréquentes hémorragies l’obligèrent à
changer de climat. Le Comté de Nice, tout proche, s’offrait à lui. « Forcé
comme malade, note-t-il, de faire du Comté de Nice mon séjour habituel, j’ai
éprouvé, ainsi que tant d’autres, les heureux bienfaits de ce climat dont la
juste célébrité attire toutes les années un concours immense de malades de
toutes les parties de l’Europe. Ma profession de médecin me fait en quelque
sorte une obligation particulière d’exprimer ma reconnaissance d’une manière
différente de la plupart des malades qui se contentent de dire que le climat de
Nice est bon parce qu’ils auront été soulagés ou guéris de leurs maladies ;
j’ai voulu
le prouver en publiant la Topographie médicale du Comté de Nice et des
contrées qui l’avoisinent.[3] » Guéri apparemment, le Dr Provençal revint à Cagnes où il ne tarda pas à sa mêler activement à la vie politique. La nouvelle de
l’abdication du roi Louis-Philippe, suivie de la proclamation de la République,
avait été accueillie favorablement dans le département du Var. A l’instar
de la capitale, des « clubs » démocratiques se constituèrent dans
la plupart des localités. Après les élections à l’Assemblée constituante,
du 23 avril 1848. l’agitation se manifesta d’une manière plus sensible dans
quelques communes de la rive droite du Var. Le 26 septembre, un banquet de 400
couverts avait lieu à Cagnes, dans l’antique château des Grimaldi ; le
6 décembre, Vence faisait un cordial accueil au représentant Marcelin Maurel,
natif de cette ville[4].
Pendant les mois qui suivirent l’élection présidentielle du 10 décembre,
les clubs redoublèrent d’activité. Le 30 juin 1849, le préfet Haussmann les
interdit dans tout le département. A cette époque, le
parti républicain du Var était fort bien organisé. Il avait à sa tête un
groupe de jeunes gens appartenant à la bourgeoisie, instruits, énergiques et
actifs, tels que les avocats Pascal, Pastoret, Pellicot, Emile Ollivier, à
Draguignan, le docteur César Provençal à Cagnes. L’Elysée combattait tout
ce qui se rattachait à « la Montagne » ; les démocrates étaient
taxés de démagogues, d’anarchistes ; les sociétés secrètes étaient
surveillées ; la police opérait des visites domiciliaires. Prévenu
d’avoir fait partie, avec Pastoret, d’une de ces sociétés qu’ils
auraient organisée, César Provençal fut arrêté en novembre 1850 sur mandat
d’amener du juge d’instruction de Draguignan. Jeté en prison, il y fut tenu
64 jours au secret. Finalement la Cour d’Appel d’Aix, « considérant
que la prétendue société secrète ne se composait que de deux prévenus
(Pastoret et Provençal), jugea qu’il n’y avait pas lieu à exécution »,
et fit mettre les deux co-inculpés en liberté, au début de janvier 1851. La nouvelle du coup
d’Etat de Louis-Napoléon fut connue à la préfecture du Var dans la nuit du
2 au 3 décembre 1851. Les chefs du parti républicain demeurèrent d’abord
dans une indécision profonde. Mais soudain et simultanément l’insurrection
éclata dans un grand nombre de localités ; dès le 4 décembre, tout le
sud du département était en armes, le préfet bloqué au chef-lieu. Sitôt
informé des évènements survenus à Paris, Provençal s’était rendu à Nice
pour se concerter avec Mathieu, expulsé à la suite des évènements récents
de la Garde-Freinet, pour essayer de rassembler une troupe parmi les réfugiés
politiques ; il revint ensuite à St-Laurent-du-Var et à Vence, où il
recruta 60 à 80 hommes qui devaient aider les volontaires de Nice à passer le
Var à la Gaude. Mais le maire de cette dernière commune ayant alerté des
gardes nationaux, gendarmes et douaniers, la petite troupe dut se replier. Traqué,
le docteur Provençal partit pour Gattières où il arriva après minuit. Il
alla frapper à la porte d’un de ses anciens clients. Après s’être restauré
et réchauffé, il passa le Var sur les épaules de son hôte et attendit le
lever du jour, engourdi au pied d’un arbre. A son arrivée à Nice, il eut la
désagréable surprise de se voir jeter en prison. Mais il eut l’idée de se
recommander du président du Sénat, le comte de Cessole, et de l’évêque
Galvano. Il obtint d’être remis en liberté sous la surveillance de la
police, jusqu’à une décision définitive de Turin. Grâce à l’esprit libéral
de Maxime d’Azeglio, alors président du Conseil, il put ne pas être renvoyé
en France pour y être fusillé[5].
Dès lors commença sa vie de proscrit dans les Etats du roi de Sardaigne. Le 15 janvier 1852,
il est envoyé en résidence surveillée à Mondovi. Le séjour en cette ville,
dont il ne peut sortir à son gré, lui devient bientôt insupportable et il
demande au gouvernement piémontais de l’autoriser, pour raison de santé, à
aller résider à Menton ; il fait appuyer sa demande par Laurent Valerio,
député au Parlement de Turin. Il obtient, momentanément satisfaction. Mais
bientôt le gouvernement français ayant fait pression sur celui de Turin pour
que les réfugiés politiques soient éloignés de Nice et des environs immédiats,
le Dr Provençal est obligé de repartir. On lui permet seulement d’aller résider
sur la côte Ligure, à la Spezia. A Nice, l’intendant La Marmora lui fait
remettre sa feuille de route, avec une somme de 20 lires pour tout viatique.
Entre temps, Provençal a appris que le tribunal de Grasse, qui avait fait
vendre tous ses biens sur la place publique à Antibes, lui retenait sa pension
viagère de 1.200 francs, son unique ressource. Voilà donc le docteur Provençal,
tel un « véritable mendiant », rejoignant à pied, par étapes, sa
nouvelle résidence. Découragé, malade, sans argent, il trouve refuge pour un
temps à l’hôpital de Port-Maurice, en attendant « une occupation, si
modeste fût-elle. » Le maire avait demandé pour lui le poste de « médecin
des pauvres », on daigna s’occuper de la question à Turin. A ce moment, en
1854, la grande épidémie de choléra qui se manifeste en Europe atteint nos
rivages. A Port-Maurice, Mlle de Maricourt, fille du consul de France, meurt de
la terrible maladie ; sa plus jeune soeur est atteinte à son tour ;
le docteur Provençal, appelé en consultation avec le Dr Orengo, qui la déclare
perdue, a le bonheur de la sauver. Il se sauve lui-même du même coup. Dans la
circonstance, il découvre un remède pour se préserver de la diarrhée qui précède
le choléra. Grâce à lui, plus de « 500 malades de la ville échappent
à une mort certaine ». Le journal Il Pensiero fait son éloge ;
l’évêque d’Albenga lui écrit une lettre de félicitations. Devenu président
du Conseil de salubrité publique de Port-Maurice, le Dr Provençal est nommé médecin
de l’hôpital des cholériques, en prévision d’une nouvelle invasion du fléau.
Le conseil municipal lui accorde une gratification de 200 lires. Il emploie
cette somme à faire imprimer un Manuel populaire de santé à l’usage des
gens du monde pour se préserver des maladies, et une 3e édition
des Provençaux peints par eux-mêmes. Les journaux Il Diritto et
la Gazetta di Genova font l’éloge de ces publications. Sa renommée ne
cesse d’augmenter dans toute la province. Il est devenu le médecin du consul
de France, Adolphe de Cabarrus, au départ du comte de Maricourt, et de sa mère,
la soeur de Ferdinand de Lesseps. Enfin, le roi Victor-Emmanuel II, sur la
demande de la ville, lui décerne la médaille d’or. Après 8 années
d’exil à Port-Maurice, et à la suite de nombreuses démarches, le Dr Provençal
obtient de Cavour l’autorisation de venir séjourner à Nice, où il élit
domicile au n° 20 de la rue Droite. Grâce à des protections il est pourvu de
la place de médecin à St Dalmas de Tende, résidence d’été où se
trouvaient alors « 80 familles étrangères ». « Ce fut là,
note-t-il, au milieu des plaisirs et des fêtes champêtres, que j’appris
enfin l’amnistie générale qui eut lieu après la bataille de Solférino (24
juin 1859) en faveur des réfugiés qui, à mon exemple, avaient refusé de
faire par écrit une soumission trop blessante pour des gens qui, sans être
trop fiers et trop susceptibles, ne pouvaient et ne devaient le faire sans
s’avilir. » Le Dr Provençal
mourut, célibataire, le 8 janvier 1868, en son domicile de Nice à l’âge de
53 ans, comme le constate le registre des décès de la mairie de Nice. Léonce BONIFACE [1]
Les éléments de cette étude nous ont été fournis par les notes
manuscrites que le Dr César Provençal a consignées lui-même dans un
carnet actuellement conservé clans la Bibliothèque de Cessole, au Musée
Massena. [2]
Jean-Michel Provençal, né à Cagnes le 3 juin 1781, mort à Montpellier le
8 avril 1845, professeur de zoologie à la faculté des sciences de
Montpellier (25 juillet 1809), puis professeur d’anatomie à la Faculté
de médecine de la même ville. Cf. Pélissier (G), Les papiers du médecin
Michel Provençal (Besançon, 1912) ; compte-rendu par G. Doublet
dans Nice historique, 1912, p. 447.453. [3]
Nice, 1845, de la Société typographique, in-8°,
330 p. [4]
L’Echo des
Alpes-Maritimes, n° du 27 sept. et du 8 déc. 1848. [5]
César Provençal a toujours considéré Massimo d’Azeglio
comme son sauveur et son protecteur. Il avait continué de s’adresser à
lui, en maintes occasions, durant sa carrière de proscrit ; il
conservait dans son cabinet, soigneusement encadrées, les 12 lettres que
l’homme d’Etat piémontais lui avait écrites en réponses aux siennes
et dont la transcription figure dans son Carnet. |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |