Article publié dans La Montagne (édition Haute-Loire), 29 juillet 2010 (voir la page de La Montagne) Amédée Saint Ferréol : une grande figure oubliée de notre histoire par Julien Guérin Il y a deux cents ans, naissait à Brioude une grande
figure de notre histoire locale : Amédée Saint Ferréol. Que reste-t-il
de cet homme ayant traversé le XIXème siècle et qui a incarné
dans notre département une gauche républicaine intransigeante ? Sur la place Eugène Gilbert, un monument célèbre sa mémoire mais peu de gens savent qui est vraiment cet homme. Député, maire, conseiller général, théoricien, il tient une place essentielle dans notre histoire. Il entretint des relations avec quelques-uns des esprits les plus illustres de son temps, notamment Victor Hugo. Il était aussi doué d’un vrai talent littéraire. Cet homme, admiré par ses amis et redouté par ses adversaires, mérite mieux que le rejet ou l’oubli ! Né le 29 juillet 1810, dans une famille monarchiste
et fortunée de Brioude, il reçoit une éducation religieuse. Il poursuit des
études de droit à Paris entre 1829 et 1832. C’est dans la capitale que Saint
Ferréol devient un républicain convaincu. S’il n’assiste pas à la révolution
de Juillet 1830 qui renverse Charles X, il milite dans les sociétés républicaines
qui combattent le nouveau roi Louis Philippe. Rentré en Haute-Loire, il est élu
au conseil municipal de Brioude et garde des rapports étroits avec les chefs républicains
parisiens. La révolution de février 1848 qui proclame la seconde république,
le propulse sur le devant de la scène. Nommé sous-commissaire (équivalent des
actuels sous-préfets) pour l’arrondissement de Brioude, il participe à
l’inauguration d’un arbre de la liberté place du Postel, organise de grands
banquets démocratiques et fonde le club de l’Egalité qui réunit les
militants républicains dans les locaux du collège. Elu ensuite député de
Haute-Loire à l’assemblée législative en avril 1849, il siège dans les
rangs de la gauche qui, fidèle à l’héritage révolutionnaire, reprend la dénomination
de Montagne. Ayant condamné le coup d’Etat du 2 décembre 1851 où Napoléon
III se proclame empereur, le Brivadois est contraint à l’exil. Il échappe
aux arrestations, se réfugie à Bruxelles puis passe les mois d’été à Genève,
autre terre d’accueil des proscrits. Il en profite pour rendre visite à Eugène
Sue, autre pourfendeur de Napoléon III, retiré
en Savoie. Singulières rencontres que celles du Brivadois et de l’auteur des Mystères
du Paris alors au sommet de sa gloire ! De ces dix-huit ans d’exil,
Saint Ferréol tire deux livres : Mémoires
d’exil à Genève et Les proscrits
français en Belgique. Il y dépeint ce milieu des républicains arrachés
à leur pays et laisse percer une réelle nostalgie pour la Haute-Loire. Victor
Hugo lui écrit une lettre pour le féliciter lors de la parution de l’ouvrage
! Ces livres demeurent une référence sur la question. En
septembre 1870, après la défaite française de Sedan devant la Prusse, Napoléon
III abdique. La IIIème
République est proclamée : les exilés rentrent en France. Saint Ferréol
regagne Brioude pour y organiser le gouvernement de défense républicaine dirigé
par Gambetta qui poursuit la guerre. Aux élections de février 1871, la droite,
favorable à la capitulation devant la Prusse, triomphe en Haute-Loire comme au
niveau national. Notre personnage
se retrouve à nouveau minoritaire mais est élu conseiller général.
Sympathisant de la Commune de Paris, au cours de laquelle s’illustre Jules
Vallès au printemps 1871, il demeure un opposant inflexible à la République
conservatrice qui s’installe après la répression des communards. L’ancien
exilé qu’il fut, réclame, après 1871, l’amnistie des Communards proscrits
et dénonce cette République dirigée par des monarchistes. Sa verve polémique
fait rage dans son journal l’Abeille
Brivadoise. Lors des municipales de 1878, Saint Ferréol dirige une liste républicaine
et devient maire de Brioude. En 1885, il se fait réélire député en écartant
son ami devenu rival Jules Maigne. A soixante-quinze ans, il est de retour à la
chambre des députés ! Il condamne les expéditions coloniales en Afrique
et défend la mise en place d’un impôt sur le revenu progressif. A la fin de
son mandat, il ne se représente pas et se retire dans son hôtel particulier
pour y faire le bilan d’une vie de lutte. Il écrit alors de nombreux ouvrages sur l’histoire
de Brioude, sur la laïcité ou les questions scolaires et achève ses Mémoires
en six volumes. Le polémiste n’est jamais loin mais son style alerte est
celui d’un vrai écrivain. L’ancien député en profite pour défendre l’héritage
de la Révolution française, il prend position pour la Séparation de l’Eglise
et de l’Etat, pour des retraites ouvrières, pour la journée de travail de
8h, pour la nationalisation des chemins de fer et défend l’innocence de
Dreyfus dans l’un de ses derniers écrits. De la révolution de 1830 à la défense
de Dreyfus en passant par la résistance au coup d’Etat de 1851 et
l’enracinement de la République, notre
homme a épousé tous les combats du siècle ! Il s’éteint en mars 1904
à presque quatre-vingt-quatorze ans, un âge peu banal à l’époque ! A
l’occasion du bicentenaire de sa naissance, il est temps de redécouvrir cette
figure oubliée. Quelques
réflexions et évènements vécus et décrits par Amédée Saint Ferréol : Sur la Révolution
de 1848 et la proclamation de la seconde République à Brioude : « un
moment le drapeau rouge avait flotté sur le clocher, c’était un de nos
jeunes républicains Gresse, qui l’avait arboré. Le même Gresse avait jeté
le buste du roi de l’Hôtel de ville sous les acclamations de la foule ». Sur le
coup d’Etat du 2 décembre 1851 de Napoléon III au cours duquel le député
Saint-Ferréol se trouve à Paris :
« A mon hôtel où je rentrais la nuit pour coucher, je n’avais pas été
inquiété un seul instant. Mais alors que l’insurrection était à moitié étouffée,
j’entendis frapper à ma porte, qu’on disait d’ouvrir au nom de la loi.
Comprenant que c’était la police qui venait m’arrêter, je sautai de mon
lit et m’habillai rapidement. Je sortis de ma chambre à coucher par une porte
donnant sur un couloir qui n’était pas gardé. » Sur
l’exil entre 1852 et 1870: « Pendant
les longues années que j'ai passées sur la terre étrangère, j'ai dû, comme
tant d'autres proscrits, pour échapper à la nostalgie, au désœuvrement, aux
ennuis si divers, si nombreux de l'exil, me créer des occupations qui, en
dehors, des heures consacrées aux relations ordinaires de la société,
remplissaient le temps que je n'avais pas à donner à la politique ». Sur la
peine de mort : « c’est à l’Etat
de donner l’exemple de ce respect de la vie humaine, en supprimant la peine de
mort et les tortures du bagne ». L’arrivée
de l’eau courante à Brioude : « En
1845, furent exécutés, sur le plateau de la Croix Des Frères, des sondages…
des conduites qui amenèrent au Postel l’eau attendue depuis si longtemps » Sur les
rapports sociaux : « Les
ouvriers, exploités par le capital, ont fini par comprendre que ceux qui
travaillent en commun dans les mines, usines, fabriques doivent avoir la propriété
de leur outil de travail comme le paysan a la propriété de la terre qu’il
cultive » Sur
l’avenir : « Le XXème
siècle, verra probablement la conquête des airs par des ballons dirigeables
(…) ; les heureux mortels de l’avenir auront une nourriture purement
chimique, la culture des jardins et des vignes cessera d’être une cause de pénibles
travaux. L’homme deviendra centenaire et ce sera dans les pharmacies ayant
remplacé les buvettes qu’il ira chercher
l’élixir de longue vie ». Julien GUERIN professeur
d’histoire, a déjà publié, en 2007, un ouvrage sur Solon Reynaud, maire du
Puy et député pendant la Révolution aux Éditions du Roure. Il prépare
actuellement un livre sur Saint Ferréol A noter : Il est très difficile de trouver les ouvrages d’Amédée Saint Ferréol qu’il serait temps de rééditer (notamment les six volumes de Mémoires). Cependant, en 2004, les Editions Lorisse ont réédité une Histoire de Brioude tirée d’un ouvrage du XIXème siècle. [Gallica nous offre tout de même : Saint-Ferréol Amédée, Les proscrits français en Belgique, ou, La Belgique contemporaine vue à travers l'exil, Paris, Godet, 1875, 347 p. et 261 p.] |
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Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines |