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Conférence du 8 octobre 2009 à Saint-Gaudens,
dans le cadre des « Jeudis des archives » La
Seconde République en Comminges[1] :
les évènements et les hommes. par
Renée Courtiade Pour
revoir avec vous les grands moments de ces quatre années de la Seconde République
je vais prendre comme guide un Commingeois, Jean-Baptiste Pégot-Ogier.
Il est né à Saint-Gaudens en 1795 dans une famille qui avait joué un rôle
important au cours des siècles. Les Pégot ont été marchands, hommes de loi,
architectes ; au 18ème siècle l’un d’entre eux décide de
rajouter à son nom un prénom fréquent dans la famille, Ogier. D’où Pégot-Ogier.
Le père de Jean-Baptiste, Jean-Pierre n’est ni aussi riche ni aussi bien placé
dans la société ; et il a 11 enfants dont 3 garçons qui joueront un rôle
dans la période de la Seconde République. Jean-Baptiste habite Toulouse et est un proche de l’avocat
Jacques Joly, acteur principal des premières semaines de la République. Nous aborderons l’histoire du milieu du siècle en nous aidant de
la liste des grandes dates qui vient de vous être distribuée. 1)
La Révolution de 1848 Quelques mots sur la Révolution de 1848 : la Monarchie de
Juillet a comme roi Louis-Philippe et comme ministre Guizot qui refuse toute réforme
électorale : la France ne compte que 240 000 électeurs
pour 35 millions d’habitants (le cens est fixé à 200 francs d’impôt
soit plus du quart du salaire annuel d’un
ouvrier). La crise économique bouleverse le pays en 1846 et touche les
industries et donc les ouvriers et les villes ; mais aussi les campagnes
(mauvaises récoltes, pénurie, faim de terre) ; en 1847 l’état atteint
un déficit record : faillites, très grande misère. Les tensions sociales
sont exacerbées. Pendant
la Restauration, les républicains (même si le mot est interdit) ne sont pas
restés inactifs ; souvent fils de ceux qui ont fait la Révolution, ils se
retrouvent dans les cafés, ils débattent au sein des Loges maçonniques qui se
sont multipliées ; ils préparent la république qu’ils ne veulent pas
voir confisquée comme en 1830. Pour cela ils se réfèrent à la Révolution
racontée par leurs parents, celle de 1789-1792, celle qui a voulu donner le
pouvoir au peuple ; mais ils
n’oublient pas les semaines sanglantes de 1793. Ils en sont hantés et veulent
en éviter la redite. En même temps la légende napoléonienne les accompagne mêlée
au souvenir des atrocités des guerres que les plus âgés ont faites. Héritage
ambivalent qui ne diminue en rien leur détermination : ils veulent la République,
celle de 1792. Et ils la préparent. En 1847, c’est la grande vague des banquets partout en France
pour réclamer une réforme électorale. A Toulouse comme ailleurs. A Paris un banquet est
prévu mais Guizot l’interdit ; le peuple parisien veut l’imposer et
manifeste le 22 février 1848 ; Louis-Philippe renvoie Guizot ;
c’est l’allégresse mais, se croyant menacée,
la garde nationale tire : 16 morts dont un enfant ; immédiatement
15 000 barricades sont dressées ; le roi abdique le 23 février. Cette-fois-ci les républicains réagissent vite et organisent un
gouvernement provisoire présidé par Dupont de l’Eure mais en fait par
Lamartine chargé des affaires étrangères, avec Ledru-Rollin à l’intérieur ;
ils proclament la République ;
Les
25 et 26 le mouvement gagne toutes les villes et au-delà les moindres
bourgades. La nouvelle a été envoyée en province par le télégraphe Chappe
; mais, à Toulouse, le préfet attend qu’elle arrive par la malle poste, le
25 février, pour afficher la proclamation. C’est aussitôt l’effervescence
; le chef du parti républicain, l’ancien député de l’Ariège l’avocat
Jacques Joly, est en train de plaider dans un procès retentissant ; on va le
chercher et une foule enthousiaste quitte le palais de justice pour se rendre au
Capitole : du balcon, Joly proclame la République. Jean-Baptiste Pégot-Ogier
est un des signataires de la proclamation : La révolution qui vient de
s’accomplir nous a placés à la tête de la population toulousaine qui nous a
confié les fonctionnements municipaux et départementaux.[2] Joly, un ami de Ledru-Rollin, est nommé par celui-ci Commissaire de la République de la Haute-Garonne et du Gers. Immédiatement il créée de nouvelles institutions : le 1er mars une Commission départementale de la Haute-Garonne dont Jean-Baptiste Pégot-Ogier fait partie ; puis le 12 mars un conseil de discipline provisoire de la Garde nationale de Toulouse : Pégot-Ogier chef de bataillon, Président. Enfin il décide de nommer Pégot-Ogier Commissaire de la République dans le Gers. Pour peu de temps puisque, comme Joly, Pégot-Ogier est élu Représentant du peuple pour la Haute-Garonne le 23 avril 1848. Sa
profession de foi[3]
est imprimée et envoyée depuis Auch à un de ses amis de Saint-Gaudens :
Pendant ce temps, le Gouvernement provisoire signe des décrets
importants : liberté de la presse, liberté de réunion (les clubs et les
journaux se multiplient) ; le gouvernement garantit l’existence de
l’ouvrier par le travail, création des ateliers nationaux, abolition de la
peine de mort en matière politique, libération des prisonniers politiques,
abolition de l’esclavage (27 avril), gratuité de l’école jusqu’à 14
ans, suffrage universel masculin (le corps électoral passe de 246 000 à 9,4
millions )… Mais devant
l’imminence de la banqueroute, il signe un décret le 16 mars très vite
impopulaire : les 45 centimes ; chaque franc d’impôt à payer au titre
des contributions directes sera grevé de 45c supplémentaires. Ce décret va créer
des désordres pendant des mois dans les campagnes et enlever de la pertinence
à la république. 2)
L’installation de la Seconde République en Comminges
Les
républicains du Comminges s’étaient déjà fait connaître en particulier
lors de la Révolution de 1830 ; ils avaient d’ailleurs reçu des médailles
(par exemple Adolphe PELLEPORT) pour cela et étaient surveillés. Jean-Marie Pégot-Ogier
avait été élu conseiller municipal en 1843. Sous Louis-Philippe il a été révoqué
de ses fonctions de pharmacien de l’hospice à cause de ses idées politiques. Un certificat de la
commission municipale de Saint-Gaudens, daté du 3 août 1848 atteste que Pégot-Ogier
Jean-Marie a toujours été républicain ; qu’il a fait partie des sociétés
secrètes sous la Monarchie de Juillet, que dès février il a arboré le
drapeau tricolore auquel, guidé par les traditions de sa famille, il avait, dès
son enfance, voué un culte intime et ardent.[4] Ce sont ces républicains que l’on nomme à l’époque « républicains
de la veille » pour les démarquer de ceux qui se découvrent républicains
ou qui le deviennent en 1848. A Saint-Gaudens, le maire par intérim est Maxime Pelleport depuis
décembre. La malle-poste apporte la nouvelle de la révolution de février ;
c’est l’effervescence : Jean-Marie Pégot-Ogier s’empare au nom du
peuple de l’hôtel de la sous-préfecture. Il est président de la commission
d’arrondissement et est officier de la Garde nationale et se dit colonel Pégot-Ogier.
Tous les titres fluctuent pendant cette période. Puis arrive la nomination du sous-commissaire de la République par
Joly : il a choisi Bernard DEBERNAT médecin à Cardeilhac, rédacteur du
journal « l’Émancipation », remplacé dès avril par
BERGOUNIOUX. Dès sa nomination Debernat donne son sentiment sur la Révolution :
Dans cet immense arrondissement, la population s’agite comme pour chercher
un bonheur dont elle n’a qu’une idée vague. Ce qu’on appelle la
bourgeoisie et que la révolution vient de confondre avec le peuple est animée
des meilleurs sentiments pour les principes démocratiques, qu’elle accepte
sans réserve, à l’exception pourtant de quelques ambitieux, qui courent après
les révolutionnaires pour les tourner à leur profit.[5]
Utopie teintée de clairvoyance chez Debernat ! La constitution d’une commission municipale semble difficile à
Saint-Gaudens ; les maires provisoires se succèdent : en mars c’est
Dabeaux ; Bergounioux le 7 mai écrit : le général
Pégot a donné depuis plusieurs jours sa démission de Président de la
Commission municipale de St Gaudens. J’éprouve beaucoup de difficultés à le
remplacer » Tatareau aîné propriétaire « d’un républicanisme
jusqu’ici peu connu » se propose mais il impose « 3 hommes qui ont
le tort grave d’avoir été jusqu’ici des républicains douteux ».
« Je suis fort embarrassé[6]. »
Des lettres se suivent ainsi : il semble qu’il y ait conflit entre
Tatareau, Pelleport et Pégot-Ogier. Le général Pégot semble jouer les médiateurs
et jouir d’un consensus mais il est âgé. Une parenthèse pour cette famille,
peut-être apparentée aux Pégot-Ogier : Bertrand Pégot, négociant et
plusieurs fois consul, élu en 1789 député du Comminges aux États généraux
a 8 enfants ; 3 d’entre eux serviront dans les armées de la Révolution
et de l’Empire : Guillaume Alexandre Thomas général ; c’est lui
que nous retrouvons pendant la Seconde république ; il meurt en 1858. Le général
Jean Gaudens Claude mort jeune en 1819 et Jean Jacques Célestin Gaudens
capitaine qui meurt en 1837. Les conflits de personnes émaillent toute la Seconde république dans le chef lieu
d’arrondissement. Et cela en pleine crise : c’est que la République ne
s’est pas installée en douceur dans le Comminges. Une nouvelle fois les
Baroussais ont fait parler d’eux. 3)
Les troubles dans la Barousse Les racines de cette crise sont lointaines ; Jusqu’au 17ème
siècle les droits d’usage de la forêt étaient reconnus aux Valléens ;
puis brutalement le baron de Mauléon et le roi les contestent ; les
Baroussais se ruinent en procès qu’ils perdent ; au 18ème siècle
l’intransigeance du nouveau seigneur, de Luscan , et la pression démographique
exacerbent le conflit ; les escarmouches sont fréquentes avec les
forestiers et les amendes ou peines de prison tombent ! Dès
l’annonce de la Révolution, les Valléens croient pouvoir faire reconnaître
leurs droits. L’avocat Vaysse, maire de Saléchan témoigne : au
premier bruit de la révolution de février, Sost s’ébranle la première, et
le drapeau noir en tête. Ce sont eux qui vont saccager le Bureau de
l’Enregistrement. Ils attaquent l’administration forestière et ses
agents, et, s’ils en profitent pour piller et rançonner, ils exigent avant
tout qu’on leur remette les registres forestiers. Chez le percepteur ce sont
les rôles des impôts qu’ils obtiennent. Et ils brûlent le tout. Il s’agit
bien pour eux de tenter d’effacer les procès verbaux dressés par les agents
forestiers ainsi que les rôles des impôts ; de contrôler la propriété
de la forêt et son usage… Dans leur folle entreprise ils n’oublient pas
l’intraitable propriétaire terrien, et usurier,
et mettent à sac le château de Luscan. Du 29 février au 3 mars, des bandes de villageois attaquent,
pillent, rançonnent les villages de la vallée et du nord du Luchonais,
puis menacent
Saint-Bertrand-de-Comminges Les autorités de St-Gaudens demandent des renforts à Joly ;
puis décident d’intervenir. Le récit en est donné dans « Barousse au
cœur » de René Marrot. Devant St-Bertrand les gardes nationales sont
commandées par Jean-Marie Pégot-Ogier ; l’étau est desséré mais les
troubles continueront tout l’été. Le Préfet nommé en juillet a conscience de la dimension sociale
de ces troubles et l’écrit au ministre. Lettre du préfet : Troubles
de la Barousse Lettre
du Préfet TH Laroche, le 7 juillet 1848, au Ministre des Finances. J’étais à peine installé dans le département dont
l’administration m’a été confiée que des rapports du sous préfet ont
appelé mon attention sur l’arrondissement de Saint-Gaudens où des troubles
graves se sont déjà manifestés et n’ont pas été complètement réprimés. Des renseignements que j’ai recueillis, il résulte que la
population des montagnes de cet arrondissement, dont les plus faibles délits
ont été punis avec trop de sévérité par l’administration des forêts, est
animée des sentiments les plus hostiles contre les employés de cette
administration et, aussi ignorante que coupable, croit se venger de ceux
qu’elle appelle des persécuteurs en dévastant les forêts domaniales et
communales. Ce qui a aggravé cet état de chose c’est que des hommes sans
aveu descendus de la Barousse sont venus exploiter
le mécontentement des paysans de l’arrondissement de Saint-Gaudens et
les exciter au pillage et à la dévastation. La Cour d’assise de Pau a fait
justice de quelques uns de ces misérables mais tous les coupables n’ont pas
été atteints, delà vient principalement
la fermentation qui existe encore dans le pays et fait craindre de
nouveaux désordres. Vous penserez comme moi, citoyen ministre, qu’il y a urgence à
mettre un terme à cet état de choses ; voici les mesures que j’ai
l’honneur de vous proposer pour arriver à ce résultat. Je suis bien convaincu que les plaintes des habitants des montagnes
contre les agents de l’administration forestière ne pourraient être justifiées
en tous points. Pourtant il me paraît vrai de dire que cette population pauvre
a été traitée très sévèrement par les agents forestiers surtout dans les
derniers mois du régime déchu. Aussi j’ai de fortes raisons pour croire que
le changement de résidence d’un certain nombre de gardes serait d’un très
bon effet et contribuerait puissamment au rétablissement de l’ordre, surtout
si à côté de cette mesure, l’autorité agissait avec énergie pour arrêter
et mettre sous la main de la justice les principaux coupables. Il est une seconde mesure plus efficace assurément que la première
et qui vous a été proposée par mon prédécesseur ; c’est celle de
mettre à néant tous les procès verbaux dressés jusqu’au 28 février et sur
lesquels il n’avait pas été statué à cette époque. Il est regrettable que
vous n’ayez pas jugé convenable de prendre cette mesure lorsqu’elle vous a
été proposée par le citoyen Joly. Elle aurait épargné beaucoup de dévastations
et de dégâts.[7] D’autres troubles locaux marquent ces premiers mois de la République :
en août des ouvriers du canal de St Martory dont les travaux sont suspendus
demandent du secours très rapide et des aides. Pourtant, dans la plupart des villages, la République s’est
installée dans le calme, même si les républicains sont divisés en modérés
et rouges. A Auzas par exemple le maire, le notaire LACOMBE, maintien
l’ordre malgré la forte influence d’un natif du village, Prosper BAROUSSE
que Joly a nommé sous-commissaire de la république à Muret puis Commissaire
de la République du Gers. L’avocat
Prosper Barousse, originaire d’Auzas a appliqué avec zèle les consignes de
Ledru-Rollin. Plus tard, en bon démoc-soc comme l’on disait, il parcourra le
Comminges pour faire connaître son journal gratuit, Le travail. Sentant
venir le danger il part à La Nouvelle-Orléans dès l’hiver 1851. A St André, c’est CLOUZET, propriétaire aisé et maire que les
policiers présentent ainsi : Homme actif socialiste dangereux ne
manquant pas d’influence.[8] A St Martory, le maire, Pégot, un médecin que Joly conseiller général, privilégie l’ordre ce qui lui permet de traverser les régimes politiques sans encombre.
4) La Constitution et les élections présidentielles Pendant ce temps l’assemblée constituante travaille ; Pégot-Ogier
siège avec les modérés. Comme la majorité des Républicains, il est effrayé par les journées
de Juin et vote les pleins pouvoirs à Cavaignac qui écrase
l’insurrection populaire de Paris. Les
barricades sont prises l’une après l’autre, 3000 Parisiens massacrés et 11
000 arrêtés. Lamartine qui voulait éviter que l’on tire sur le peuple, a échoué.
Le 28 juin l’assemblée nomme Cavaignac président du Conseil des ministres.
Il est contraint de suivre la politique du « parti de l’ordre »
qui organise la répression et supprime peu à peu les libertés accordées en
mars malgré l’opposition virulente de Lamartine, Victor Hugo qui a été élu
député le 4 juin, mais aussi, par leurs votes, des députés républicains
dont Pégot-Ogier. A l’Assemblée constituante,
la radicalisation droite/gauche est patente. Et Louis-Napoléon Bonaparte
sait en profiter ; il est élu député en septembre.
L’Assemblée
constituante continue de travailler. Un groupe prépare la constitution
dont les points litigieux donnent lieu à des débats. C’est le pouvoir exécutif qui a le plus passionné : le Président
doit-il être élu au suffrage universel ? Cette question soulève des
inquiétudes durant toute l’année 1848 comme en témoignent des articles du
journal « l’Émancipation » de Toulouse dès
le mois de mars. « L’Émancipation »,
journal de Toulouse écrit en octobre 1848 pour faire campagne contre l’élection
du président de la République au suffrage universel envisagée par les
Constituants : Pourquoi déposer enfin aux pieds
d’un président cette couronne qu’on vient d’arracher à un roi ? Une
telle élection est un sacre bien autrement divin que l’huile de Reims et le
sang de Saint-Louis. En choisissant un président nous allons entrer plus avant
dans la politique personnelle. Et puis, nous l’avons déjà dit, le suffrage
universel de la France entière nous alarme et nous épouvante, parce qu’il
profite à une seule personnalité. Jules Grévy pense de même et propose un amendement qui ne
recueille que 158 voix dont celle de Pégot-Ogier. Pégot-Ogier rejoint aussi Victor Hugo sur un autre point : le
poète a proposé d’inscrire dans la Constitution l’abolition totale de la
peine de mort : ils sont 30 à voter pour ! La campagne présidentielle est représentée par
3 courants d’opinion: -
soutien à Cavaignac et contre Louis-Napoléon Bonaparte -
les républicains avancés ou montagnards soutiennent Ledru-Rollin -
conservateurs et mécontents sont
pour Louis-Napoléon Bonaparte A Saint-Gaudens, un Comité électoral se forme avec pour président
le Général Pégot. Il se prononce à l’unanimité en faveur du général
Cavaignac. Je n’ai pas trouvé de documents donnant la liste des membres de ce
comité ni de documents indiquant le choix des « rouges ». De quel côté
ont penché les Pégot-Ogier, je ne le sais pas pour le moment. L’élection de Louis-Napoléon Bonaparte est triomphale :
plus de 5 millions de voix contre 1 million 400 000 à Cavaignac. A Saint-Gaudens il a recueilli 2774 voix contre 525 à Cavaignac et
135 à Ledru-Rollin. Pégot-Ogier participe sans éclat à la tentative de résistance
de l’Assemblée Constituante face à la volonté de puissance du Prince-Président.
Mais le Président impose la dissolution de l’assemblée constituante et fixe
au 13 mai 1849 les élections législatives. Pégot-Ogier
se présente sur une liste « rouge » dans le Gers mais n’est pas
élu. 5) La propagande républicaine et sa répression dès 1849
Un rapport de police de Toulouse tente de décortiquer le réseau
mis en place par les rouges : voici
de la manière que les démocrates socialistes Rouges ont établi leurs télégraphes.
De distance en distance, de 2 lieux en 2 lieux, ils ont des hommes placés sur
la foi desquels ils comptent et de leur même opinion, lesquels ce passent des
uns aux autres, leur correspondance, tous les départements sont ainsi organisés,
et de cette manière, tous correspondent avec paris ; cette mode de
courrier piéton, marchant jour et nuit au besoin va aussi vite que la male
poste. Comme partout en France la Garde nationale est désarmée et les
armes entreposées dans les mairies des chefs lieux. La surveillance se renforce ; dans les zones rurales elle est forcément moindre et les « montagnards » organisent des réunions secrètes dans les bois ; autres trouvailles : les bouts-du-mois (cérémonie religieuse organisée traditionnellement un mois après le décès de quelqu’un : les républicains se réunissent ainsi à l’occasion du décès d’un des leurs) ; ou les charivaris (musique, bruits en l’honneur, ou contre, un élu). En zone rurale les policiers ne peuvent que soupçonner des réunions secrètes organisées par DEBERNAT, ancien sous-commissaire, dans le canton de Boulogne ; POINTIS, membre du Conseil général, dans celui de Montrejeau ; MANENT dans celui de St Bertrand, Pégot-Ogier dans tout l’arrondissement ; MILHAN, instituteur révoqué, dans le canton de Salies ; MANNENT et P-O dans la commune de Pointis-Rivière. En avril 1849, le sous-préfet de Muret signale (ADHG, 4M65) que « la brigade de gendarmerie de Saint-Élix a saisi le 19 du courant dans la commune de Mondavezan plusieurs feuilles imprimées avec des caricatures injurieuses dirigées contre M le Président de la République. J’ai eu sous les yeux ces imprimés, ils paraissent remonter à l’époque de l’Élection du Président de la République et ne pas être récents. Le procès verbal de gendarmerie n° 120 du 22 avril précise que c’est M Auguère maire qui a fait distribuer par son fils Léon une grande quantité de caricatures. Il en reste beaucoup. 24 exemplaires ont été saisis. II Le coup
d’Etat de Bonaparte et la résistance républicaine
1)
le coup d’Etat Des affiches à l’aube du 2 décembre à Paris annoncent la
dissolution de l’assemblée ; en même temps sont arrêtés les députés
les plus influents, et des militants démocrates y compris les officiers de
l’armée élus députés ; 200 élus restés libres s’organisent et
votent la déchéance du président en vertu de l’article 68; la plupart des républicains
décident de sillonner Paris en portant leur écharpe pour appeler le peuple à
la résistance : Victor Hugo, Schœlcher ; le soir, des barricades
sont dressées ; la troupe se croit en danger et tire dans la foule :
« Histoire d’un crime » par Victor Hugo qui a assisté au
drame et qui en tirera un poème des « Châtiments » :
« Souvenir de la nuit du 4 » (lecture du poème) A Toulouse, le 4 décembre les journaux L’émancipation et
La civilisation publient une protestation signée de plus de 60 noms dont
Pégot-Ogier, constituant et Debernat. Mouvement de foule qui grossit sans cesse
et manifeste place du Capitole vers midi. De nombreuses arrestations. Le Préfet Pietri fait arrêter les signataires sous
l’inculpation de complot contre la sûreté de l’Etat. Les journaux sont
suspendus ou saisis. C’est la fin de L’émancipation, La civilisation, La
Gazette du Languedoc. Interdiction de toutes les réunions. 200 arrestations
dont Pégot-Ogier. Pierre lire cet appel. Appel
du Journal « Civilisation » de Toulouse le 4 décembre 1851 Habitants
de la Haute-Garonne CITOYENS, La
Constitution de la République solennellement proclamée par les mandataires du
peuple dispose : .
Art. 68. Toute mesure par laquelle le président de la République dissout
l'Assemblée nationale, la proroge ou met obstacle à l'exercice de son mandat,
est un crime de haute trahison. Par ce seul fait le président est déchu de ses
fonctions ; les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance ; le pouvoir exécutif
passe de plein droit à l'Assemblée nationale. .
Art. 110. L'Assemblée nationale confie le dépôt de la présente Constitution
et des droits qu'elle consacre à la garde et au patriotisme de tous les Français. Il
n'y a plus de Constitution ! M.
Bonaparte qui avait juré devant Dieu et devant les hommes de lui rester fidèle,
l’a déchirée de ses propres mains. Il
n'y a plus d'Assemblée nationale ! M.
Bonaparte qui devait la respecter et la défendre comme l'expression de la
souveraineté populaire, l'a dissoute et dispersée par la force. Il
n'y a plus de République ! M.
Bonaparte, sous prétexte de salut public, concentre provisoirement en lui seul
tous les pouvoirs, Il
n'y a plus de président ! M.
Bonaparte, traître et parjure, n'est plus qu'un criminel d'État justiciable de
la Haute-Cour nationale ; les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance et
quiconque, oserait lui prêter assistance deviendrait son complice. Et
ces horribles attentats, s'il faut en croire un placard officiel, signé d'un
nom d'un préfet de la République, M. Bonaparte les aurait accomplis avec le
concours de l'armée et aux applaudissements de la population de Paris ? Mensonge
! Calomnie ! Les
soldats de la République ne prostituent pas au service d'un César les armes
que la patrie leur a confiées pour la protection de ses frontières et pour
l'honneur de son drapeau. Quand
le pacte social est brisé, quand l'autorité légale a disparu pour faire place
à un pouvoir de fait c'est au peuple seul qu'appartient le plein et entier
exercice de la souveraineté, à lui de faire respecter son droit
imprescriptible et inaliénable que ses mandataires ont déserté ou trahi. Que
partout les gardes nationales s'arment pour la punition des coupables et la défense
de la Constitution, que dans chaque commune les comités révolutionnaires
soient institués par acclamation, avec mandat d'organiser partout la résistance
et au besoin la lutte contre l'usurpation, de suspendre provisoirement les
fonctionnaires d'un pouvoir rebelle et de pourvoir à la sûreté publique. Citoyens,
il n'y a par d'obstacle pour celui qui veut : que chacun fasse son devoir. Vive
la République démocratique une indivisible ! Vive
la Constitution ! CRUBAILHES,
rédacteur de la Civilisation ; Marie ACHARD, rédacteur de la Civilisation ;
Isidore JANOT, rédacteur de l'Émancipation ; Armand DUPORTAL, rédacteur de l'Émancipation
; CAZENEUVE, rédacteur de l'Émancipation ; LUCER, avocat, rédacteur de l'Émancipation
; N. TACHOIRES, rédacteur de l'Émancipation ; St GRESSE, avocat ;
DEBERNAT, rédacteur de l'Émancipation ; BAUGUEL, ancien Préfet de la République
; MULET, ex-constituant ; CAROLIS, mécanicien ; : F. MONDOUIS ; VIVENT,
minotier ; F. MONNIE, ancien juge au tribunal de commerce ; ISTENAVE ex-sous
commissaire. Jean
BAUX, ouvrier ajusteur ; TROY, menuisier ; J.-M. MERIC fils, négociant ; Frédéric
DOSSET ; COUDOM, horloger ; BALLAND fils aîné ; Aristide BAUDEAN ; BOE,
typographe ; FOX, fondeur en caractère ; Jean GRILLOU, boucher ; BÉGUÉ ;
PRATVIEL-LANGE. PEBERNAT,
ex-sous commissaire ; GERLA ; HINCELIN ; WEILLÈ ; MASCARAS ; ROUCH ; TAUPIAC
(Antoine) ; J. LAVIGNE ; J. DURAND ; TAUPIAC ; LAYEBLE ; L. AMIEL ; PECH,
ouvrier en fer ; J. ALIAUX ; Ed. ABADIE ; PELISSIER aîné ; B. RIVER ; J.
BALANSAIN ; MONTET ; RÉGEAU correcteur typographe ; RIVIERE, bottier ; BEY,
commissaire-priseur ; BAI.DAYROUS, corroyeur; ROQUELAINE, ancien maire, membre
du conseil général ; PÉGOT-OGIER, ancien constituant. BÉNI-BARDE,
membre du cons.-gén. ; FABRE, avocat; Armand LEYGUE, ex-sous-commissaire du
gouvernement-provisoire ; RICHE, membre du conseil d'arrondissement de Narbonne
; BESAUCELLE ; Émile GRIMAILH, ancien officier ; Léopold CASSAGNE, typographe.[10] Le texte en est connu dans la soirée à St-Gaudens. Il est arrivé
par la malle poste envoyé par la femme de Jean-Baptiste, Dominiquette BOUGUES
à son frère Julien BOUGUES. Là les avis divergent : les policiers
accusent Jean-Marie Pégot-Ogier de l’avoir lu publiquement et de l’avoir
distribué ; mais l’enquête policière ne pourra établir la vérité :
les témoins interrogés dont le général Pégot, affirment que personne ne
l’a lu ; impossible de savoir. Par contre les policiers rendent compte de
réunions chez Bougues puis dans le café Saturnin
dès le 3 au soir, de 15 à 20 républicains ; elles sont présidées par Pégot-Ogier. Des
émissaires partent dans tout l’arrondissement pour préparer l’insurrection :
CHAYRON ; Louis et Bertrand GAZAVE … Lors de la réunion du 4 toujours présidée par P-O, des maires
sont présents ; on y
envisage l’attaque de la sous-préfecture mais la majorité trouve
prudent d’attendre les résultats de l’insurrection à Toulouse. L’insurrection n’a pas eu lieu ; peu de départements,
dont le Gers, résistent. La police perquisitionne, arrête tous les républicains
qu’elle trouve ; certains ont eu le temps de se cacher, comme Jean-Marie.
Les préfets dressent la liste circonstanciée des suspects : j’ai affiché
celle du sous-préfet de Saint-Gaudens. Elle va servir à la répression mise en
place par le Ministère. 2)
Les commissions mixtes
Elles statuent très vite et choisissent une peine parmi celles prévues : - pour les républicains repris de justice
c’est Cayenne -
pour les républicains les plus avancés c’est Algérie plus
c’est à dire une prison en Algérie -
pour les modérés c’est Algérie moins c’est à dire l’Algérie
où ils seront libres -
pour ceux qui ont joué un rôle moindre c’est le bannissement à
l’étranger ou dans un autre département. Le sous-préfet préconise que l’on ne transporte pas en Algérie
puisqu’il n’y a pas eu insurrection ; de fait aucun Commingeois ne
subit cette peine. Jean-Marie Pégot-Ogier a été interné à Pau ; son frère a
été expulsé en Espagne, où, si l’on en croit le commissaire de police de
Luchon, il pousse les Espagnols à refuser l’impôt
et fait courir le bruit que la France prépare la guerre. Les autres sont surveillés. Certains demandent leur grâce et
l’obtiennent assez vite. 3) 1858 Si le pouvoir a renoncé à les transporter en Algérie en 1852, ce
n’est que partie remise pour quelques-uns d’entre eux. En effet l’attentat
d’Orsini, le 14 janvier 1858, va
relancer la répression. Le ministre de l’intérieur est persuadé qu’Orsini
n’était que le bras d’un vaste complot et il cherche des complices dans les
moindres villages. Le ministre envoie une rafale de circulaires dans toutes les
préfectures demandant que soient établis des tableaux de personnes suspectes ou
à surveiller. Les premiers suspects sont les plus « compromis des évènements
de décembre 1851» selon les termes de l’époque. Ceux-ci ne s’y
attendaient pas et sont arrêtés le 25 février 1858 : 10 Toulousains dont
Jean-Baptiste Pégot-Ogier. Ils sont embarqués dans une voiture cellulaire le
23 mars très tôt vers Marseille où
ils doivent prendre le bateau pour l’Algérie. Pégot-Ogier ne partira pas :
sa femme a réussi à envoyer à temps un certificat prouvant qu’il a 63 ans ;
or le ministre avait fixé l’âge plafond pour la transportation à 60 ans. Ces 4 années de la Seconde république ont été riches en évènements,
en débats, rencontres, réflexions tant au niveau national que dans les plus
petits villages. La propagande a été intense, la surveillance constante dès
le mois de juillet 1848 quand la République se range, se droitise dirions-nous
aujourd’hui. Et pour employer un mot tout aussi anachronique, dès ce moment-là
ces républicains deviennent des dissidents. A partir de 1852, connaissant le
sort réservé aux 20 habitants de la Haute-Garonne et aux 280 Gersois « transportés »
en Algérie, les Commingeois ne vont plus afficher leurs opinions durant tout
l’Empire ; mais dès 1870 c’est vers eux que se tourne le nouveau
pouvoir : En octobre 1870, Jean-Marie Pégot-Ogier est Président de la
Commission municipale de Saint-Gaudens A l’occasion de son décès Le journal de Saint-Gaudens écrit
le 27 novembre 1871 : invariable fidélité aux opinions républicaines,
fermeté des convictions, constance déployée dans les vicissitudes de sa vie.
A vécu et meurt pauvre. Désintéressement,
abnégation. Des neveux seront députés ou sénateurs : les Bougues, Eugène
Azémar… Et je ne peux terminer cette évocation des républicains
commingeois sans nommer le petit-fils de Jean-Baptiste Pégot-Ogier, peintre de
l’âme bretonne, admiré à Hennebont et totalement inconnu ici : Jean
Bertrand est venu à St-Gaudens soutenir la candidature de son cousin Bougues.
J’espère que cette causerie sera une réponse au si juste titre du nouveau livre de Maurizio Gribaudi et Michèle Rio-Sarcey : « 1848 la révolution oubliée ». J’ai une autre ambition : faire découvrir des Commingeois de conviction aux Commingeois actuels. C’est aussi pour cela que j’ai proposé un article à la revue de Comminges ; il devrait bientôt être publié et a été écrit à 3 mains avec l’aide d’un 4ème complice. Il concerne plus particulièrement la famille Pégot-Ogier : le petit-fils peintre a été étudié par l’ancien archiviste d’Hennebont, Jacques Guilchet ; le fils qui a écrit un livre sur les Canaries est le sujet de recherches d’un universitaire espagnol, Jorge Juan Vega y Vega. Et moi je me suis passionnée pour les deux hommes politiques de la famille aidée par Madame Guillaumin et par leurs descendants. Quant à la généalogie elle a été réalisée avec l’aide des adhérents de l’Entraide généalogique de Midi-Pyrénées (EGMT). C’est donc un travail collectif qui vous est soumis. Et le collectif est ouvert à tous ceux qui ont des renseignements, des documents, des souvenirs de famille ! Renée
Courtiade [1]
Comminges : sud de la Haute-Garonne, arrondissement
de Saint-Gaudens [2]
Archives départementales de la Haute-Garonne : 4 M60
et CAYRÉ Antonin, « La Révolution de 1848 à Toulouse et dans la
Haute-Garonne, des journées de février aux journées de juin », in
GODECHOT Jacques [dir.], La Révolution de 1848 à Toulouse et dans la
Haute-Garonne. [3]
Archives départementales du Gers : 1 M278 [4]
Archives départementales de la Haute-Garonne : 4
M70. Ce long certificat se trouve dans le dossier de la commission mixte de
1852. [5]
Archives départementales de la Haute-Garonne : 4 M61 [6]
Lettre du sous-préfet Bergougnoux : Archives départementales
de la Haute-Garonne : 4 M62. [7]
Archives départementales de la Haute-Garonne : 4 M62 [8]
Archives départementales de la Haute-Garonne :
4 M76 [9]
Archives départementales de la Haute-Garonne :
4 M70 [10] Archives départementales de la Haute-Garonne : 4 M82 : « La civilisation. Journal des travailleurs » du 4 décembre 1851, journal validé par les signatures manuscrites des responsables du journal. Le texte avec les signataires est sur le site www.19e.org et dans tous les livres sur la période. |
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Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines |