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communication à la Société d'études de Draguignan, 12 décembre 2001 DRAGUIGNAN
ET LE COUP D’ÉTAT DE 1851
par
Georges Gayol Draguignan
a été un des centres de la confrontation politique sous la IIe
République, non pas en raison de l’action menée par ses habitants
pendant les quelques jours qu’a
duré l’insurrection de Décembre 1851, mais par le rôle de la ville, préfecture
du Var qu’il fallait investir pour destituer le préfet. On y trouvait
aussi des personnalités dont l’avocat républicain Honoré Pastoret qui
fut l’un des membres les plus influents du parti républicain sur place et
peut-être même dans le Var. Jusque là, actif et résolu, il avait su
conquérir une place prépondérante et méritée parmi ses compatriotes. Il
fut l’inspirateur du comité dont l’action dominait à Draguignan. Le
contexte historique. Un
rapport de gendarmerie du 5 septembre 1848 précise que la ville comptait
alors 35 sociétés secrètes et plus de 900[1]
membres. La réputation des membres de ces sociétés allait de « très
modérés » à « très exaltés ». Ces chambrées qui s’étaient
multipliées après les journées de Février 1848 prirent officiellement le
nom de « Club ». À Draguignan, l’avocat Honoré Pastoret présidait
le "Club des Allées"[2],
plus tard du Jeu de Paume. Un Club qui restait dynamique malgré les
lois de juillet 1848 et de juillet 49 qui restreignaient leurs activités.
Il réunit jusqu’à 450 membres présents lors d’une réunion de
novembre 48. La préfecture estimait qu’il rassemblait 800 personnes. Ce
Club affichait un républicanisme prononcé [3]:
pour l’élection présidentielle, il appela à voter Ledru-Rollin. Cette
activité fit du "Jeu de Paume" et d’H. Pastoret les cibles
privilégiées des préfets, et notamment de Georges Haussman qui les
poursuivit plusieurs fois, sans grand succès. Les séances étaient très
rapprochées, ainsi pour le mois de septembre 1848 nous notons le 2, le 9,
le 18, le 21, le 23, et le 30. A chaque séance le commissaire de police,
qui assistait aux réunions en vertu de la loi de juillet 1848 sur les
Clubs, établissait un rapport qu’il transmettait au préfet[4]. Citons
également la société de secours mutuel Saint-Hermentaire[5],
alors totalement laïcisée ou encore le café de Charles Bertrand[6]
où le 25 février 49 un banquet réunit, dans l’enclos, 350 à 400
personnes qui chantèrent des refrains patriotiques dont La Marseillaise
alors considérée comme chant séditieux. Cette foule se rendit après le
repas devant l’arbre de Liberté, planté un an plutôt sur l’Esplanade,
devant la préfecture. Ces manifestations autour de l’arbre de la Liberté
étaient relativement fréquentes. Elles partaient généralement d’un
autre café, le café Alter[7],
véritable quartier général des républicains de la ville mais aussi lieu
de rencontre des émissaires politiques du département. D’autres
manifestations émaillèrent la vie dracénoise sous la IIe République :
En septembre 1848 on manifesta
contre l’impôt sur les boissons. Quelques jours plus tard se sont 4
chanteurs de Marseillaise qui furent arrêtés au Théâtre. Dans son
rapport N° 14, le commissaire de police relate la séance du 5 octobre 1848 : « La
séance a été ouverte par le citoyen Cartier, vice-président. Il annonce
que les 4 chanteurs de la Marseillaise ont été libérés sous caution, 100
f pour le premier, 50 pour le second, 25 pour le troisième ; à ce
moment entre le président Pastoret, l’Assemblée se découvre et crie :
Vive la République. Le citoyen Arnaud prend alors la parole [...] la séance
a été close à 9 h ¾. Près de 400 individus étaient présents[8] ». Un
autre rapport nous éclaire sur les relations qu’entretenaient certains
membres de ce Club avec les autorités préfectorales. Dans la séance du 8
novembre 1848, l’instituteur Laroque indiqua qu’il avait, quelque temps
auparavant, informé l’Assemblée des événements de Vienne en Autriche où
les démocrates s'étaient battus durant 4 jours comme des héros contre les
impériaux. Mais, malheureusement Vienne avait été obligée de capituler
devant une masse considérable de Croates. Il avait conclu en ces termes : «
Cela n’empêchera pas l’Autriche de succomber et la République démocratique
de faire le tour du monde. » Suite à ce rapport, le préfet avait
demandé le renvoi de ce professeur. Le commissaire poursuit en citant
Laroque parlant du préfet : « C’est un
Degeorge[9]
qui a fait le voyage à Paris pour ôter le pain à un malheureux, c’est
un lâche et un malheureux lui-même ». A la réception de ce compte
rendu le préfet demanda la traduction de Laroque devant la Cour et le
procureur demanda son incarcération. Le procès a lieu le 31 janvier 1849.
Laroque fut acquitté[10]. L’activisme
des Dracénois ne se limitait pas à leur ville, Fabien Hauteville, tailleur
de la place du Marché, un des fondateurs du "Jeu de paume", fut
arrêté en septembre 1848 pour avoir organisé une manifestation contre
l’impôt sur les boissons. Le 11 novembre 1850 il fut à nouveau arrêté
car suspecté d’être envoyé par Toulon pour parcourir l’arrondissement
de Brignoles. Il fut soupçonné, le 28 avril 1851, par le préfet des
Bouches-du-Rhône d’être le correspondant pour le Var des sociétés secrètes
de Marseille et des Basses Alpes. Il parcourait le département en diffusant
les journaux républicains et la nouvelle forme d’organisation du parti à
laquelle les lois répressives avaient conduit les démocrates : les
sociétés secrètes de "la Jeune Montagne". Car les Dracénois
avaient voulu participer à la mise en place d’un parti légal, la
"Solidarité Républicaine", lancée en novembre 1848 par
Delescluzes, Ledru-Rollin et Mathieu de la Drôme. Cette organisation
nationale fut rapidement déclarée hors la loi. Jean Paul Vassal, un taillandier dracénois
parcourut le haut var en 1850 pour inciter les villageois au vote démocrate. H.
Pastoret animait de nombreux banquets[11]
dans les cantons alentours, en particulier ceux de Callas et de Fayence.
Parallèlement, ses activités professionnelles lui permettaient d’avoir
quelque influence sur certains villages. Le cas le mieux connu, grâce à l'historien Maurice Agulhon, est celui de Baudinard, où
la communauté villageoise était en procès depuis plusieurs années contre
son ancien seigneur, le duc de Sabran, au sujet des droits d’usage dans la
forêt. Ainsi, sous l’influence de leur avocat, les Baudinardais étaient-ils
devenus des électeurs "rouges",
votant quasi unanimement pour Ledru-Rollin en 1848 et pour la liste démocrate
socialiste aux législatives de 1849. Dans
les villages, les émissaires venus de Draguignan entraient en contact avec
les chambrées très répandues. Outre les villages, les républicains dracénois
étaient aussi en contact avec d’autres villes. Nous savons qu'H Pastoret
participa à une réunion électorale à Toulon en mars 1849, que Pierre
Arambide, qui diffusait le journal toulonnais "Le Démocrate du
Var", fut arrêté au café Alter le 13 novembre 1850[12],
qu’Étienne Achard fut un toulonnais arrêté avec Augustin Daumas en
1850, à l’occasion de l’affaire du complot de Lyon et, après 6 mois de
prison s’installa à Draguignan. Jean François Cartier, un formier dracénois
(fabricant de formes pour chaussures), un autre fondateur du "Jeu de
paume", était à la fin de 1851 représentant de commerce pour
l’association ouvrière de la Garde-Freinet. Enfin,
Camille Duteil, rédacteur de "La Voix du Peuple" de
Marseille, et surtout futur général, de la colonne républicaine, était
venu à Draguignan en septembre 1851. Draguignan
était donc un maillon du réseau que les républicains, malgré les
tracasseries policières, avaient mis en place dans le département. Ce réseau,
on le sait, n’a pas pleinement fonctionné au moment où survint le coup
de force césariste[13]
du Prince Louis Napoléon. Pour
commenter les événements de décembre
1851 relatifs à Draguignan, nous nous sommes inspirés du récit qu’en a
fait Noël Blache dans son ouvrage de 1869[14]. Mercredi 3
décembre. 5 heures du matin. la dépêche de Paris
annonçant la dissolution de l’Assemblée Nationale arrive à Draguignan.
Le Ministre de l’intérieur accorde des pouvoirs exceptionnels au préfet,
Monsieur Joseph Dubois De Romand, qui reçoit l’ordre de différer son départ (il
venait d’être nommé préfet de Saône-et-Loire). Le coup d’état est
aussitôt annoncé par voie d’affiches en ville. Louis Pascal, d’Aix,
ancien représentant du peuple, avocat au barreau de Draguignan, alla immédiatement
trouver le substitut Léopold Niepce, seul présent au parquet et lui
demande «vous savez Monsieur, ce qui se passe : la Constitution est
violée et comme ancien Membre de la Constituante, je dois me préoccuper
d’un fait aussi grave. Aussi je viens savoir si le parquet a donné des
ordres pour que M. le préfet soit arrêté sur-le-champ, comme complice des
actes du gouvernement, en faisant afficher les proclamations du Président ».
Il fut éconduit.[15] Un
grand nombre de démocrates se réunirent au café Alter. On forma un comité
de 9 membres qui désigna 3 délégués chargés de contacter H Pastoret,
alors introuvable. Dès son retour au café Alter, Pastoret hésita à
s’engager, il voulut attendre des nouvelles de Paris,
Marseille et des autres villes de la France. Il croyait peu à la réussite
de l’initiative départementale, si elle n’était pas soutenue par un
mouvement insurrectionnel à
Paris. Pour lui une prise
d’armes trop précipitée pouvait avoir des conséquences funestes pour
les populations du Var, en les entraînant à jouer une partie perdue
d’avance. Des
émissaires des villages vinrent chez lui chercher les mots d’ordre et
connaître la conduite à tenir : on arrivait de la Garde-Freinet, de
Vidauban, du haut Var. Malgré les pressions des délégations et de Pascal
d’Aix, Pastoret refusa d’appeler aux armes et ne cessait de répéter : «attendons ».
Les hésitations imprévues de Pastoret déconcertaient les
patriotes. Amalric lui rappela sa promesse de seconder l’insurrection dans
le cas où la Constitution serait foulée au pied. Les instances des
patriotes redoublèrent. Les avocats Louis Pascal et, Gustave Pellicot venus
sur ces entrefaites, joignirent les leurs à celles des délégués...
Pastoret céda et les trois amis allaient rédiger et signer un appel aux
armes, lorsque survint Madame Pastoret[16].
Cette jeune femme, affolée de terreur, supplia son mari de résister aux
entraînements de la passion politique. Cette intervention suprême, plus
puissante que les prières des républicains, détermina
Pastoret à garder une neutralité absolue. Face aux 2 à 400 républicains armés, la préfecture
disposait de 80 gendarmes et de 700 soldats (jeunes recrues pour la
plupart). Jeudi 4 décembre. Les républicains se portèrent en masse sur
l’Esplanade. Ils déléguèrent auprès du préfet le cordonnier Augustin
Lazerne pour avoir communication des dépêches arrivées de Paris. La présence
des troupes empêcha de plus amples mouvements. Les réunions se succédaient
au café Alter. César Nicolas, professeur à l'École Normale, assisté du
charron François Imbert et du coiffeur Auguste Eyriès, envoya
le liquoriste Pierre Belioud à Marseille pour prendre des ordres et
se mettre en rapport avec les Bouches du Rhône. Il en revint avec le
conseil de ne pas bouger. Dans la journée, le préfet De Romand reçut une
dépêche officielle du Luc, lui annonçant la mise en place d’une
nouvelle équipe municipale et républicaine. Cette ville, composée d’une
population presque entièrement républicaine, était un lieu stratégique
sur les routes Marseille-Nice et Draguignan-Toulon. Les démocrates lucquois
n’avaient pas attendu le signal des comités directeurs de Toulon ou
Draguignan. Persuadés que chacun ferait son devoir, une commission
extraordinaire fut mise en place et procès verbal adressé au préfet. A la
réception de ce courrier, le préfet De Romand voulut marcher sur Le Luc.
On l’en dissuada pour ne pas dégarnir le chef lieu. Les femmes des
fonctionnaires cherchaient refuge dans la demeure du préfet, amenant
quantité de provisions pour faire face à un éventuel siège. Vendredi 5
décembre.
Il y eut de nouveaux rassemblements sur l’Esplanade. A 9 heures du soir
Joseph Louis Brunet, un clerc d’avoué,
harangua la foule. Le commandant Rigal, commandant le 50e
de ligne à la tête d’un escadron de gendarmerie à cheval et le
commissaire Joseph Laugier arrivèrent. Un dialogue s’instaura
« Pour quel motif, commandant, faites-vous évacuer l’Esplanade ?»
- « Monsieur, je n’ai pas de compte à vous rendre. Je suis ici pour
faire exécuter les lois ». Brunet répondit au commandant : « La
mesure que vous prenez n’est pas populaire, vous, vous voulez faire usage
des armes, eh bien, nous aussi ». Le commandant ordonna alors d’arrêter
Brunet, celui-ci s’enfuit en criant « aux armes ». Le commissaire
et le commandant s’élancèrent vers lui mais les chevaux de la
gendarmerie empêchèrent les deux militaires de l’atteindre[17]. Ce
vendredi 5 également, le conseiller général de Salernes, Ignace Renoux,
vint au Café Alter à la rencontre du comité démocratique. Honoré
Pastoret continuait à prêcher le calme. Mais les arguments en faveur du
soulèvement devaient alors être les plus forts. La lettre que
Renoux ramena à Salernes appelait aux armes et à la marche sur
Draguignan. Les
nouvelles de Paris, de Marseille et du Vaucluse apportées par un marchand
d’huile salernois au café Alter n'étaient pas bonnes et ne furent pas
divulguées. Samedi 6 décembre.
on apprit qu’une colonne de résistants (partie de Vidauban, commandée
par C. Duteil) marchait sur la ville. Le préfet fit alors afficher un arrêté
selon lequel tout individu saisi les armes à la main serait immédiatement
fusillé. La préfecture ordonna la fermeture du café Alter. Le préfet
trouva des volontaires acquis au coup d’état à la société Saint-Martin
qu’il installa dans la salle du conseil général. La société
Saint-Martin était une société réactionnaire, elle recevait son
impulsion du docteur Honoré Théüs, maire de Draguignan, mis en place par
le gouvernement et de M. Cavalier, directeur des postes. La troupe se disposa autour de la préfecture.
Après une fausse alerte, l’armée érigea des barricades aux abords de la
préfecture et de la caserne. On matelassa les fenêtres et on amassa des
vivres pour tenir un siège. La cavalerie se massa derrière les grilles, prête
à balayer les avenues par les quelles les insurgés pouvaient déboucher.
Des groupes de soldats stationnèrent sur les places et les carrefours, ils
étaient postés de manière « à pouvoir fusiller immédiatement tout
individu sortant armé sur la voie publique ». Pendant que ces
dispositions étaient prises par l’autorité militaire, l’autorité
judiciaire ne restait pas inactive. Pour diminuer les chances de succès des
patriotes, le procureur impérial François Bigore-Laschamps procédait à
de nombreuses arrestations. Catherine
Truc épouse Ronin se rendit à Montauroux pour sensibiliser les habitants,
sans grand effet. Antoine Pellicot partit mobiliser Grasse, également
sans grand succès. Jean David Alter prit la direction d’Aups pour
soulever les villages de l’ouest du Haut Var. Il y arriva vers 14 heures
et y rencontra Jean Baptiste Isoard, président de la société secrète
locale. Il partit ensuite pour Moissac. Il exhorta au départ sur Draguignan
et fut entendu. En quittant Moissac, il rencontra une colonne formée par
les républicains d’Artignosc et de Baudinard qui marchaient vers Aups.
Soucieux d’établir un lien avec les Basses Alpes, il dépêcha une
estafette baudinardaise vers Riez pour avertir que le Var était soulevé.
Son message fut transmis. Sans ordre précis de leurs chefs, les Dracénois
en étaient réduits à attendre une éventuelle arrivée de la colonne des
insurgés ou à aller rejoindre cette colonne individuellement. Ce fut le
cas pour François Imbert et Etienne Achard qui se rendirent à Vidauban,
donnant toutefois à Camille Duteil et à son état-major des avis différents.
Imbert pensait que ce serait folie de tenter le siège de la préfecture,
alors qu' Achard prônait la marche sur Draguignan. Selon lui, les démocrates
dracénois donneraient infailliblement la main à la colonne, en faisant à
l’intérieur de la ville une puissante diversion aux efforts de la troupe.
Les communes alentours viendraient certainement au secours des patriotes.
Duteil, déclara partager l’opinion d' Imbert. On connaissait
d’ailleurs les préparatifs de l’autorité grâce à une lettre
du maire de Draguignan saisie sur un gendarme. Mais Achard réussit
à convaincre la foule de marcher sur Draguignan. Dimanche 7
décembre.
Retournement de situation. Partie de Vidauban à 4 heures du matin, la
colonne des insurgés commandée par Duteil arriva aux Arcs. Nouvelle réunion
des chefs qui décidèrent de se diviser en deux colonnes : une devant
aller sur Le Muy et rejoindre la route de Grasse, l’autre sur Salernes,
afin de rallier la masse. Les deux colonnes devaient ensuite marcher sur
Draguignan et prendre la ville en tenaille. Imbert
et Achard partirent vers la ville prévenir
de l’arrivée des colonnes. Entre temps, Duteil
fut informé que les militaires et le préfet Daniel Pastoureau étaient au
Luc et se rendaient à Draguignan. Le
plan des 2 colonnes marchant sur la préfecture fut abandonné et la colonne
prit la direction de Salernes
en passant par Lorgues. A Draguignan, le préfet apprit, avec le
soulagement que l’on devine, le changement de stratégie des insurgés.
Sans perdre de temps, l’autorité
judiciaire put procéder, tout à son aise, aux arrestations et
investigations nécessaires. Lundi
8 décembre. Alors que la colonne républicaine
passait la journée à Salernes, les arrestations des républicains dracénois
continuèrent. Dans la soirée, les militaires du 50e de ligne,
commandés par le colonel Travers, avec à leur tête, le nouveau préfet
Pastoureau, arrivèrent à Draguignan. Dans l’après midi, Alter et le
clerc d’avoué Brunet, à la tête de
l’avant-garde de la colonne républicaine constituée des détachements
des Arcs et d’Entrecasteaux, firent leur entrée à Aups. Mardi 9 décembre.
La colonne militaire se reposa. Le nouveau préfet
prit ses fonctions et M. Dubois De Romand put partir rejoindre son nouveau
poste à Macon. Les républicains se regroupèrent à Aups. Le tailleur
d'habit vidaubannais Jean Baptiste Maurel fit confectionner des blouses
uniformes. Pierre Arambide, à la tête
d’une troupe de 900 hommes se posta à Tourtour. Mercredi
10 décembre.
À 4 heures du matin, départ de la colonne militaire pour Aups, via
Tourtour : 11 compagnies d’infanterie formant un effectif de 550 hommes,
10 soldats du train et 45
gendarmes à cheval.[18] Dans
cette étude ne sera pas développé la bataille d’Aups. A la suite de cet échec pour les Républicains,
de nombreux hommes et 16 femmes furent emprisonnés. Tous n’étaient pas
partis à Aups avec la colonne des insurgés mais avaient été répertoriés,
soit pour leur passé, soit pour leurs actions les 6 et 7 décembre. La
prison de Draguignan était pleine. Les salles de 9 mètres de long sur 6 de
large contenaient de 70 à 80 prisonniers. Un d’entre eux mourut asphyxié.
La veille de Noël on en plaça 250
dans la cour de la prison. Laborde
Etienne, 34 ans, tailleur d'habits Lies
Antoine, 31 ans, maçon Vial Pascal dit teto Buou, revendeur. 3
avocats – 1 bouchonnier - 1 boulanger – 2 bourreliers - 2 cafetiers –
3 chapeliers – 1 charron – 1 clerc de notaire – 1 colporteur – 1
conducteur de diligence – 1 commis – 6 cordonniers – 1 cordonnière -
13 cultivateurs – 1 fabricant de chaux – 1 forgeron – 2 instituteurs
– 1 liquoriste – 5 maçons – 1 ancien marin – 1 ouvrier mécanicien
- 1 ménager – 5 menuisiers –1 musicien – 1 négociant – 2
perruquiers – 1 professeur de collège – 1 revendeur – 2 selliers –
1 serrurier – 3 tailleurs d'habits – 1 tailleur de pierres – 1 tanneur
– 1 tonnelier – 1 tourneur sur bois – 1 tuilier – 1 valet de ferme - Jean-David Alter.
Né en 1806 en Bavière de parents français. Père de 5 enfants, il était
veuf depuis l’été 48. Négociant en antiquités avant 1848, il se déclara
ensuite peintre et cafetier. Il était déjà sur les tablettes préfectorales
lorsqu’il refusa en novembre 1848, de payer les droits sur les boissons.
Des tablettes sur lesquelles il prit d’ailleurs rapidement du galon. Non
seulement à cause des réunions et des manifestations qui avaient lieu dans
son café, mais aussi pour un voyage qu’il effectua à Londres en juillet
1851, pour y vendre des tableaux dira-t-il mais plutôt pour y rencontrer
Ledru-Rollin pensera la police. D’ailleurs en octobre 51, on le soupçonna
d’être un des correspondants pour le Var du comité central de résistance,
l’organisation Montagnarde dirigée par Michel de Bourges. J.D. Alter fut
jugé par contumace à 10 ans de déportation en Algérie. Il se réfugia,
comme de très nombreux proscrits, à Nice, où il devint propriétaire du
"Café-Concert". Il fut gracié en 1856. Honoré
Pastoret.
(1814-1889).Ce « Coryphée du parti rouge entouré de 800 garnements
à sa dévotion » d’après le préfet Georges
Hausmann, était né à
Seillans. Avocat de grande compétence et habile homme d’affaires, il
habitait un modeste appartement dans la maison Delfau (angle de la place du
Marché et rue Frédéric Mireur). Il s’était déjà fait remarquer au
barreau lorsque éclata la révolution de février. Leader du parti démocratique
toujours sur la brèche, il était très habile à porter les coups droits
et plus encore à les parer. Condamné à 10 ans de déportation en Algérie,
il resta caché quelques temps à Draguignan avant de gagner Nice où
l’annexion le trouva avocat consultant. Durant son absence le conseil de
l’ordre le maintint dans ses effectifs. Anticlérical implacable, il avait
toutefois réclamé en 1848 « les bienfaits d’une instruction religieuse
et nationale » pour « développer le sentiment moral de
l’homme par les bienfaits d’une instruction religieuse et nationale,
gratuite et obligatoire pour tous les citoyens » (profession de foi
collective d’Honoré Bonnet et Honoré Senglar[24],
professeur, du 25 mars 1848). Pastoret
jouissait particulièrement de l’estime la plus probante, celle de ses
confrères même les plus opposés
à ses doctrines politiques. Poursuivi en juin 1850 devant la cour
d’assises d’Aix (saisie pour cause de suspicion légitime de la Cour
d’assises du Var) sous l’inculpation de propos séditieux tenus en séance
du club du Jeu de paume, trois avocats dracénois, qui pourtant ne
partageaient pas ses idées vinrent lui apporter l’appui de leur très
honorable et décisif témoignage. Il fut acquitté. La
chute de l’Empire réveilla les ardeurs de sa jeunesse militante et, en
1871, il fut élu conseiller général du canton de Fayence. Très
vite Président il dirigea pendant 9 ans les délibérations, transformant
le bureau de la présidence en tribune : « en volcan à jet continu de flammes et de
laves explosives, de tonitruantes sorties ». Les préfets, assis à
ses côté, se retranchaient, tant bien que mal derrière leurs dossiers et
les réserves d’usage. « Ils se demandaient parfois, écrivait
au lendemain de sa mort le préfet Félix Anglès, s’ils allaient sortir
sains et saufs des colères de Pastoret ». Il fit députés et sénateurs
mais refusa obstinément un mandat pour lui-même. Il se retira de la
politique en 1882, continuant à se consacrer à ses affaires. Un client
exaspéré par la perte imprévue d’un procès l’assaillit dans la rue
et lui creva un œil. CONCLUSIONLes
évènements de Draguignan n’eurent aucun caractère exceptionnel, les
forces républicaines et celles du Coup d’État s’étant neutralisées.
Néanmoins, on peut dire que les Dracénois jouèrent un rôle actif dans la
résistance varoise, par leur engagement individuel dans la colonne résistante
mais aussi, auparavant, par leur constant effort de propagande. ceci fut un
des éléments qui permirent aux ruraux varois d’acquérir suffisamment de conscience républicaine pour résister au 2 Décembre.
Bibliographie : -
Documentation personnelle de Frédéric Négrel, membre de l'Association
"1851-2001, Association pour le 150e anniversaire de
la résistance au coup d'État du 2 décembre 1851". -
Michel Bellenfant. "Le coup d’état du 2 décembre 1851 dans le département
du Var". Imprimerie
du C.R.D.P. Nice – année 1978. Bibliothèque de la Société d’Études
de Draguignan. -
Noël Blache. "L’insurrection du Var de 1851"
Réédition de 1983. Préface de Charles Galfré. Édition de la
Table Rase. -
Victor Fournier. "Le Coup d'État de 1851 dans le Var"
Imprimerie Olivier-Joulian – Draguignan 1928. -
Archives du Var, séries M. -
Frédéric Mireur, - "Les rues de Draguignan". (1921-1931) Tome
VIII.. -
J.- F. Brunel. Monographies des villes et villages de France. Promenades
descriptives et historiques dans le Var - Arrondissement de Draguignan - Édition
Res universis. -
Georges Gayol. "Vidauban et le
coup d’état de 1851" Bulletin
de la Société d'Études 1998. [1] ADVar 4M16.Le nombre d'inscrits n’est pas indiqué pour la société « Bienfaisance des clubs » seulement « très nombreux ». [2]
Local situé au N°15 Allées d’Azémar. [3] Vice-président : le bottier Cartier ; secrétaire : l’instituteur Laroque ; secrétaire adjoint : l’avocat Rebuffat. Société d’Études Draguignan 1948-1949 « Les Clubs démocratiques dans le Var ». [4] ADV 4/M/16.1 où figurent une trentaine de ces rapports. [5] "La Société de Prévoyance et de Secours Mutuels sous la protection spéciale de Saint Hermentaire" était, le 27 juin 1832, "officiellement" composée de 4 divisions : La première division avait 16 adhérents, la seconde 15, la troisième 15 et la quatrième 14. La liste était visée par un représentant de la Mairie. ADV 4M20.2 [6] Non présent dans le recensement de 1846, ce café figure dans celui de 1851 et est situé sur l’Esplanade. Très certainement l’actuel "Grand Café". [7] Le café Alter se trouvait sur la place du Marché, actuels Etablissements Gravier. Une plaque commémorative a été apposée le 2 décembre 2000. [8] ADV 4M.16/1 [9] Degeorge : Ayraud-Degeorge, Pierre Alexandre, préfet du Var du 9/7/1848 au 22/7/1848, bref passage dont les prises de position n’ont pas dû être très appréciées. [10] ADVar 2 U 400 [11] Le prix de ces repas était fixé à 0,75 frs. " Les Clubs Démocratiques dans le Var". Bulletin de la Société d’Études 1948-1949" [12] Pierre Arambide, était âgé de 40 ans, il mesurait 1m64 et portait une barbe brune. Cet ancien ouvrier serrurier de l’arsenal était arrivé de Fayence la veille et avait sur lui une liste des abonnements souscrits au "Démocrate du Var" :103 Membres et 20 sociétés, soit pour Draguignan :François Héraud, café de l’Union – Adolphe Angelier, bijoutier –J.D Alter, cafetier – André André, jardinier –François Imbert, charron –Ibrahim, coiffeur – Pierre Joseph Jouffret, limonadier - [13] Le césarisme est un système de gouvernement dans lequel un homme se trouve être l’unique dépositaire du pouvoir. [14] Réédition de 1983, préface de Charles Galfré.- Éditions de la Table rase. [15] Citation extraite d’Henri Maquan "Trois jours au pouvoir des insurgés" H.Bernard, Imprimeur éditeur à Draguignan - 1853 [16] Baptistine Pellicot née en 1821. [17] ADVar 4M/20.2 [18] Promenades pittoresques descriptives et historiques dans le Var par J.- F.Brunel. Éditeur : Res Universis [19]
ADVar 4M.27/1 [20] ADVar 4M-20.2 [21] Les rapports étaient parfois incomplets .L'âge ou la profession n'étaient pas toujours renseignés. [22] Il est porté professeur d'École Normale sur le recensement de 1851. [23] ADVar 4M.24/1 [24] Cet enseignant, aussi appelé Senglar aîné, est très certainement le frère de Marius Senglar, cafetier aux Allées d’Azémar suivant le relevé du recensement de 1846. Condamné et mis sous surveillance en février 1852. Au recensement de 1851, Marius Senglar n’est plus cafetier mais regrattier et demeure, avec sa femme et ses 4 enfants, dans la maison du cafetier Charles Bertrand, située sur l’Esplanade. Or dans ce recensement il n’y a que 5 immeubles situés sur l’Esplanade et il n’y en avait point au recensement de 1846. Il s’agit très certainement de l’actuel "Grand Café", faisant angle entre Esplanade et Allées d’Azémar, qui possède deux entrées. En 1846 il a dû être enregistré sur les Allées et en 1852 sur l’Esplanade. |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |