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publié dans le bulletin numéro 18, octobre/novembre 2001 1851 dans le canton de Fayence (Var) par Gabriel Chabaud L’atmosphère
politique L’activité politique républicaine
semble importante dans la région de Fayence après 1848 : deux des principaux
fondateurs du club du Jeu de Paume de Draguignan sont originaires du canton, les
avocats Pastoret et Rebufel sont issus respectivement de Seillans et de Fayence.
Ils exercent une grande influence sur les démocrates du canton, participent à
des réunions et le frère de Rebufel, notaire, est un membre actif de certaines
chambrées de Fayence et de Montauroux. Le militant républicain
Arambide vient à Montauroux où il est reçu par la Jeune France, chambrée où
on lit le journal Le Démocrate du Var. Un rassemblement des principaux
chefs socialistes se tient dans l’été 1850 sur les rives de la rivière
Siagne à proximité de Montauroux. Mais les autorités redoutant la diffusion des
idées socialistes dans ces nombreuses chambrées, multiplient les actes
d’intimidation : la brigade de gendarmerie de Fayence y fait de véritables
perquisitions et ayant trouvé des emblèmes séditieux, à savoir les portraits
de Ledru-Rollin, Proudhon, Pyat, Raspail, procède à la fermeture en avril 1850
de chambrées à Callian, à Fayence et à Montauroux, ce qui dans ce dernier
village provoque une grande agitation populaire au cours de laquelle les
gendarmes sont hués et pris à partie. En novembre 1850, la maréchaussée
disperse une farandole organisée par la société dite La Légalité et La Fidélité
sur la place de Fayence, prétextant que les bandes de papier rouge arborées
par les danseurs sont aussi des marques de contestation. En 1851, le climat
politique du canton est bien conforme à celui de tout le département !
Le mouvement
insurrectionnel La nouvelle du coup d’État
est connue à Fayence le jeudi 4 décembre. Les six chambrées que compte le
village se réunissent alors dans le café Beuf avec des délégués de toutes
les communes du canton, on prend connaissance des dernières informations de la
capitale et on se concerte pour les actions du lendemain. Le vendredi 5 décembre, la
maison du juge de paix de Fayence est cernée par six hommes en armes, au même
moment des individus armés envahissent le bureau des dépêches, mais le
directeur des postes se défend et ne livre aucune nouvelle. Une commission
municipale insurrectionnelle s’établit à la mairie gardée par des Fayençais
armés, le maire Martel acquis aux idées républicaines cédant facilement les
clefs, (il est d’ailleurs nommé membre du comité de salut public). Pendant
ce temps, d’autres insurgés parcourent la ville où règne une grande
agitation. Le même jour, on tente de déposer les maires du canton avec plus ou
moins de fortune : on réussit à Montauroux où Marius Jouan prend la direction
de la commission insurrectionnelle, ainsi qu’à Callian avec le vétérinaire
Veyan et à Mons dont la municipalité dirigée par Bertou Jean est du côté
des républicains, mais le maire de Tourrettes résiste aux menaces et celui de
Seillans s’oppose au sieur Malbec venu lui demander les clefs de la mairie. De
nombreux émissaires parcourent les différentes communes pour prêter
main-forte aux délégations qui tentent de prendre les mairies. Les républicains
de Saint Paul se déplacent ainsi à Fayence et à Bagnols. Des farandoles ont
lieu notamment à Mons où on crie “à bas les Blancs” et on chante “Ça
ira”, des lettres de dénonciation anonymes ne manqueront pas de fustiger
l’attitude de certains des participants. Le samedi 6 décembre est
occupé à préparer la marche sur Draguignan qui doit permettre à la colonne
insurrectionnelle d’enlever au passage la mairie de Seillans et de rallier par
la suite les républicains de Bargemon, Claviers, Callas et Figanières. On
passe la journée à fabriquer des balles dans le café Beuf de Fayence, (le
maire de Mons fait acheter six kilos de poudre à Fayence pour sa commune, ce
qui lui sera reproché au cours de son procès). Les tambours battent la générale
même pendant la nuit. Mais pendant ce temps les
partisans de l’Ordre s’organisent. Le maire de Seillans a convoqué la garde
nationale qui arrête un habitant de Claviers porteur de messages destinés à
Malbec et à Hippolyte Fabre de Tourrettes (un des chefs du parti républicain
pour le canton), ces lettres appellent les amis de l’insurrection à se rendre
à Draguignan pour prendre la ville. La garde nationale de Seillans reçoit
alors le renfort d’éléments armés venus de différents villages, le juge de
paix parle de six cents hommes mobilisés pour la défense du village et placés
aux endroits stratégiques. Dans la nuit du 6 au 7, les éclaireurs annoncent
l’arrivée d’une centaine de républicains venus des différents villages du
canton et emmenés par Equi Casimir, Godrau Marius, Lambert Honoré et Malbec
Fortuné, (quatre fervents républicains de Seillans). Aussitôt le maire Gues
fait battre la générale et sonner le tocsin, la colonne désemparée et
surprise par tant de résistance rebrousse chemin en laissant vingt-et-un
prisonniers qui seront transférés à Draguignan. Des membres influents du
parti républicain se réfugient à Nice le soir même. L’enthousiasme des
insurgés n’aura vécu que quatre jours dans le canton de Fayence, la colonne
n’aura parcouru qu’une quinzaine de kilomètres avant de se disloquer face
à l’organisation des partisans de l’Ordre à Seillans et les insurgés ne
rejoindront jamais la colonne varoise qui entre ce jour-là dans Salernes. Mais l’activisme du maire
de Seillans ne s’arrête pas là. Prévenu que des éléments défaits à Aups
le 10 décembre se dirigeaient vers Seillans, il fait placer des membres de la
garde nationale sur les différents points d’accès au nord de la ville. Le 12
à deux heures du matin, six hommes et une femme armés, tous originaires du Luc
sont interceptés au col de Saint Arnoux. Ils avaient fait partie d’un groupe
de quarante personnes qui avaient été envoyées d’Aups à Vérignon pour y
prendre les armes déposées dans le château. Ce sont : Clairian Louis, Cantu
Ferdinand, Vachier Joseph, Couadou Pierre, Testanier Jean-Baptiste, Arnoux
Jacques et Malamaire Thérèse. Peu après un autre individu, Lion Jean,
cultivateur à La Garde-Freinet, et en fuite depuis Aups, est arrêté, puis
dans le courant de la journée, c’est le tour d’Amousse Antoine, Senequier
Laurent, Arbaud Athanase, Gal Tonin, Colle Noël, tous habitant La Garde-Freinet,
ainsi que Lavagne du Muy, Giraud Antoine de Bargemon et Beraud Antoine demeurant
à Vidauban, qui avaient quitté Aups après l’affrontement avec l’armée.
Tous ces prisonniers sont transférés à Draguignan. Le 11 janvier, le maire de
Seillans écrit au préfet pour demander une récompense qu’il a bien méritée
en échange de sa conduite héroïque ! La répression Dès le 15 décembre,
Allongue le juge de paix de Fayence fournit au préfet une liste de 130
personnes en détaillant leurs activités pendant ces jours d’insurrection.
Une troupe de 45 soldats investit les différents villages du canton à partir
du 25 décembre. Ils sont par exemple le 27 à Mons où ils arrêtent
7 personnes, procèdent à la fermeture de deux cabarets servant de réunion
aux socialistes et abattent l’arbre de la liberté. De nombreux insurgés se réfugient
dans des cabanons reculés et regagnent les villages seulement la nuit. En
janvier, une trentaine d’individus sont signalés en fuite par le juge de
paix, en particulier tous les Montauroussiens inquiétés et les principaux
chefs républicains du canton qui ont rejoint Nice. Les personnes arrêtées
sont transférées à la prison de Draguignan et au Fort Lamalgue à Toulon, après
plusieurs semaines de détention dans des conditions effroyables. La commission
mixte procède les 2 et 3 février à la condamnation de 63 habitants du canton
: 19 sont condamnés à la transportation en Algérie dont 3 à 10 ans de
forteresse, 17 à la surveillance policière, 6 à l’expulsion, 3 à l’éloignement
temporaire du territoire, 18 à l’internement. On remarque que les 4 habitants
de Seillans qui ont osé marcher avec la colonne sur leur ville sont tous
condamnés à l’Algérie, les républicains influents tels que Beuf Étienne
de Fayence, Fabre Hippolyte de Tourrettes, Bertou Jean de Mons, Veyan de Callian,
Jouan Marius de Montauroux sont soupçonnés d’être à la tête de sociétés
secrètes et sont aussi condamnés à l’Algérie. L’arrêté Quentin
Bauchard du 26 mars 1852 viendra alléger une partie des peines, 7 insurgés sur
les 19 condamnés partiront réellement pour l’Afrique du Nord. Mais les
mesures de clémence adoptées par la justice importunent les maires qui
expriment leur désapprobation au préfet et ne veulent pas revoir les proscrits
de décembre de retour dans leurs murs. Ainsi Segond Jean de Callian, âgé de
52 ans, arrêté par la troupe le 25 décembre, détenu 3 mois à Draguignan,
est condamné à 3 ans d’éloignement du territoire français. Sa peine est
ensuite commuée en surveillance policière. Mazar, le maire de Callian,
proteste contre le retour de Segond, véritable menace pour l’ordre public, et
demande un nouveau châtiment exemplaire. Une lettre anonyme de dénonciation va
précipiter une nouvelle arrestation : on le condamne alors à la transportation
pour 5 ans à l’Algérie. Heureusement que des personnes influentes écrivent
au préfet en sa faveur et lui éviteront l’Afrique, l’internement sera sa
peine définitive. L’acharnement de certains élus locaux contre les républicains
sera tempéré par les mesures de grâce accordées par l’Empereur les années
suivantes : Veyan et Beuf en fuite à Nice pourront réintégrer leur village en
1856 ; par contre Fabre Hippolyte, principal chef de l’insurrection en fuite
à Turin, sollicite son retour en 1857, mais aucune réponse favorable ne semble
lui être accordée. De même une partie des transportés en Algérie pourra réintégrer
le canton après bien des souffrances. Tous les anciens proscrits feront par la
suite l’objet d’une surveillance étroite, la correspondance que le juge de
paix de Fayence entretient avec le préfet jusqu’en 1862 en témoigne ! Gabriel
CHABAUD, Tourrettes (Var). |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |