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publié dans le Bulletin numéro 14, février/mars 2001 L'insurrection
de décembre 1851 à Pignans À
cette époque, le village de Pignans regroupé avec celui de Gonfaron
constituait la 3ème section du canton de Besse. Politiquement
les opinions des Pignantais juste avant le coup d'État de Louis Napoléon
Bonaparte se partageaient de façon quasi équilibrée entre la Gauche et la
Droite. Le
tableau suivant des résultats des élus du Var aux élections législatives de
1849 en donne un aperçu significatif.
Par
contre, le maire de la commune, M.Joseph Davin, pharmacien, s'affirmait partisan
de l'ordre. Et après les événements il accusera plusieurs de ses concitoyens
d'avoir tenu des propos violents, désignant notamment Étienne Bouffier,
Lambert Bonifay, Joseph Esnard dit lo Pelat d'avoir tenu des propos révolutionnaires
dans des réunions qui se déroulaient le plus souvent dans divers clubs, sociétés
et chambrées. À
Pignans, il y avait le Club des Sans souci, la Chambrée des Choux, la Chambrée
des Amoureux, la Jeune France, la Société Sécurité, la Société du
Boulevard. C'étaient
souvent des lieux de rencontres et de réunions où l'on discutait de politique,
où circulaient des journaux et livres démocrates et/ou révolutionnaires. Ces
clubs déclarés en mairie faisaient bien sûr l'objet de surveillance des
pouvoirs publics car considérés comme des repaires d'anarchistes, de démagogues
et de rouges. Le premier étage du café Cartigny était le plus souvent utilisé
comme lieu de réunion pour préparer les élections, pour y faire l'éducation
démocratique des affiliés, pour y lire, y diffuser et y commenter les
nouvelles. Voici
le témoignage de l'admission à l'une de ces sociétés de Marius Germain,
cultivateur, âgé de 20 ans : “Je fus conduit dans le café Cartigny par
Louis Gueit. On me fit monter dans un appartement où on me banda les yeux.
Roubaud machiniste me prend la main, la place sur un couteau ou sur un poignard,
et je jurai haine aux tyrans, haine au clergé, haine à la royauté, d'aller
partout où les chefs me conduiraient et d'abandonner même mon père ma mère
et toute ma famille”. Déroulement
des événements à Pignans et sa région Mercredi
3 décembre 1851 Le
coup d'État est proclamé par voie d'affiches à Toulon Draguignan, Grasse
(ville du département du Var jusqu'au rattachement du Comté de Nice à la
France en 1860). Le préfet de Romand est bloqué à Draguignan. Au Luc les républicains
prennent le pouvoir. À Pignans le climat d'agitation s'installe. Jeudi
4 décembre 1851 Les
gendarmes de Pignans commandés par le brigadier Trastour sont assaillis à coup
de pierres. A Cuers la gendarmerie est désarmée après qu'un gendarme a été
tué et un autre blessé, le maire est arrêté, les locaux de l'enregistrement
saccagés et une municipalité révolutionnaire est mise en place, tout comme au
Luc et à Gonfaron. Vendredi
5 décembre 1851 Au
soir une foule de Pignantais se rassemble sur la place de la Foire et danse une
farandole sur l'air de la Marseillaise sous la conduite de Martin Portanier dit
Milan, cultivateur de 35 ans. Puis au premier étage du café Cartigny se tient
une récampade de diverses sociétés. Vers
10 heures, les insurgés conduits par Louis Martel (propriétaire et ex-marchand
de bois âgé de 39 ans) investissent la gendarmerie où les gendarmes se
rendent sans résistance. Les armes saisies sont déposées chez Achille Ravel,
ancien militaire nommé au cours de la réunion commandant de la Garde Nationale
de Pignans, puis un service de garde est organisé dans le village. Samedi
6 décembre Les
insurgés occupent l'Hôtel de Ville. Voici le récit qu'en fait le Juge de
Pais, Arene, de Besse, dans son rapport du 17 janvier 1852 : “Vers
les sept heures du matin, Martel demanda au sergent de ville Bouffard les clés
de la mairie. Il était suivi de plusieurs autres personnes. Monsieur Blanc
adjoint et Monsieur Vidal, secrétaire, se présentèrent. Martel leur dit :
"Les circonstances exigent une nouvelle administration de la Mairie, je ne
réponds de rien et nous aviserons sur ce qu'il y a à faire". Les clés
furent remises. Une commission composée de cinq membres s'installa à la
Mairie. Nous joignons une proclamation aux habitants de Pignans signée par les
membres de cette commission. Il fut signifié au garde champêtre Vérignon de
ne plus obéir qu'à Martel ; ce dernier recevrait les papiers adressés aux
autorités”. Voilà
la version des événements de la veille donnée par Louis Martel au cours de
son interrogatoire par le juge Melan : “Le
5 décembre, l'insurrection de Cuers avait déjà éclaté, un brigadier avait
été tué disait-on, et un gendarme blessé ; la veille disait-on, on avait tiré
des coups de feu à Gonfaron sur la gendarmerie de Pignans et on craignait à
chaque instant le passage d'une colonne insurrectionnelle, même de deux, l'une
venant de Draguignan, l'autre marchant sur Draguignan. Le brigadier de
gendarmerie de Pignans alla trouver mon ami Ravel et après lui avoir exprimé
l'impossibilité en pareil cas d'une résistance utile de la part des gendarmes
et la certitude d'être immolés si on les trouvait dans la caserne armés,
manifesta le désir de se voir retirer les armes. Mon ami Ravel lui fit observer
que sa maison et sa personne étaient à sa disposition et qu'il consentirait à
recevoir les armes de la gendarmerie que pour lui être utile et s'offre à les
lui rendre à son premier désir. En suite de cette convention, mon ami Ravel
vint me trouver et me pria de l'accompagner à la caserne, ce que je fis en
compagnie de Moutet, ébéniste, Roubaud, machiniste, Pellegrin, voiturier,
Isnard Joseph, cultivateur, et de deux autres dont je ne me souviens pas le nom.
Arrivés à la caserne, les armes nous furent remises sur récépissé comme il
avait été convenu”. Texte
de la proclamation. Pignans,
le 6 Décembre 1851 Concitoyens,
En
face des graves événements qui s'accomplissent tout autour de nous et qui nous
menacent de troubler la tranquillité publique, nous n'avons eu qu'à consulter
notre patriotisme pour nous vouer corps et âme à la difficile mission de gérer
les affaires publiques pendant le temps où le danger existera. Cette
mission qui nous a été confiée par le peuple, quelque pénible qu'elle e(s)t,
dangereuse qu'elle soit, nous paraîtra facile à accomplir si vous nous prêtez
votre concours. Maintenir
l'ordre, voilà notre seule ambition. Si les noms qui figurent au bas de cette
proclamation ne vous inspirent pas assez de confiance, nous sommes prêts à résigner
notre mandant. Le
peuple est souverain, qu'il parle et nous obéirons. Les
membres du conseil municipal Roubaud
Joseph, Isnard Joseph, Mouttet Alexis, Ravel Achille Salut
fraternel Pour
copie conforme Le
Maire provisoire L.Martel Cette
proclamation fut écrite par Julien Andriou, instituteur d'une école privée,
âgé de 22 ans, qui la veille avait participé au désarmement des gendarmes en
qualité de chef de section. Ce
samedi les insurgés de Pignans rejoignent ceux de Gonfaron, les Mayons, le
Cannet, Brignoles et Flassans, au Luc sous la direction de Louis Martel et
Achille Ravel. Vers
18 h environ 800 hommes arrivent à Vidauban. Vers
20 h ils se regroupent avec les républicains venus du golfe de Saint Tropez et
la garde Freinet. L'ensemble est dirigé par le journaliste Camille Duteil. Dimanche
7 décembre Sous
le commandement du Colonel Travers et du préfet Pastoureau (nommé en
remplacement du préfet de Romand retenu à Draguignan) le 50e de
ligne envahit Pignans, arrête plusieurs républicains et met fin à la
municipalité insurrectionnelle. Une
compagnie va occuper le village pendant plusieurs jours. Il en coûtera 300 f à
la commune pour frais de nourriture, de chauffage et d'éclairage. Du
9 au 13 décembre. C'est
la défaite des républicains qui se solde par plusieurs exécutions et plus de
3000 arrestations. Dimanche
14 décembre Ce
jour le Juge de Paix de Besse adresse un rapport au Préfet Pastoureau, à
propos de son canton. En voici un extrait : “Monsieur
le Préfet J'ai
l'honneur de vous exposer que le canton de Besse est un de ceux où les
niveleurs sont en grande majorité. S'il est vrai de dire que des crimes,
pendant ces jours de terreur n'ont pas été commis dans les communes
environnantes, il n'en est pas moins vrai que le spectre rouge a été vu dans
les rues, promené par des commissions de salut public. Ce
canton de Besse composé de cinq communes est sous la surveillance de trois
brigades différentes, le chef-lieu est loin des autres communes, les
correspondances sont peu faciles, les administrations y sont en général liées
au socialisme le plus pur, les hommes d'ordre peu nombreux que l'on y compte,
sont sous le coup de l'épouvante et de l'effroi. Au
nom de tout ce qu'il y a de pur dans nos communes, au nom de la tranquillité
des familles, au nom de la sécurité des propriétés, il est urgent que des
colonnes mobiles visitent nos bourgades et fassent renaître l'espérance et la
vie dans les cœurs honnêtes. Nous
serions heureux, si avant le jour des élections nous voyions poindre des baïonnettes”. Mardi
16 décembre Vers
1h de l'après-midi, le capitaine Blondel, commandant de la gendarmerie du Var,
arrête une quinzaine de Pignantais, ce qui porte le nombre d'arrestations à
une trentaine. Samedi
20 - dimanche 21 décembre Les
électeurs pignantais comme tous ceux de France se prononcent sur le plébiscite
de L.N.Bonaparte les invitant à lui confier le mandat de diriger la
constitution. 7
millions et demi de Oui, 640.000 Non, 1,5 millions d'abstentions, le coup d'État
de Louis Napoléon Bonaparte est légitimé par le suffrage universel. Bilan
des condamnations des Pignantais. Condamnés
à des peines d'internement. Bastide
Justinien, cultivateur de 28 ans Bonnifay
Maurice, perruquier, fabricant de chaises, 46 ans Bouffier
Julien, cultivateur, 30 ans Clegue
André propriétaire, 47 ans François
Fortuné, tonnelier, 61 ans Francoul
Louis German
Casimir, perruquier, 28 ans Imbert
Louis, cultivateur, 23 ans Isnard
Joseph, cultivateur, 30ans Jupier
Paul Maximin, cafetier, 54 ans Meissonnier
Adolphe, cafetier, 39 ans Mouttet
Alexis, menuisier, 28 ans Pellegrin
Léon, cultivateur, 28 ans Pigmalion
Joseph, cultivateur, 28 ans Raynaud
Marius, cultivateur, 37 ans Roubaud
Joseph, machiniste, 27 ans Des
peines plus sévères furent prononcées contre : Martel
Louis, propriétaire, 39 ans, meneur principal de l'insurrection Ravel
Achille, propriétaire, 42 ans, chef de la garde nationale du temps de
l'insurrection Durand
Adrien, agriculteur, 40 ans Serret
Louis, marchand, 24 ans, fut lui condamné à trois ans de bannissement et
expulsé en Toscane le 3 avril 1852. Le
plus durement touché fut Julien Andriou qui avait le 12 octobre 1851 ouvert une
école privée et qui le 5 décembre avait en qualité de chef de section désarmé
les gendarmes de Pignans. Il lui fut notamment reproché “d'avoir le 6 décembre
1851, donné vacance à ses écoliers et d'avoir rempli les fonctions de secrétaire
du sieur Martel Louis, maire provisoire, et d'avoir fait des copies de la
proclamation municipale provisoire relative à l'appel au peuple de Pignans”. Arrêté
courant décembre 1851, il est interrogé le 19 janvier 1852 par le juge Melan
à Brignoles et interné le 20 janvier 1852 au Fort Lamalgue de Toulon. Il
est ensuite condamné par la commission mixte à la déportation en Algérie. Le
10 avril 1852, une pétition est adressée au préfet Pastoureau par plus de
cinquante propriétaires de Pignans dont le maire M.Davin Joseph : “Nous
soussignés propriétaires domiciliés à Pignans (Var) certifions que le nommé
Jean-Baptiste Andriou, cultivateur âgé de 62 ans et Augustine Rosalie Broquier
son épouse, âgée de 60 ans, sont l'un et l'autre atteints d'infirmité et
dans un état d'indigence absolu et sont enfin de bonne vie et mœurs.
Certifions aussi que le nommé Julien Andriou, leur fils, instituteur âgé de
22ans, détenu et condamné par la commission spéciale mixte à être transporté
en Afrique était leur unique et indispensable soutien et qu'il a tenu une
conduite exempte de reproches jusqu'au moment où il a eu le malheur de se
laisser entraîner par le parti insurrectionnel”. Malgré
cette pétition, le 23 avril 1852, Julien Andriou est embarqué pour l'Algérie.
En 1854, il est de retour à Pignans et figure sur les listes de surveillés
politiques. 16
mai 1855, il décède à 1h du matin. La
plupart de ces condamnés bénéficient de mesures de clémence : durées de
peine écourtées et commuées en surveillance policière. Le
2 décembre 1852, Louis Napoléon Bonaparte fut proclamé empereur héréditaire
des Français et prit le nom de Napoléon III. Après
la capitulation de Sedan du 2 septembre 1870, le 4 septembre la République fut
proclamée. A
Pignans, le 9 décembre 1870, le Maire de Pignans Davin Gustave fils de Davin
Joseph maire du temps des événements de 1851, au cours d'une réunion du
Conseil Municipal, donne lecture d'un arrêté du nouveau préfet, M.Cotte,
mettant fin aux fonctions du Maire, de ses adjoints, des conseillers municipaux
et installant une commission provisoire chargée d'administrer la commune. Dans
cette commission figurent Louis Serret, Adrien Durand, Joseph Roubaud, Alexis
Mouttet, Joseph Isnard, anciens insurgés de décembre 1851. Belle revanche de
l'histoire. Jean Claude BABOIS d'après
une recherche de M et Mme LINDER (des Amis du Vieux Pignans) aux Archives
Municipales de Pignans et aux Archives Départementales à Draguignan. |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |