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UN
TOMBEAU DIFFÉRENT
Photo
Françoise Deixonne
Si vous en avez l’occasion, vous pourrez voir, dans le petit cimetière
de CEBAZAN, un tombeau qui tranche, par sa décoration, sur les sépultures
environnantes. Il s’agit du tombeau de la « Famille
Pierre MIQUEL ». Son fronton porte un casque à visière. Quelle
explication à cette particularité ? Il s’agit du tombeau d’un
proscrit de 1851. C’est
que les événements de 1851/1852 ont marqué fortement l’HERAULT et le
Biterrois, tant par l’opposition au coup d’Etat de Napoléon III que par la
répression qui s’en est suivie.
Rappelons brièvement la situation. En décembre 1848 Louis Napoléon
Bonaparte est élu Président de la République. C’est la Deuxième République
laquelle, avec la Révolution de Février 1848, a succédé à la Monarchie de
Juillet.
Le Prince-Président est coincé par
la Constitution. Il ne peut pas se représenter aux élections, prévues pour le
printemps 1852, élections qui doivent permettre, outre la désignation d’un
nouveau Président de la République, le
renouvellement de la chambre des Députés. Aussi, le 2 Décembre 1851, jour
anniversaire de la victoire d’AUSTERLITZ, Louis Napoléon dissout l’Assemblée
Nationale, décrète l’état de siège, annonce un plébiscite et rétablit
dans son intégralité le suffrage universel, mis à mal par la Loi du 31 Mai
1850.
En fait, hors l’aspect positif du rétablissement du suffrage
universel, c’est un pouvoir autoritaire qui se met en place et qui va évoluer
vers la restauration de l’Empire. A l’image du référendum du Général De
GAULLE en 1958, le plébiscite du 21 décembre 1851 légitimera le coup d’Etat.
A PARIS la résistance est faible. Elle est plus forte en province,
notamment dans l’HERAULT, à BEZIERS et BEDARIEUX par exemple indique l’Encyclopédie
Universalis qui ajoute . « Cette
opposition sera vite réduite ; 32 départements furent mis en état de siège,
27 000 arrestations opérées. Des commissions mixtes... condamnèrent 10 000
prisonniers à la transplantation, la plupart en ALGERIE ; 239 furent envoyés
aux travaux forcés à CAYENNE. ».
Parmi ces derniers se trouve Casimir PERET, Maire de BEZIERS, qui après
quelques hésitations, avait pris la tête d’une manifestation contre le coup
d’Etat. On sait qu’il périt en mer en tentant de s’évader du bagne. Ce
que l’on sait moins c’est que, dans les familles républicaines du
Biterrois, le prénom de « Casimir » était donné au fils aîné.
A PREMIAN les gendarmes se postent à l’entrée des usines et, sur un
signe de tête des patrons, embarquent
les ouvriers suspects de s’être opposés au futur Napoléon III. On peut
imaginer que ce sont les mêmes qui organisaient la lutte revendicative dans les
entreprises. On peut voir, sur la commune voisine de RIOLS, une stèle,
longtemps restée dans les broussailles, mais aujourd’hui parfaitement dégagée
et accessible en voiture, érigée en hommage aux Proscrits de 1851, à
l’endroit où s’était tenue une réunion pour la défense des droits de
l’Homme.
Un cahier journal, rédigé, dans une langue populaire, par un Républicain
de Saint THIBERY, SINGLA, qui avait connu la transportation en ALGERIE, avait été
trouvé sur un marché aux puces par Claire TOREILLES, une agrégée qui avait
enseigné plusieurs années à HENRI IV. Elle en avait fait en son temps une étude
détaillée.
L’examen des documents nous apprend que CEBAZAN est une des communes
qui, proportionnellement à leurs populations, comptent le plus de déportés.
Parmi eux se trouve Pierre MIQUEL, un propriétaire aisé si on considère
l’importance du tombeau qui a été construit pour lui et les siens. Après
le désastre de SEDAN, la déchéance de Napoléon III et la proclamation de la
République, prononcées par le Corps Législatif le 4 Septembre 1870 (à
BEZIERS la Rue du 4 Septembre commémore l’événement !), Pierre MIQUEL
sera, comme l’ensemble des proscrits, réhabilité. Il recevra la pension
allouée, à partir de 1881, aux victimes de la répression. Après sa mort sa
veuve en jouira et, comme elle vivra longtemps, elle sera la dernière de l’HERAULT
à être inscrite sur la liste des bénéficiaires. Une collègue
habitant BERLOU m’a signalé posséder un tout petit bout de terrain attribué
(par la commune ?) à un ancêtre proscrit, en compensation du préjudice
subi. Un habitant de MONTOULIERS, rencontré au cours d’une randonnée pédestre,
nous a dit qu’un de ses ancêtres avait été déporté à CAYENNE et qu’après
la proclamation de la République on lui avait octroyé un Bureau de Tabacs. La
famille conserve un œuf d’autruche rapporté de sa déportation. Je tiens
les informations concernant Pierre MIQUEL de son petit-fils, lequel a fini sa
vie à CESSENON. Il m’avait raconté qu’à la mort de son grand-père on
avait cherché une sculpture pour son tombeau. On avait finalement choisi un
casque parce qu’il était un... guerrier...
avait il dit. Je préférerais le mot de combattant
et j’ajouterai même de
la Liberté. Ce petit-fils est d’ailleurs enterré dans ce même tombeau
et sa plaque mortuaire ne manque pas d’originalité : elle est en forme
de Fer à Cheval ! Jacques
CROS |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |