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communication
au Colloque de Montpellier 18 et 19 septembre 1998, publiée dans De
la Révolution au coup d’État (1848-1851, les répercussions des événements
parisiens entre Alpes et Pyrénées). Actes du colloque des 18 et 19 septembre
1998, Université Paul-Valéry -
Montpellier III, 1999 Quelques remarques sur l'usage de la langue d'Oc dans la propagande démocrate-socialiste Je
propose ici quelques remarques sur l'usage de l'idiome natal par les démocrates-socialistes,
dans les départements de langue d'Oc touchés, fin 1850, par la répression du
"complot de Lyon", soit approximativement le grand Sud-Est. Cette
interrogation s'inscrit à la fois
dans le droit fil d'un travail personnel, depuis longtemps entrepris,
d'inventaire et de mise en perspective historique des textes "non littéraires"
en langue d'Oc, et de l'activité de 1851-2001 - Association pour le 150ème
anniversaire de la résistance au coup d'Etat du 2 décembre 1851[1]
. Cette étude
n'a rien de définitif. Je réserve pour une publication ultérieure l'étude de
la situation de la démocratie-socialiste marseillaise, particulièrement
complexe. En ce qui concerne le reste de la zone, le dépouillement de certaines
séries et publications a été systématique, pour d'autres j'ai procédé par
survols et sondages. Il m'apparaît cependant que, pour l'essentiel, les
remarques qui suivent indiquent les grandes tendances Cette étude
gagnera à être confrontée aux études similaires (qui pour l'essentiel
restent à faire) sur d'autres zones de langue d'Oc et plus largement sur les régions
où le français officiel n'était pas langue "naturelle" du peuple :
au premier chef les autres départements impliqués dans le complot de Lyon
(zone de parlers francoprovençaux). La zone
d'expression occitane du grand Sud-Est m'est apparue intéressante à plusieurs
égards : - Malgré
la répression de 1850, elle va être un épicentre majeur de l'insurrection de
1851 (Basses-Alpes, Drôme, Hérault, Var tout particulièrement, mais aussi Ardèche,
Aveyron, Gard, sud des Hautes-Alpes, est du Vaucluse, quelques localités des
Bouches-du-Rhône). Preuve s'il en est de l'efficacité de la propagande et de
l'organisation de la Jeune Montagne dans cette zone. - Même
si le français est compris du plus grand nombre, la langue d'Oc y est encore
majoritairement la langue quotidienne. Elle est souvent encore la langue unique
des campagnards. Dans une
situation politique nouvelle (suffrage universel masculin, nécessité de
convaincre le plus grand nombre malgré une répression de plus en plus dure),
la Jeune Montagne a-t-elle estimé utile de recourir à l'idiome natal pour
mieux se faire entendre de l'électorat populaire, et tout particulièrement de
l'électorat rural ? Au delà d'un usage de communication directe, a-t-elle tenté
de dignifier le peuple en dignifiant sa langue ? Ou au contraire a-t-elle
jugé que la différence de langage était un facteur potentiel de division de
l'unité nationale ? Bien évidemment,
ces questions sont à envisager en tenant compte de la complexité d'une
organisation (légale et semi-clandestine) unie dans une idéologie et des
perspectives nationales, organisée à la fois verticalement et horizontalement,
et où la cohésion nationale se fonde d'une forte autonomie départementale,
structurée le plus souvent autour d'un journal départemental. - Cette
zone est traditionnellement une pépinière d'écrivants d'Oc, elle possède des
foyers importants et rayonnants de publication, Marseille au premier chef. Ici
est née la "littérature sociale" dans l'idiome, avec Victor Gelu, le
chantre de la plèbe marseillaise. - Mais
cette zone connaît aussi depuis la Restauration, un rassemblement "renaissantiste"
des écrivants dans l'idiome, les Troubaires, et plus particulièrement
dans les années 1840 avec Lou Bouillabaisso, l'hebdomadaire de Joseph
Desanat (1796), courtier de
Tarascon fixé à Marseille, abondant versificateur et
libéral engagé. De ce rassemblement (inexistant dans les autres zones
de langue d'Oc), le poète Roumanille (1818) (par ailleurs légitimiste proclamé)
envisage depuis Avignon de faire un véritable mouvement littéraire. Mais quels
que soient les engagements politiques des uns et des autres, avant 1848 le choix
de l'écriture d'Oc, choix marginal d'une écriture minorée, sinon méprisée,
n'est pas connoté politiquement. S'y retrouvent des écrivants de toutes
opinions. Si la
plupart de ces Troubaires du Sud-Est ont conscience d'appartenir à un
vaste ensemble linguistique, la "langue romano-provençale" ou langue
d'Oc, parlée de Bordeaux à Nice, de Limoges à Montpellier, en fait la zone de
diffusion du Bouillabaisso (Provence, Languedoc oriental, sillon
rhodanien) est tout au plus par ses départements languedociens en contact avec
la zone d'influence de Jasmin (qui à l'occasion vient déclamer en Provence).
Au delà, la communication pan-occitane est rare ou inexistante. Il n'en
reste pas moins qu'en Languedoc oriental comme en Provence l'usage de la langue
peut se situer aux confins du nationalitaire et du social : langue du peuple,
mais aussi langue d'un Peuple[2].
Dans les urgences militantes, les activistes de la Jeune Montagne méridionale
pouvaient-ils appréhender ce problème ? Problème
qui ne se posait pas aux militants de la zone francoprovençale des départements
du Complot de Lyon : l'écriture "patoise" est présente avant
1848, y compris de façon très engagée[3],
mais ne connaît ni traditions ni perspectives renaissantistes. 1848.
Depuis des générations, l'événement a relancé, en la justifiant d'efficacité
politique ou de mise en représentation du peuple, l'écriture de l'idiome natal[4]. Février
ne contredit pas cette donnée. Importante dans les premières années 1840, la
publication en langue d'Oc s'était
quelque ralentie, notamment avec la disparition du Bouillabaisso. La brève
phase unanimiste suscite une poussée de publications. Pour saluer la jeune République
par la brochure, la feuille volante, la présence occasionnelle dans le journal,
les plumes "patoises" ne manquent pas de Grasse à Narbonne, en
passant par Toulon, Marseille (où l'union légitimiste-républicaine porte même
à la députation un troubaire, le portefaix Mérentier), Avignon, Le
Bourg Saint-Andéol, Nîmes, Sète, etc... (A noter que le jeune Mistral salue
la République en français). Dans cette floraison de textes dont les auteurs
sont le plus souvent anonymes et manifestement populaires[5],
les écrivants confirmés ont leur place, mais tous n'y figurent pas : Gelu se défausse
par exemple, et le légitimiste Roumanille s'abstient... Après
les journées de Juin, sanglantes à Marseille, et la fin de l'unanimisme, les
saluts des Troubaires à la République s'accompagnent d'engagements
politiques éclatés. Devant ses compatriotes de Tarascon (un fief de la démocratie
avancée) le bon républicain Desanat dénonce les Blancs, souhaite la République
de la réforme, il condamne les socialistes[6],
sans pour autant atteindre à la haine anti-rouge manifestée dès 1848 et sans
cesse réaffirmée par certains troubaires populaires marseillais comme
Marius Clément, abondant auteur de chroniques versifiées vendues par
fascicules, ou le serrurier Caillat. Les pesanteurs conservatrices sont évidentes
dans la distance ironique prise avec la République chez des troubaires
plus "bourgeois", comme les Marseillais Bellot et Benedit.
Certains
troubaires se défaussent, en utilisant la formule consacrée du
dialogue, pour mettre plaisamment en situation les arguments des partisans et
des déçus de la République, des Modérés et des "Rouges"[7].
Parmi
les Troubaires que Lou Bouillabaisso avait fait connaître dans
les années 1840, rares sont ceux qui après juin manifestent un engagement démocrate
résolu : le plus connu est sans doute le potier de terre de Clermont l'Hérault,
J.A. Peyrottes (1813)[8]. En fait,
la production "républicaine" occitane, qui se trouvait fort bien de
la phase unanimiste, n'est pas à son aise dans un étape nouvelle où les
conflits s'aiguisent. On suit par exemple chez Desanat le tarissement de la
production politique au fur et à mesure que le conflit Blancs - Républicains
se double du conflit républicains modérés - Montagne rouge. Desanat annonçait
après Février un grand projet d'écriture républicaine[9]
qui sera vite abandonnée au profit d'un
retour à la poésie de pure distraction dès 1849. Peyrottes,
beaucoup plus engagé à gauche que Desanat, assure une présence héraultaise
occitane régulière (vers, chansons) dans L'Indépendant, mais il semble
troublé et découragé par la tournure que prennent les événements après la
terrible secousse du printemps 1849. Après
l'élection présidentielle de décembre 1848, le courant montagnard se
structure, avec l'objectif de gagner rapidement la majorité des électeurs. Dès
lors, comment ignorer que le peuple parle "patois"[10] ?
Les archives attestent abondamment de traces de l'intervention orale en langue
d'Oc, de la part des militants et missionnaires montagnards, tout comme de la création
populaire de chansons, dont certaines deviennent de véritables signes de
ralliement : ainsi de La Cougourdo[11].
Mais le
passage à l'écrit et à la publication est une autre affaire. Dans la presse démocrate-socialiste,
la place de "l'idiome natal" est peu importante en occupation
d'espace. Ce qui ne signifie pas que cette présence n'ait pas d'importance.
Dans les cercles et chambrées populaires, la lecture à haute voix du journal
en français est un événement collectif, porteur de conscientisation
politique. Elle s'inscrit aussi dans une revendication majeure de la Montagne,
l'instruction, et avec elle le souci de dignifier le peuple, à travers la nécessaire
acquisition et maîtrise du français. Dans ce
contexte, la lecture du billet occasionnel en occitan sera lu avec d'autant plus
de plaisir qu'il renvoie les locuteurs, à travers leur parole naturelle, à
leur culture : une culture de l'oralité, de l'argumentation dans le
dialogue, de la sentence versifiée, de la plaisanterie codée, etc. Mais cette
présence de l'occitan, suivant les sensibilités, peut aussi apparaître comme
une concession aux forces rétrogrades et passéistes. Ainsi,
dans certains départements, la présence de l'occitan est nulle ou pratiquement
inexistante dans la presse démocrate. Le cas le plus extrême du refus du
patois est sans doute celui de L'Indépendant des Basses-Alpes, créé en
1850 par Langomazino[12].
L'ancien forgeron de l'arsenal de Toulon, licencié pour faits de grève en
1845, est devenu révolutionnaire professionnel, après avoir vécu à Marseille
où il s'occupa activement de l'Athénée Ouvrier. Envoyé comme missionnaire
montagnard dans les Basses-Alpes par Laponneraye, responsable de La Voix du
Peuple de Marseille, le grand journal démocrate de la Provence, il est une
des chevilles ouvrières de la "conversion" du département à la démocratie
socialiste. Certes,
la vie de L'Indépendant a été courte, la série conservée n'est pas
complète, mais la lecture du journal révèle une distance absolue prise avec
le "patois". Tout est français, sauf quelques flèches décochées à
l'adversaire, qualifié de "mange mégines"(mangeurs de fressure).
Significative aussi est la présentation du docteur Honnorat, de Digne, bien
connu des défenseurs de la langue d'Oc par son dictionnaire et son entreprise
de rénovation graphique. Pour Langomazino, Honnorat, le vieux légitimiste qui
déchire les affiches démocrates, n'est "célèbre dans notre département
que pour avoir donné son nom à une espèce de papillon, sans doute nocturne ;
pour avoir commis un incommensurable vocabulaire en français de cuisine et
patois de tous les pays". Pour
Langomazino, belle figure d'autodidacte-poète, la dignité du poète-ouvrier
passe par le français. Ce sont les poètes-ouvriers engagés d'expression française
(Funel à Toulon, Bondilh à Marseille) qu'il présente dans son Indépendant,
et non ceux d'expression provençale, alors qu'il a rencontré les uns et les
autres à Toulon et à l'Athénée Ouvrier de Marseille. Langomazino
est sans doute, de ce point de vue, en phase avec la sensibilité de nombreux
militants. En témoigne, par exemple, le
carnet des chants de transportés, tous français, conservé par Marcelle
Ailhaud, des Mées, descendante d'un proscrit bas-alpin[13]. Ce qui
ne signifie en rien que le provençal ne soit pas utilisé dans la propagande
orale des leaders montagnards du département[14]. Le parti
de l'Ordre semble avoir compris en premier l'intérêt d'un usage écrit de la
parole populaire. L'exemple
le plus évident est sans doute celui du Var, où le préfet de combat,
Haussmann, a confié à son chef de cabinet, l'avocat légitimiste Hippolyte
Maquan (1814), le soin de toucher les ruraux en provençal. Ce que Maquan fera
dans des dialogues publiés dans le très officiel Conciliateur du Var et
envoyé aux cercles et chambrées. Dialogues effrayants de méchanceté et de
calomnies anti-socialistes[15]. Maquan
avait été avant 1848 rédacteur en chef de La Gazette de Vaucluse où
il avait accueilli des poésies de Roumanille. En 1849, c'est Roumanille qui
publie dans son journal La Commune les “pochades politiques” varoises
de Maquan, transcrites en parler rhodanien. Roumanille poursuivra en mettant au
service de son engagement "blanc" son propre plaisir d'écriture et un
talent déjà confirmés. Quand
elle existe, l'intervention démocrate-socialiste dans l'idiome apparaît au départ
comme une réponse à ces initiatives du parti de l'Ordre. Le cas est net dans
le Var et d'une certaine façon dans l'Aveyron, par exemple. Cette réponse
n'est pas générale. Par exemple, les interventions provençales dans le
journal vauclusien de Roumanille, ne suscitent guère dans le sillon rhodanien
de réactions sur le même registre. Les
auteurs rhodaniens connus comme républicains ne se manifestent guère.
Opportunisme ? Il est vrai que beaucoup avaient fréquenté Roumanille dans les
tentatives de regroupement de poètes provençaux avant 1848, et gardaient avec
lui des relations de sympathie. D'ailleurs, tout en s'affichant politiquement,
Roumanille poursuit en 1849 son entreprise de rassemblement poétique
apolitique, et lui donnera une première concrétisation en 1850. Mais en
dehors de ce cénacle, des écrivants démocrates en vue, qui ne pouvaient
ignorer les productions vauclusiennes du parti de l'Ordre et des Blancs, ne répondent
pas vraiment en langue d'Oc. Ainsi
Pierre Germain Encontre (1809)[16],
qui tient un cabinet de lecture à Nîmes : il qui s'est fait connaître par son
écriture occitane dans les années 1840. Conscientisé politiquement en 1848,
il donne bien quelques textes engagés en langue d'Oc jusqu'en 1849, mais privilégie
dorénavant le français. Le choix est significatif, car Encontre est un vrai
militant, qui paye son activité d'une dure répression. Ainsi le
poète provençal Charles Dupuy, de Carpentras (1801), directeur de
Pensionnat à Nyons (Drôme), qui connaît personnellement Roumanille, avec qui
il avait déjà durement polémiqué avant 1848 en matière provençale. Il
intervient bien évidemment en français dans la presse démocrate de Lyon. Mais
ce militant en vue (qui devra s'exiler en 1851) privilégie le français dans
ses interventions dans la presse démocrate de Vaucluse et de l'Hérault. En ce
printemps 1849 où se déchaîne contre les Rouges la propagande officielle et
celle des Blancs, la riposte doit pourtant faire feu de tout bois. Le recours à
la langue du peuple " procède de cette urgence, mais il se fera en dehors
de la sphère des poètes reconnus, défaillants à l'exception relative de
Peyrottes. Significativement,
cette présence de l'idiome dans la presse démocrate se rencontre au plus loin
de l'axe rhodanien où s'esquissait la renaissance littéraire et la querelle
graphique. L'Aveyron républicain et Le Démocrate du Var sont le
support de deux entreprises de conscientisation, menées avec persévérance par
des militants décidés (et qui sauront prendre leurs responsabilités en décembre
1851). Il s'agit clairement, en prose comme en vers, de toucher "les
Electeurs de la Campagne" dans leur langue et leur culture de l'oralité,
du récit, du dialogue. Les textes d'argumentation ne sont pas présentés à la
façon d'un éditorial en français, mais passent toujours par l'intermédiaire
d'un personnage familier. Par contre les chansons portent puissamment, dans la
parole collective anonyme, le message global de l'espérance rouge. L'intervenant
de l'Aveyron est Auguste Rozier (1801), géomètre-expert de Sauveterre[17],
actif et influent propagandiste dans le Sud-Aveyron, qui s'inspire de la présence
patoise dans le conservateur Journal de l'Aveyron. Il signe d'abord de
différents pseudonymes "campagnards", mais affiche ensuite sa véritable
identité. Dans le
Var, la publication en langue d'Oc est une réponse directe à l'entreprise du
préfet. Charles Dupont (1816), clerc de notaire à Hyères, est un responsable
départemental influent de la démocratie socialiste, chargé de la visite des
chambrées et de l'organisation des sociétés secrètes, il assure la liaison
avec la Jeune Montagne de Marseille et de Lyon, et avec Gent. Il écrit sous le
pseudonyme de Cascayoun (le grelot), paysan d'Hyères[18]. Il ne semble pas que la Montagne ait sollicité ces plumes. Leur apparition procède du même "entrisme" qui poussait avant 1848 les auteurs occitans (apolitiques) à se faire connaître à travers la presse en français. Mais cette fois l'entrisme est politique, et on ne connaît pas aux intervenants d'interventions antérieures en langue d'Oc. La démarche
de Rozier et de Dupont, à n'en pas douter, procède d'un plaisir et de fierté
d'écriture en langue d'Oc. Dupont d'ailleurs publie en ouvrage une partie de
ses articles[19].
Etaient-ils pour autant renaissantistes ? La question n'est absolument pas théorisée
dans l'urgence de l'action. Ils prouvent le mouvement en marchant : la langue
est vivante puisqu'on l'utilise, en dignité familière et en communication
directe. On ne la nomme pas vraiment. "Je vais parler comme vous autres,
dit l'intervenant, afin que vous me compreniez mieux"... Notons que, si les
références à l'écriture "littéraire" d'Oc sont absentes, Rozier règle
quand même d'une certaine façon son compte à Jasmin qui va parader devant les
puissants et les riches. Ces
initiatives ont-elles eu un effet d'entraînement au plan de l'écriture ? Dupont
demeure pratiquement seul dans Le Démocrate du Var. Un militant démocrate
actif comme Alexandre Poncy, le maçon toulonnais qui en 1844 saluait en provençal
le passage de Flora Tristan, ne se manifeste pas. Par contre, Rozier a des
disciples dans L'Aveyron républicain, y compris des instituteurs. Il est
difficile de mesurer l'effet d'entraînement sur les journaux démocrates des
autres départements. Les
structures "horizontales" de la Montagne impliquent un échange
important entre les journaux démocrates départementaux, échange manifesté
par de nombreuses références et citations. Les références aux initiatives
"patoises" d'autres départements, voire leur reprise ou utilisation,
semblent peu nombreuses. Mais, quand elles existent, elles ne procèdent pas
seulement d'une proximité géographique. On reprend des textes de l'Aveyron
dans le journal démocrate du Tarn et on va jusqu'à une publication commune[20].
Mais on peut aussi, comme en Provence, ignorer parfaitement ce que fait le
voisin, même s'il s'agit d'un militant responsable chargé des contacts interdépartementaux.
La différence dialectale a-t-elle poussé à cette limitation des échanges ?
Il est évident qu'elle a pu être un prétexte pour des responsables peu
favorables à l'utilisation du "patois". A noter également que pour
des journaux qui couvrent plusieurs départements, comme La Voix du Peuple
de Marseille, cette réticence peut être accrue. Mais quand les responsables
sont vraiment intéressés, la différence dialectale ne joue pas. Ainsi des
textes de l'Aveyron sont repris dans la presse démocratique de Bayonne[21].
Comment mesurer l'impact de cette écriture dans l'idiome ? Des témoignages contemporains, y compris officiels, le jugent important. Et de fait le Var s'est massivement soulevé lors du coup d'Etat. L'Aveyron a surtout bougé au Sud, où la Jeune Montagne était active et organisée. Mais Rozier écrivait pour tout le département. Et dans des départements où la levée en masse de décembre 1851 a été impressionnante (Basses-Alpes, Drôme), le rôle de l'écriture dans l'idiome semble avoir été des plus faibles. C'est
donc à un autre niveau qu'il faut situer l'intérêt de l'intervention de
militants comme Dupont et Rozier, celui de la réflexion ou de l'absence de réflexion
sur la culture populaire, son présent et son avenir, sur la dialectique de
cette culture et de l'acculturation à la culture nationale. René
Merle [1]
Siège social et contacts :
Association 1851-2001, Mairie, 04190, Les Mées. [2]
Sur l'ensemble de ces
questions, cf.René Merle, Une mort qui n'en finit pas, l'écriture de
l'idiome natal, des Lumières à la naissance du Felibrige, (Sud-Est français
et Italie de langue d'Oc, zone franco-provençale de France et de Suisse).
Nîmes, M.A.R.P.O.C, 1990. [3]
Cf. René Merle, Fernand Rude, G.Roquille, Breyou, 1834, Toulon,
S.E.H.T.D, 1989. René Merle, Luttes ouvrières et dialecte. Guillaume Roquille,
Rive-de-Gier, 1840.
Toulon, S.E.H.T.D, 1989. [4]
Cf.René Merle, L'écriture
du provençal de 1775 à 1840, inventaire du texte occitan, publié ou
manuscrit, dans la
zone
culturelle provençale et ses franges, Béziers, C.I.D.O. 1990,
(thèse, Montpellier, 1987). [5]
Cf. Antoine Tramoni, Choses
vues à Toulon en 1848. Croquis, dessins et textes de Pierre Letuaire
(1798-1885), A.D.Var, 1998. [6]
Joseph Desanat, Souvenenço d'un Banquet démocratiqué et fraternel, A
Tarascoun, lou 8 décembré 1848, Beaucaire, Raymond, 1848. [7]
Cf. par exemple Auguste Deidier, Jean que plouro et Jean que ris,
dialogue, Marseille, 1848. Un Blu et un Rouge. Dialogo en vers
prouvençaous, per J. la Chico, Marseille, Chauffard (1848). [8]
Cf. Claire Torreilles, "La revendication identitaire de J.A.Peyrottes",
Revue des Langues Romanes, L'identité occitane, tome XC, 1986, n°2.
Nathalie Pistre, J.A.Peyrottes, mémoire de maîtrise, Montpellier,
1985 : précieuse bibliographie in fine des textes de Peyrottes publiés
dans la presse de l'Hérault. [9]
Desanat annonce en 1848 Leis Républicano prouvençalo,
"Chansons nouvelles de circonstance en vers provençaux, par le citoyen
Désanat. Se vendent à Toulon, Arles, Beaucaire, Marseille, Avignon, Aix.
Arles, Imp. Hipp. Dumas". Au dos : "Publication mensuelle.
/.../ Ce recueil contiendra constamment de chansons nouvelles inédites
toutes palpitantes d'actualité républicaine". [10]
Cf. René Merle, "Dossier Var" in Association 1851-2001, Bulletin
n°2, 1998. [11]
Id. [12]
Sur l'itinéraire de ce militant important, cf. Dominique Lecœur, Louis
Langomazino ou le triomphe de la vérité, mémoire de maîtrise,
Montpellier, 1993. [13]
Archives Association 1851-2001. [14]
Cf. par exemple les discours et chansons évoqués in Gisèle Roche-Galopini,
Saint-Etienne les Orgues et la gloire de la Montagne, Les cahiers de
Salagon 2, 1994. [15]
Cf. extraits in René Merle, Inventaire du texte provençal de la région
toulonnaise, Six-Fours, G.R.A.I.C.H.S, 1986. [16]
Cf. Raymond Huard, Claire Torreilles, Du protestantisme au socialisme :
un quarante-huitard occitan, écrits et pamphlets de Pierre-Germain Encontre,
Toulouse, Privat, 1982. [17]
Cf. Jean-Paul Damaggio, Rozier chantait (1848-1851), Montauban, Les
Poches de Point Gauche, 1998. [18]
Cf. extraits in René Merle, Inventaire du texte provençal de la région
toulonnaise, Six-Fours, G.R.A.I.C.H.S, 1986. [19]
(Charles Dupont), Lettros de Micoulaou Cascayoun, Paysan d'Hyèros, oou
redactour doou Demoucrato doo Var, edicien revisto, Toulon, Vuouso Baume,
1850. [20]
L'Almanach Républicain à l'usage des paysans de l'Aveyron et du Tarn
pour l'année 1852, Toulouse, Janot, 1851, contenait des chansons en
occitan de Rozier. Il est saisi après le coup d'Etat. [21]
Sur ce foyer démocrate cf. Joan Eygun, "La Republica o l'Empèri :
pleiteis politics en Bearn de 1848 a 1852, en léger X.Navarròt e P.Gaston
Sacasa", Reclams, n°7-8-9, 1991. |
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines
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