LA RÉSISTANCE RÉPUBLICAINE AU COUP D’ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE 1851 EN AVEYRONMémoire de maîtrise présenté par GRÉGORY POUGET sous la direction de JEAN-CLAUDE SANGOÏ et JEAN RIVES septembre 2002 Deuxième partie : LA RÉPRESSION DU MOUVEMENT RÉPUBLICAINChapitre VI : Les transportés aveyronnais.B
- L’Algérie Algérie
Plus, Algérie Moins : des mots, des maux et un règlement. « En
Afrique, les transportés arrivaient condamnés à l’Algérie moins,
avec liberté du domicile, ou à l’Algérie plus, avec emprisonnement [1]».
Le règlement fait par le gouverneur d’Alger les répartit en trois catégories :
les internés dans les forts et les camps ; les hommes admis dans les
villages ; enfin les mieux traités, autorisés à entamer des
exploitations agricoles ou à résider dans des lieux qu’ils peuvent eux mêmes
choisir. Tous les arrivants appartiennent de droit à la première catégorie
d’internés dans les forts. Le Gouverneur Général se réserve seul le droit
de désigner les condamnés aptes à passer de la première catégorie dans la
seconde ou la troisième. Les critères sont d’une part l’obéissance aux
ordres, et d’autre part l’aptitude à remplir un emploi utile au développement
de l’Algérie, particulièrement dans le secteur agricole. « Après le débarquement on les concentrait tous à Birkadem[2]
et Douéra ; ensuite ils étaient répartis entre les camps-colonies, situés
souvent dans une région malsaine comme Ain-Sultan, ou dans des localités sans
cesse exposées à une incursion des Kabyles[3],
comme Beni-Mansour au pied du Jurjura. Oued-Boutan, Alzib-ben-Nehoud, la Boukiba,
Mers-el-Kébir, Mascara, Guelma reçurent aussi des condamnés [4] ». « La
transportation politique ne comportait pas le travail obligatoire ».
C’est du moins ce que pense le proscrit Mazenc, or c’est une erreur. Au début,
le règlement n’était peut être pas connu de tous et beaucoup se sont opposés
au travail. Aux
yeux des républicains, cette décision, revient à les considérer comme des
bagnards. F.Mazenc dit que les autorités cherchèrent à l’imposer aux
arrivants par la menace, par l’appât d’un salaire et la promesse d’une
prompte libération. « Le salaire, d’un franc par jour en général, était réduit
par les concussions des subalternes qui gardaient les transportés ou part
l’avidité des marchands privilégiés [5].» « Beaucoup refusèrent le travail[6] ;
on en fit repartir un certain nombre pour les Constantine les plus lointaines ;
d’autres, les plus rebelles, furent enfermés à la Casbah de Bône ;
plus tard on les conduisit à Lambessa [7]
.» Bône
et le camp des Caroubiers Après
des heures pénibles de traversée, le 10 mai, une heure avant le coucher du
soleil l’Eclaireur mouille dans la rade de Bône. Les hommes restent couchés
à bord, le pont ayant été recouvert avec des toiles pour les préserver de la
rosée, et ne sont débarqués que le lendemain. Ils sont conduits au camp des
Caroubiers près de Bône, où ils sont logés dans des baraques en planches,
qui ont servi pour la troupe. Les
transportés espèrent que l’exil algérien
« fermé d’un côté par la
mer, de l’autre par le désert », véritables « barrières
naturelles et infranchissables [8] »,
garantit suffisamment le gouvernement, pour que celui-ci leur laisse retrouver
la liberté en Afrique. Il n’en est rien, et ils sont obligés - du moins pour
ceux qui ont vu leur dossier pourvu de la mention « Algérie plus »
- de continuer le régime de la prison, dans l’enceinte d’un camp dont il
leur est interdit de franchir les limites. Des vivres militaires leur sont
distribuées[9],
et pour le coucher, ils reçoivent une couchette de grosse paille, un sac de
campement et une couverture de laine[10]. 800
prisonniers appartenant aux départements de l’Aveyron, du Gard, des Pyrénées
Orientales et de l’Hérault, se retrouvent ainsi détenus dans le camp des
Caroubiers[11]. La
plupart de ces personnes détenues
sont des hommes mais quelques femmes figurent également dans les convois [12]
. Toutes
les classes de la société s’y côtoient, l’avocat voisine avec
l’artisan, les propriétaires avec les ouvriers de tout métier et de nombreux
paysans[13].
Cet ensemble hétéroclite de proscrits, d’horizons et de fortunes diverses,
est amené à se découvrir, à se côtoyer, à vivre ensemble. Certains ont
emporté quelque argent avec eux, d’autres n’ont rien et survivent dans la
misère. F.Mazenc
fait état d’une initiative engagée pour leur venir en aide : un café
voit le jour dans le camp. Les bénéfices doivent servir à soulager les nécessiteux.
« On fit une mise de fonds de 25
centimes par homme ; on alla couper des branchages dans la campagne et on
construisit un gourby pour se mettre à couvert ; un petit matériel fut
acheté, un conseil d’administration nommé ; l’affaire fonctionna et
prospéra [14] .» Cette
affaire est un succès et le bénéfice s’élevant entre 200 et 250 fr. par
mois – selon ses dires - est distribué aux plus nécessiteux à raison de 20
centimes par homme et par jour. Les
difficiles conditions de détention sous une chaleur accablante n’entament pas
l’unité des proscrits qui mettent ainsi à l’épreuve leurs principes et y
répondent en faisant preuve de solidarité. De
Bône à Guelma Usés
par l’enfermement et la détention carcérale qu’ils connaissent depuis sept
mois, les proscrits aveyronnais n’espèrent qu’une chose, pouvoir sortir de
la prison. Vers le milieu du mois de juin 1852, une opportunité se présente.
Le commandant du camp des transportés fait un appel aux hommes de bonne volonté
– et surtout valides – en leur proposant d’aller travailler sur un
chantier d’infrastructure, à savoir la construction d’une partie de la
route reliant Bône à Guelma. A deux kilomètres de Guelma, le camp de
Guellaat-Bou-Sba les attend. « Il
se présenta environ 500 hommes appartenant à divers départements, et l’Aveyron
fournit son contingent pour cette expédition [15]. » N’ayant
aucune indication sur les conditions climatiques et sanitaires auxquelles ils
vont être confrontés, les hommes s’engagent dans l’inconnu tant est forte
chez eux la volonté de fuir l’enfermement de la prison. Il leur faut 2 jours
pour atteindre leur nouvelle destination. Le
camp est gardé par un lieutenant à la tête d’une soixantaine de soldats de
lignes[16]. « Guellaat-Bou-Sba comprenait une belle vallée couverte de prairies, un
ruisseau bordé de lauriers-roses en dessine le talweg. La vallée avait une
grande largeur : limitée à droite et à gauche par des coteaux en pente
douce couronnée de forêts, elle portait sur son versant de droite la route de
Bône à Guelma, qui se développait parallèlement au cours du ruisseau
[17] . » On
sent bien là le professionnel qui parle à travers la description de cette
contrée … mais aussi et surtout l’immense soulagement que ressent le
prisonnier lorsque s’offre à ses yeux un paysage vaste et lumineux et non
plus délimité et crasseux comme celui de la prison. Loin des conditions
malsaines des prisons, il se retrouve à l’air libre. Il respire enfin. Un
vent de liberté semble se lever … Les
escouades et les conditions de travail Si
ce changement est appréciable, ce n’est pas la liberté. Les transportés
plantent leurs tentes – où ils sont rassemblés au nombre de 8 – et
ramassent des herbes sèches pour faire leur lit. Pelles, pioches et brouettes
leurs sont distribuées. Les hommes s’attaquent aux travaux de terrassements nécessaires
à la route reliant Guelma à Bône. Divisés
en sections de 20 hommes appelées escouades, ils se choisissent un chef qui
sert d’intermédiaire avec les agents du pouvoir[18].
Elles sont chargées d’exécuter une tâche bien déterminée, pour un prix
forfaitaire fixé à l’avance[19].
Le chef dirige son équipe, fait l’appel de ses hommes et surveille leur
travail. C’est lui aussi qui reçoit les vivres et en assure la distribution.
Chaque section a aussi un cuisinier qu’elle se choisit. « Quand
la tâche – défrichement, terrassement, construction d’un morceau de route
– était finie, l’escouade s’en voyait « proposer » (ou
« imposer ») une autre, et on discutait le prix avec le commandement
du camp [20] ». Après
prélèvement par l’administration d’une certaine somme, représentant le coût
de l’entretien des hommes[21]
et le remboursement des avances faites en nature (habillement et matériel du
campement) les sommes ainsi gagnées par l’escouade sont partagées entre les
membres qui la composent. Chacun peut ainsi se constituer un petit pécule et
envoyer un peu d’argent à sa famille. En pratique les choses ne se passent
pas toujours ainsi. F.Mazenc rapporte un conflit qui oppose les proscrits au
lieutenant. Ils se plaignent du détournement de l’argent qui doit leur
revenir ainsi que de leurs conditions d’internement[22].
La force comme la discussion ayant été vaine, le lieutenant doit se résigner
et lâche un peu de lest. Ce
soulèvement qui aurait pu tourner à l’affrontement se termine par une légère
amélioration dans la distribution des vivres. La
peur des Kabyles. Un
autre moment de tension, autrement plus sérieux, affecte le campement. Vers la
fin du mois de juin 1852, les tribus arabes des environs de Guelma se soulèvent
et attaquent à l’improviste un camp de militaires. Cette attaque fait un
grand nombre de victimes. La
nouvelle, arrivée le lendemain à Guellaat-Bou-Sba, suscite une vive inquiétude
chez les prisonniers comme chez leurs gardiens. Le camp comprend certes près de
600 hommes mais les pelles et les pioches des déportés sont des instruments dérisoires
en cas d’attaque. La
situation est rendue confuse par la peur des soldats et le peu de maîtrise de
leur lieutenant[23] qui augmente les craintes
en ne sachant quelles mesures prendre et en multipliant les fausses alertes.
Finalement les militaires reçoivent l’ordre de se replier sur Guelma. Les
prisonniers sont occupés dans cette ville à creuser des fossés de défense.
Ils logent dans les écuries d’une caserne de cavalerie inoccupée. Mac -
Mahon, commandant de la province, envoie de Constantine une colonne contre les
Arabes. L’insurrection est vaincue en quinze jours sans que la pacification ne
soit complète. Les prisonniers se voient intimer l’ordre de s’en retourner
dans leur camp sans escorte. « On se contente d’en armer une cinquantaine avec de vieux fusils à
silex[24] ». Les
proscrits sont libres ou plutôt sans protection. Cette pseudo liberté est un
abandon. Ils vont connaître les tourments de l’errance. Revenus dans le
campement et en proie à la peur, liée au fait qu’ils sont sans défense face
aux Arabes insurgés, ils décident de retourner à Bône. « Vainement
quelques hommes qui avaient de l’influence sur la masse, cherchèrent à les détourner
de leur projet, leur montrant un autre écueil, le conseil de guerre qui les
attendait pour avoir déserté leur poste »[25].
La force de conviction du nombre a une nouvelle fois dépassé l’influence de
certains, et l’écueil du conseil de guerre est repoussé. Cette menace leur
paraît moins dure qu’une rencontre avec les Kabyles. L’impression d’être
dans son bon droit supplante donc une nouvelle fois les éventuelles représailles
que cet acte de rébellion laisse augurer. De
retour à Bône. Comme
à l’aller, il leur faut trois jours pour gagner Bône. Ils font une étape à
Nesmeia où ils reçoivent des armes pour assurer la sécurité de la ville,
puis couchent à Duzerville, à une dizaine de kilomètres de Bône, où ils
arrivent le surlendemain. Pour tenter de se protéger et afin d’expliquer leur
geste, ils envoient une délégation auprès du commandant Dumontil[26],
qui assure la direction de la Casbah de Bône et du camp des Caroubiers. Ils légitiment
leur fuite par celle des militaires. Le commandant les reçoit « avec bienveillance [27]»
et leur conseille de s’adresser directement au gouverneur général de
l’Algérie. L’affaire s’arrête là et aucune représailles ne s’abat
sur les déserteurs[28]. Internement
en Algérie. Peu
de temps après ce retour à Bône, un arrêté du gouverneur de l’Algérie
paraît. Il offre à tous ceux qui le demandent l’internement dans une ville
d’Afrique. Un nouvel avenir se profile ainsi. C’est là l’opportunité de
quitter la première catégorie, la plus dure, celle d’internés dans les
camps ou les forts, mais également de connaître enfin une certaine liberté.
F.Mazenc décrit la réaction que suscite cette nouvelle : « tous
ceux qui [avaient] quelques ressources ou des bras vigoureux pour le travail
[ont adressé] leur demande [29]». En
faisant ceci les transportés perdent l’argent du gouvernement, mais
connaissant la destination prise le plus souvent par celui-ci – à s’avoir
les poches de leurs geôliers – la perte ne semble pas très importante. Aussi
sont-ils nombreux à faire ce choix. « Il
ne demeura au camp des Caroubiers que les hommes dont la santé chancelante ne
leur aurait pas permis de se livrer au travail sous le climat de l’Afrique,
sans courir les plus grands dangers [30]. » Le
2 août 1852 les prisonniers embarquent à bord d’un navire à vapeur en
direction de Philippeville. Nombreux sont ceux qui ont demandé et obtenu leur
internement à Constantine. La traversée est périlleuse. Les prisonniers
installés sur le pont doivent descendre dans l’entrepont pour des raisons de
sécurité[31].
Le vent faiblissant, la tempête se calme et les hommes regagnent le pont. Le
3 août, vers les sept heures du matin , le navire arrive dans la rade de
Stora, située à cinq kilomètres de Philippeville. Les hommes sont débarqués
et dirigés sur Philippeville, où ils peuvent se reposer. Ils y passent une
« agréable journée sous un beau soleil [32] ».
Le soir, ils montent dans des voitures publiques et font route jusqu’à
Constantine où ils arrivent au matin. Installés à Constantine[33], les transportés cherchent un travail pour s’assurer leurs moyens d’existence[34]. Certains gardent les occupations qu’ils pratiquaient en métropole, d’autres doivent changer d’activité[35]. Les proscrits qui peuvent trouver du travail assurent ainsi leur subsistance et se permettent même d’envoyer de l’argent à leur famille. Des privations et des sacrifices sont nécessaires pour que ce soit possible, mais nombreux sont ceux qui ont dû laisser derrière eux une compagne, une femme et des enfants souvent en bas âge, ou des parents âgés et sans fortune[36]. Dures sont les privations que les proscrits connaissent, mais elles ne sont en aucun cas comparables avec celles, bien plus dures à supporter, qui sont d’avoir dû quitter la « mère-patrie [37] » et les êtres chers. [1]
Weill G., Histoire du parti républicain en France 1814-1870, collection
Ressources Genève, 1980, réimpression de l’édition de Paris (1928) précédé
d’une présentation de Agulhon M.. P 276 et suivantes. L’auteur cite en
référence : V.Mouton, et Hippolyte Magen, Histoire de la terreur
bonapartiste, 1852 (2e et 3e parties), l’ouvrage
de Mouton, La Transportation en Afrique (1870), et celui de Charles
Ribeyrolles, Les Bagnes d’Afrique (1853). [2]
Roland P., Les Bagnes d’Afrique trois transportés en Algérie après
le coup d’Etat du 2 décembre, Maspéro, 1981, p 60. Gaspard Rouffet
en donne la description suivante :
« Ce camp se compose de plusieurs longs bâtiments sans étage,
qui servent de caserne, avec une vaste cour au milieu, le tout entouré
d’un mur. Il est situé sur une colline qui domine, à gauche, le village
de Birkadem ». Plus loin, il note : « Il y avait plusieurs
camps semblables ». La terminologie de « caserne » laisse
à penser que les anciennes infrastructures des militaires sont ici réutilisées
pour accueillir les transportés. Cela
est attesté dans de nombreux cas : dans le camp de Birkadem comme sans
doute dans celui de Guellaat-Bou-Sba. [3]
Le témoignage de F.Mazenc va dans le même sens lorsqu’il relate la
crainte d’une attaque. [4]
Weill G., op. cit., p 276 et suivantes. [5]
Ibid. [6]
Roland P, op.cit., rapporte que Gaspard Rouffet, pour cet acte, a été
condamné à une semaine de prison. [7]
Weill G., op. cit., p 277. Pour
les règlements de la transportation et les divers camps-colonies,
il cite Ribeyrolles, Les bagnes d’Afrique, 1853, cf annexe
n°15.
En accord avec G.Weill on peut dire que le livre du colonel Mouton,
fait connaître la vie des transportés libres, internés dans la
ville qu’ils ont choisi, et possédant une certaine aisance ; alors
que Goupy (La transportation en Afrique, 1886) montre l’existence
misérable de ceux qui durent rester dans les camps ; ce-dernier se
plaint d’ailleurs que les premiers aient abandonné la masse des pauvres. [8]
F.Mazenc, op. cit., p 71. [9]
Roland P., op.cit., p 60. Dans le témoignage que donne Gaspard Rouffet, il
cite le témoignage d’un autre proscrit où se trouve des indications sur
l’alimentation des proscrits dans les camps algériens : « Notre
nourriture se composait d’un pain de munition, surnommé la boule de son,
pour deux jours, deux cent cinquante grammes de pain blanc pour la soupe et
trois cent grammes de viande par jour et pour les deux repas. Lorsque nous
n’avions pas de soupe le soir, on nous donnait la même valeur en riz ou
en légumes secs. Nous avions, en outre, douze grammes de café en poudre et
vingt grammes de sucre par personne pour faire en commun du café noir[…] Chaque
gamelle de soupe était pour six personnes, et chacun y puisait à son tour
». [10]
Ibid., p 60-61. Parlant de son
passage au camp de Birkadem, il décrit son couchage dans des termes
identiques à ceux de F.Mazenc : « nous avions pour coucher un lit
composé de planches avec tréteaux, une paillasse garnie de paille, un sac
de toile en guise de draps et une vieille couverture de laine ». Cela
révèle la stricte application de l’article n°9 du « Règlement
sur le régime des transportés en Algérie » en date du 20 mars
1852. Règlement retrouvé dans l’ouvrage de Ribeyrolles C., op cit.,
p 112 à 117. Cité dans l’annexe
n°15. [11]
Ribeyrolles C., op. cit, p 150. Parlant de la Casbah de Bône,
il la présente comme étant un « petit enfer » et comme
« la grande bastille de l’administration contre les transportés ».
Puis citant le « citoyen Lasserre », il fait état du camp des
Caroubiers et d’un mouvement de captifs qui quittèrent la Casbah de Bône
lorsque Lasserre y arrivait : « Nous fûmes conduits à la Casbah
de Bône […] et nous y trouvâmes cinquante de nos camarades qu’y
avaient suscité les colères du lieutenant Monnier. […] ils étaient
enfermés dans une des ailes du bâtiment ; dans l’autre, se
trouvaient quatre cents hommes des Pyrénées-Orientales et des départements
voisins. Ces derniers captifs quittèrent, quelques jours après, la Casbah.
Deux cents des plus robustes furent conduits aux défrichements à quelques
lieux de Bône, et les autres furent cloîtrés à peu de distance de notre
prison dans un camp appelé les Caroubiers, situé sur les bords de la mer,
et qui reçoit tous les vents ! ». Texte inséré dans l’annexe
n° 12. Les proscrits aveyronnais font-ils partie de ce mouvement de troupe ?
Rien ne permet de l’affirmer. Or le fait que certains d’entre eux soient
conduits dans la Casbah puis dans l’inhospitalier camp des Caroubiers,
semble attester la méfiance que les autorités avaient à leur égard. [12]
Aucune femme de l’Aveyron n’a été condamnée à une peine de
transportation, mais F.Mazenc relate que lors de la traversée des femmes
figurent sur L’Eclaireur. [13]
Colonel Mouton., La transportation en Afrique par le colonel Mouton du 21e
de ligne, transporté de décembre, Paris, Degorge-Cadot éditeur, 1870,
p 185-186. BnF. : 8-LB55-2951. L’auteur
décrit parmi ses compagnons d’infortune toute une foule hétéroclite
rassemblant bon nombre de professions, d’âges et d’horizon.: « des
vieillards de quatre-vingts ans, des enfants de quatorze ans, de riches
propriétaires, des ouvriers de toutes professions, des avocats, des écrivains,
des prêtres, des militaires de divers grades, des banquiers, des
industriels, des cultivateurs, des notaires, des médecins, des pharmaciens,
des commerçants, etc ». [14]
Mazenc F., op. cit., p 71. [15]
Mazenc F., op.cit., p 73. Il
a été impossible de déterminer combien d’aveyronnais ont travaillé sur
ce chantier. [16]
Ibid., p 76-77. Ce sont les seuls chiffres retrouvés. [17]
Ibid., p 74. [18]
Article 7 du « Règlement
sur le régime des transportés en Algérie », inséré dans
l’annexe n°15. [19]
Articles 16-17 du « Règlement
sur le régime des transportés en Algérie ». [20]
Bel M. , Ces condamnés, que sont-ils devenus ?, Revue Verdon, n°5,
spécial 1851-2001. [21]
Roland P., op.cit., dans le témoignage de Gaspard Rouffet, cet usage
est confirmé : « Notre nourriture revenait ainsi à 0,35 franc
par jour, sans le pain ». [22]
Mazenc F., op.cit., p 76-77. Celui-ci
parle des centimes quotidiens détournés par les gardiens, de distributions
de café oubliées, et de journées interminables où les hommes sont « obligés
de travailler à jeûn depuis le lever du soleil jusqu’à dix heures du
matin » avant de reprendre après une courte pause … ». Roland P., op.cit.,
p 61. Concernant ce café matinal, Gaspard Rouffet, fait état d’une
pratique qui consistait à économiser ce précieux breuvage ou à ne
pas en boire le matin et à l’utiliser pendant la journée : « pour
chacun un quart de litre que l’on prenait le matin ou que l’on
conservait pour faire de la boisson, car nous n’avions pas de vin
[23]Ibid,
p 76-77. Il dépeint « ses fanfaronnades » lorsque les
prisonniers pour protester contre leurs conditions de travail refusèrent de
vaquer à leurs occupations mais aussi son manque de discernement et sa
difficulté à prendre l’initiative qui semble pourtant s’imposer, celle
de se replier dans une position plus confortable … chose que ses chefs lui
intiment de faire en se repliant sur Guelma. [24]
Mazenc F., op.cit., p 79. [25]
Ibid., p 79-80. Il poursuit :
« Toutes les observations furent inutiles, et ces hommes mirent le sac
sur le dos et prirent le chemin de Bône. Force fut à ceux qui avaient
cherché à les dissuader, de les suivre et de se joindre à eux à leur périls
et risques ». [26]
Ribeyrolles C., op.cit, p 152. L’auteur
parle du commandant Desmoutis en tant que directeur du camp des Caroubiers.
Le commandant a t’il changé ou bien est-ce seulement une erreur dans le témoignage
des proscrits ? La deuxième hypothèse est la plus vraisemblable. [27]
Mazenc F., op.cit., p 80. [28]
En d’autres cas cela n’a pas été le cas. Cf texte inséré dans
l’annexe n°17. [29]
Mazenc F., op. cit., p 81. [30]
Ibid., p 81. Seuls les blessés ou
les personnes malades semblent ne pas avoir accédé à cette demande.
Mazenc poursuit : « Plus
tard, on envoya ces malheureux travailler sur la route de Guelma ».
Triste aléa de l’histoire, c’est cette ville qu’ils ont quitté, qui
leur est une nouvelle foi assignée, et les travaux qu’ils ont laissé
derrière eux en refusant de rester dans le
camp de Guellaat-Bou-Sba, qu’ils retrouvent. [31]
Ibid, p 83. Relatant ce voyage, il
parle « d’une pluie diluvienne », « de 25 à 30 centimètres[d’eau]
sur le pont », mais aussi du mal de mer suscité par « la
chaleur du foyer et l’odeur des graisses » ; et du fait que les
hommes fortement incommodés par ces odeurs furent alors obligés,
malgré le mauvais temps du dehors, « de remonter sur le pont et
d’affronter la tempête ». [32]
Ibid, p
83. [33]
Mazenc F., op.cit., p 84-87. Il
dit alors que la première chose que font alors les républicains est
« d’aller embrasser quelques-uns de leurs amis, qui les y avaient précédés
de quelques jours ». Fidèle à son esprit et sans rien avoir oublié
de son métier, il donne de très intéressantes descriptions de cette cité.
Il y présente les grandes lignes de sa population et de ces diverses
composantes, les différents quartiers où il a pu se rendre et les différentes
populations qu’il y rencontra, ainsi que l’accueil qu’il y reçut …
[34]
Ibid. Il note à ce sujet que
« les habitants de cette ville dont la majorité s’était prononcée
contre le Coup d’Etat au plébiscite du 20 décembre 1851 » firent
un bon accueil aux transportés amenés à travailler dans leur ville. Ne
dit-il pas qu’ils « reçurent à bras ouvert ces malheureux et leur
ouvrirent leurs ateliers ». Cet accueil chaleureux semble avoir donné
du baume au cœur à ces hommes. [35]
Durand de Gros est si bien accueilli qu’il refuse de rentrer dans son pays
lorsqu’on le lui propose. Il connaît une revanche personnelle avec le bon
accueil qui est fait à ses innovations agricoles, qui ont tant fait
« jaser » dans son pays natal, lorsqu’il tenta de les
promouvoir tant par ses écrits que par ses actes. A son retour il est bien
plus écouté. Il peut alors se prévaloir des succès obtenus à la tête
d’une exploitation nouvelle en Algérie. [36]
Voir Chapitre X de cette étude. [37]
Mazenc F., op.cit. , p 87. |
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Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines |