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Publié
en feuilleton en 1890 par le journal réactionnaire dracénois L’Indépendant
du Var, ce texte a en fait été écrit en septembre 1881, quelques semaines
après l’inauguration, le 31 juillet, du monument à la mémoire des citoyens
tombés à Aups pour la défense de la Constitution. Son auteur, Pierre-Germain
Escolle, est un avocat et notaire aupsois, né le 1er mai 1827 à
Correns, membre
d’une famille de riches propriétaires de la région. Dans son ouvrage sur la
résistance varoise[1],
Noël Blache lui prête un rôle dans une tentative de médiation entre le préfet
Pastoureau et les républicains le 9 décembre. Élu conseiller général du canton d’Aups
en juillet 1889, il devient maire de la ville en 1896. Connu sous la Seconde République
pour ses opinions légitimistes, les services préfectoraux le classent parmi
les royalistes en 1889 et les ralliés en 1896. Ce
texte est donc un spécimen unique d’une vision légitimiste des années 1880
de la résistance varoise au coup d’Etat du 2 décembre 1851. Sauf
mention contraire, les notes ont été établies par nos soins afin de renvoyer
le lecteur aux études publiées sur les faits relatés par Pierre Escolle. L'Indépendant
du Var, 6
juillet au 14 septembre 1890 Notes et souvenirs sur l’insurrection de 1851 à Aups (Var) par Pierre Escolle L’Indépendant
du Var a la bonne fortune de pouvoir offrir à ses lecteurs la primeur d’un
document dont la publication, retardée jusqu’à ce jour, était attendue avec
impatiente par ceux qui en connaissaient l’existence et en devinaient l’intérêt. Il
s’agit des notes et des souvenirs de M. Escolle, avocat et conseiller général
du canton d’Aups, sur les événements qui se déroulèrent dans cette ville
en 1851. Ceux qui jusqu’à ce jour ont écrit sur ce sujet, en dernier lieu M. Noël Blache[2], président du Conseil général du Var, se sont adressés à M. Escolle, témoin oculaire des faits qu’ils voulaient raconter, pour avoir des renseignements qui ne pouvaient être puisés à meilleure source. Mais,
la passion politique aidant, l’imagination a pris le dessus sur la vérité,
on a créé des légendes, on a point écrit l’histoire. L’auteur
est trop connu dans notre pays pour que nous ayions à garantir l’impartialité
et la sincérité de l’œuvre, qui pourrait s’appeler « la vérité
sur les événements de 1851 dans la ville d’Aups. » L.R. Avant-propos
Vers
la fin du deuxième Empire, un des membres les plus distingués du barreau de
Toulon vint à Aups pour recueillir quelques renseignements sur ce qui s’était
passé dans cette ville en décembre 1851. « M.
Eugène Ténot[3], lui dis-je en lui
remettant une note, a déjà raconté les faits que vous venez étudier ;
mais il leur a donné une couleur politique que leur ont toujours refusée les
hommes qui en ont été les témoins… Prenez garde, cher ami, de faire comme
M. Ténot… » Quelques
mois après, en 1869, je lisais l’histoire de l’insurrection du Var en décembre
1851 par M. Blache[4], et je voyais que son
auteur avait partagé les illusions de M.Ténot. L’avocat, comme le
journaliste, transformait en héros, des ambitieux, des fanfarons, des
ignorants, des fuyards et des victimes de l’insurrection elle-même. Et les
erreurs de ces deux historiens se sont si bien propagées, que nous avons eu le
31 juillet dernier (1881) la stupéfaction d’assister à Aups à une fête
qualifiée de patriotique [5]!
En présence des premières autorités du département du Var, d’un député,
du procureur général, de nombreux délégués du Conseil général et de
diverses communes du département, en présence et avec le concours de la
municipalité d’Aups, nous avons vu inauguré un monument élevé en
l’honneur des insurgés tués le 10 décembre 1851, sur la principale place de
cette même ville que ces hommes ou leurs compagnons avaient pendant trois jours
terrifiée et mise à sac !! Il
n’est donc que temps de réagir contre cette tendance à faire des héros de
ces hommes, dont la majorité, je veux bien le reconnaître, n’était pas
dangereuse, mais n’en ont pas moins traité notre cité en ville conquise, et
qui, cédant à une panique folle, se sont complètement débandés à la vue de
quelques soldats. J’ai
pensé qu’il était du devoir de ceux qui ont assisté dans la ville d’Aups
à ces tristes journées de 1851, de faire sur elles un peu de lumière, et je
me suis chargé de cette lourde tâche. Ce
que je vais raconter, je l’ai vu ou entendu moi-même, et si j’aborde
quelques détails auxquels j'ai été personnellement étranger, je déclare que
je tiens ces détails directement de témoins acteurs ou victimes, dont je
garantis l'honorabilité et la plus scrupuleuse véracité. Je ne suis pas plus le courtisan des fonctionnaires de l'Empire, que l'ennemi des insurgés. J'ai combattu les premiers pendant 18 ans, et je n'ai point eu personnellement à me plaindre des seconds. Et pourtant, faisant la lumière sur les journées de 1851, dans la ville d’Aups, je suis appeler à réduire à néant certaines accusations lancées contre ceux-là, et à stigmatiser quelques-uns de ceux-ci, parce que je n’obéis qu’à la voix de ma conscience et à l’amour de la vérité. Aups,
septembre 1881. (à
suivre) Entrée des bandes
insurrectionnelles dans la ville d’Aups[6]
A
la nouvelle de ce Coup d’Etat, les sociétés secrètes dans le canton d’Aups
et les cantons voisins se mirent immédiatement en relation entre elles, et résolurent
de prendre les armes. Dans
la soirée du samedi 6 décembre 1851, quelques centaines de membres de ces sociétés
se rendirent à Aups avec l’intention d’y recruter leurs frères et amis, et
de se diriger ensuite sur Draguignan dont ils espéraient s’emparer sans coup
férir. Sur les observations qui leur furent faites par les chefs du parti avancé,
ils bivouaquèrent à 200 mètres environ de la ville au pied de la croix
St-Honorat, à la jonction des routes de Vérignon, Moissac, Salernes et Aups,
se contentant de chanter la Marseillaise et la Carmagnole.
Vers trois heures du matin, à la suite d’un contr’ordre reçu, ces bandent
regagnèrent en toute hâte leurs pays en chantant sur tous les tons :
« s’es pas en qu’ai séra deman » (si ce n’est pas
aujourd’hui ce sera demain)[7]. Le
lendemain matin on apprenait avec effroi que, pendant la nuit, M. Reynaud,
serrurier et armurier, avait été forcé de livrer ses fusils qu’il avait
dans sa boutique[8].
C’est alors que quelques citoyens songèrent à organiser une sorte de garde
nationale, mais ils durent bientôt renoncer à leur projet en face de
l’apathie bien connue de la majorité des habitants. La
ville de Salernes était occupée par les insurgés. Le courrier de Draguignan
à Aups n’arrivait plus à destination. Arrêté d’abord dans la nuit du
vendredi 5 au samedi par dix hommes armés à quelques kilomètres d’Aups[9],
il le fut depuis tous les jours. Le courrier de Riez à Aups était obligé de
changer ses dépêches contre un reçu d’un insurgé. On ne respecta bientôt
plus le secret des lettres particulières ; les estafettes se croisaient
sur toutes les routes ; les esprits demeuraient de plus en plus inquiets.
Nous arrivâmes ainsi au lundi 8 décembre, jour de foire à Aups. Ce
jour-là les cultivateurs non affiliés aux sociétés secrètes, ignorant ce
qui se passait, affluèrent à Aups comme d'habitude. Mais vers deux heures,
entendant le bruit des tambours, et voyant déboucher sur l'esplanade du cours
quelques centaines d'hommes armés, ils s'empressèrent de sortir de la ville,
poussant devant eux en grande hâte leurs bestiaux, emportant leurs marchandises
et leurs denrées, et laissant ainsi le champ libre aux hommes nouveaux qui
vinrent faire halte sous les magnifiques trembles du cours, en face de l'hôtel
de ville. Cette
fuite précipitée ne prouvait certes point que le mouvement insurrectionnel fut
jugé absolument nécessaire par tout citoyen n'appartenant pas à la
bourgeoisie (ainsi qu'on l'a dit si souvent). Le paysan n'avait, en ce moment,
d'autre souci que de mettre en sûreté sa personne et son petit avoir. Les
hommes qui envahissaient la ville d'Aups arrivaient de Salernes armés de
fusils, sabres, piques, faulx, haches, broches même, fourches, gourdins. Ils
avaient à leur tête deux habitants de Draguignan : Alter[10],
limonadier, et Brunet[11],
clerc d'avoué, avec casquette, ceinture et drapeau rouge. Leur
premier acte fut un acte de violence. Un très honorable citoyen d'une commune
voisine, M. Célestin Gariel[12],
notaire à Régusse, s'étant avancé vers la colonne, les rangs s'ouvrirent, et
il fut immédiatement prisonnier. L'on prétendit bien, il est vrai, que ce
citoyen, loin d'être victime, s'était incorporé lui-même à la bande dont il
partageait, dit-on les opinions ; et l'autorité parut être de cet avis,
puisqu'elle le frappa plus tard sévèrement ; mais l'on sait aujourd'hui
que ce citoyen fut victime d'une violence, d'une arrestation arbitraire, contre
laquelle il n'a cessé de protester sous l'Empire. On sait aussi, et j'ai eu en
mains une lettre écrite par lui qui le prouve suffisamment qu'il ne put
reprendre ses fonctions de notaire, que grâce aux témoignages de gens
parfaitement honorables qui l'avaient vu se débattre et résister au milieu des
insurgés. Cet
acte de violence fut suivi immédiatement d'un autre. Un vieillard, le père de
la directrice des postes, ayant demandé des explications à Alter, se vit rudoyé
et arrêté. Il parvint pourtant à s'échapper au milieu du trouble occasionné
par l'entrée de Brunet dans l'hôtel de ville où se trouvaient le maire, ses
adjoints et quelques habitants. (à
suivre) Installation
d’une commission Municipale révolutionnaire. Publications sauvages. Le
Maire reçut le clerc d’avoué dans la grande salle de l’hôtel de ville, et
lui demanda de quel droit il envahissait Aups à la tête d’une bande armée.
— Nous sommes ici, répondit Brunet, par ordre du citoyen Duteil[13],
commandant le département. La Constitution a été violée ; le département
est en état de siège, et nous, hommes révolutionnaires, nous résistons et
devons rallier sous notre drapeau tous les révolutionnaires. Nous venons donc
à Aups remplacer l’administration réactionnaire par des hommes de notre
trempe... (sic) — Mais, dit le Maire, l’administration actuelle est le résultat
du suffrage universel, tandis que celle que vous voulez nous imposer ne représentera
que l’opinion de quelques-uns. Vous violez donc un des principes des républicains ;
faites voter de nouveau et nous accepterons la décision du peuple. – Eh bien !
répond Brunet, les citoyens d’Aups vont se réunir, et nommeront ceux qui ont
leur confiance… j’entends les vrais citoyens, car pour nous les réactionnaires
ne sont pas citoyens… (sic) Sur
ce terrain il était difficile de s’entendre. Brunet était menaçant ;
il s’appuyait sur une nombreuse bande armée que l’on savait suivie
d’autres plus nombreuses encore. Le Maire céda. Pendant
ce colloque j’avais pu prendre dans les mains de Brunet, avec promesse de la
rendre sous peine d’être fusillé, une lettre dont voici la copie : « Au nom du peuple souverain, *vous vous emparerez de toutes les mairies ; vous remplacerez toutes les autorités existantes par des autorités révolutionnaires ; vous mettrez la main sur les caisses publiques, sur celles des percepteurs et des receveurs, et vous les enverrez immédiatement au quartier général de Salernes. » signé :
C. Duteil et
au dessous une signature illisible. Fort
de cet ordre signe par son général, Brunet installa à la mairie une
commission révolutionnaire à la tête de laquelle il plaça Isoard[14],
épicier, homme d’une remarquable finesse, dit M. Blache, et sur la demande
d’Isoard, il confia la garde de l’hôtel de ville à dix citoyens d’Aups,
que l’ont eut beaucoup de peine à trouver. En même temps il essaya de mettre
la main sur les caisses publiques. Après avoir échoué auprès du receveur de
l’enregistrement, M. Long, grâce à l’énergie de ce fonctionnaire, il put
établir un piquet de 25 hommes dans le bureau du percepteur. Sous
la protection des 10 hommes requis par Isoard et Brunet, et surveillée par les
insurgés qui, en arrivant, avaient transformé en corps de garde les salles de
l’école communale et de la justice de paix toutes deux attenantes à l’hôtel
de ville, la nouvelle commission se mit au travail. Son premier acte, sous la
pression des étrangers, fut de faire publier : au nom du peuple souverain,
l’ordre de loger les militaires qui
arrivaient, de mettre des lampions sur les fenêtres et de se rendre sur le
cours, sous peine d’être fusillé. L’élan
des démocrates d’Aups était bien faible, beaucoup se sauvèrent dans les
bois et les campagnes ; quelques-uns se firent enfermer chez eux. Mais
bientôt des détachements de cinquante hommes furent mis à la recherche des réfractaires,
et les traînèrent violemment dans les rangs de la colonne. Le
lendemain matin, mardi 9 décembre, les publications redoublèrent : « Au
nom du peuple souverain, nous ordonnons aux citoyens d’Aups de porter leurs
armes et leurs munitions à l’hôtel de ville, sous
peine d’être fusillés. » « Au
nom du peuple souverain, nous ordonnons à tous les citoyens de 18 à 50 ans de
se rendre à la mairie pour marcher avec le bataillon d’Aups sur Draguignan, sous
peine d’être fusillés. » Que pense de ces publications l’historien qui traite de sauvage l’arrêté[15] de M. le préfet Romand[16] ordonnant que tout individu saisi les armes à la main serait immédiatement fusillé ? Ces publications répétées plusieurs fois étaient en outre appuyées par des escouades d’insurgés armés chargées de faire des perquisitions dans toutes les maisons pour trouver des armes, des munitions et des hommes. On stimula ainsi le zèle de certains affiliés et on procura à l’insurrection une grande quantité d’armés de toute espèce, que leurs vrais propriétaires n’ont jamais plus revues. Terreur.—
Anxiété de la Commission municipale d’Aups. Vers
dix heures du matin, les chefs jugèrent à propos de faire une manifestation
pour entretenir le feu sacré de leurs hommes. Ils organisèrent à la hâte le
bataillon d’Aups, et lui enjoignirent de faire une promenade militaire dans
les rues de la ville. Monté sur un cheval fourni par une brutale réquisition,
le citoyen Beuf[17],
ancien maître d’arme dans un régiment d’infanterie, brave homme, peu
dangereux, aimé de tous, promu pour la circonstance chef de bataillon,
parcourut, inconscient, à la tête de ses hommes les principales rues, précédé
par le crieur public forcé de répéter l’ordre donné aux hommes de 18 à 50
ans de se joindre aux insurgés, sous peine d’être fusillés. (à
suivre) Dès
lors la terreur gagna les plus braves ; les uns cherchaient à fuir ;
les autres mirent en sûreté ce qu’ils avaient de précieux. Je me souviens
que M. de Gassier jetait dans un puits la clef de son coffre et son argenterie,
un maçon, M. Roncaroli, cachait dans une vieille tour un sac contenant deux
mille francs que le pauvre homme ne put jamais retrouver, l’insurrection écrasée. Les
membres de la commission municipale voyaient avec anxiété la vague monter.
Certains propos tenus dans les cafés et dans les corps de garde, leur faisaient
craindre un débordement terrible. Ne pouvant commander en maître absolu, ils
cherchèrent du moins à opposer une digue aux passions malfaisantes qu’ils
constataient plus fortes d’heure en heure. C’est ainsi qu’ils commencèrent
par éloigner d’Aups les hommes qu’ils savaient menacés. Sous prétexte
qu’un assassinat avait été commis à Baudinard, et à l’instigation d’Isoard
et de Marcelin Gibelin, dit le manchot[18],
le juge de paix[19] obtint l’autorisation
de sortir de la ville avec une escorte armée et composée des ses amis. Il est
juste que quelques insurgés installés à l’hôtel de ville soulevèrent des
difficultés à ce départ. Ils voulaient garder auprès d’eux les hommes
de talent (sic), ils finirent cependant par céder, et le juge de paix avec
son escorte put sortit librement de la ville. Les
courriers, je l’ai déjà dit, partout arrêtés par des hommes armés,
livraient leurs dépêches. Les lettres particulières n’étaient pas plus
respectées que le sceau officiel. On sut ainsi que M. de Gaudemard écrivant à
sa sœur traitait de canaille les envahisseurs d’Aups. Ordre fut donné
par Brunet d’aller le saisir mort ou vif dans sa maison de campagne.
Heureusement la commission municipale veillait anxieuse. Elle eut à cœur de
sauver M. de Gaudemard, secrètement prévenu par les soins de cette commission,
celui-ci quitta sa maison de campagne, et il put de loin et en sûreté assister
à la violation de son domicile. Entrée
à Aups du général Duteil – Réquisitions – Otages – Agonie du Curé. Quelques
heures avant la violation du domicile de M. de Gaudemard, Camille Duteil
abandonnant son quartier général de Salernes, faisait son entrée dans Aups.
Toute l’armée insurrectionnelle était sur le cours rangée en bataille ;
et lorsque son général la passa en revue, il fut acclamé par les cris de Vive
le Général ! Vive la République démocratique et sociale ! Avant
de se rendre chez M. de Gassier[20]
chargé de le loger, Duteil examina les lieux, se fit rendre compte des
dispositions prises, doubla les sentinelles, fit circuler de nombreuses
patrouilles, et abandonnant son état-major, se retira dans sa chambre. Dès
lors la ville d’Aups changea d’aspect. On se serait cru dans une ville
conquise. Les bandes révolutionnaires se répandirent partout, se firent servir
à boire et à manger. Dans plus d’une maison, des discussions éclatèrent,
non pas entre les envahis et les envahisseurs, (les premiers atterrés obéissaient
passivement), mais entre les envahisseurs eux-mêmes. Ainsi
que je l’ai dit, les maisons étaient bondées d’insurgés arrivés le lundi
et le mardi matin. Ceux-ci s’étaient installés aussi commodément que
possible ; et il leur déplaisait de se déranger pour de nouveaux venus.
De là, mauvaise humeur, explosion de colère, menace d’en venir aux mains. On
finit pourtant par s’entendre aux dépens du propriétaire. Pendant
que les uns s’entassaient ainsi dans les maisons, les autres faisaient
irruption dans les magasins. Boulangeries, boucheries, comestibles, liquoristes
furent bientôt dévalisés. Les merciers, les quincailliers, les cordonniers,
les marchands de draps, de nouveautés et d’habillement ne furent pas épargnés.
Et, il faut bien l’avouer, ces hommes affamés et assez mal vêtus pour la
plupart n’employaient pas des périphrases pour se faire livrer ce qu’ils
demandaient, ce qu’ils exigeaient : « Allons, dépêchez-vous,
disait une bande qui voulait des étoffes, à un marchand tremblant de peur,
allons, dépêchez-vous, donnez-nous ce que nous demandons ; voici des bons
en échange. – Mais, répondait le pauvre diable, je ne puis donner à ceux
qui n’ont pas de bons. C’est toute ma fortune que j’ai là, si je la livre
sans garantie, c’est ma ruine ! – Pas tant de verbiage, réplique une
femme qui se trouvait dans la bande, donnez d’abord ce que nous demandons ;
plus tard nous exigerons bien davantage ! Que
dire aussi de ce propos tenu chez un marchand de grains : « Il me
faut à moi seul au moins dix têtes, disait un homme à mauvaise mine. - Dix têtes
lui répondait un de ses compagnons, siès ben galavard, bèleou què sé
n’aviez uno tembarrassarié bougrament ! Teisé ti bavard ![21] Voilà
le mot de la situation : bavard, vantard. Constant[22],
le sous-préfet de Brignoles, Giraud[23],
l’ex-agent voyer, Campdora[24],
le chirurgien déserteur, distribuait à pleines mains des bons de vêtements,
de chaussures, de boissons, etc… L’un se faisait donner au nom du peuple
souverain le cheval et la voiture du juge de paix, un autre le cheval du
receveur, un autre celui du brigadier. (à
suivre) Pour
ne pas revenir sur cette question de bons de réquisition sur laquelle on a,
selon moi, glissé bien légèrement jusqu’à présent, je dirai que les
insurgés firent main basse sur tout ; que les bons n’ont jamais été
retirés et payés par les signataires, que bien des gens ont subi des pertes énormes,
et que si beaucoup d’habitants n’ont pas été ruinés, ils le durent à la
générosité du prince président qui, lors de son passage à Toulon, prit dans
sa cassette particulière de quoi panser bien des plaies. Pour
en finir avec ces détails répugnants, qui, avec les arrestations arbitraires,
et l’assassinat du brigadier Lombard[25],
à Cuers, suffiraient pour enlever à l’insurrection le caractère de glorieuse
et héroïque que l’on voudrait lui donner aujourd’hui, qu’on me
permette de dire ce dont j’ai été témoin. Dans
la maison paternelle, 15 hommes étaient logés. Mais en présence d’une
domestique, ils exigèrent qu’on les servit copieusement. Ils parlaient des
otages faits ou à faire, de l’intention que l’on avait de mettre ces otages
en tête de la colonne pour les exposer au feu des soldats, en cas d’attaque.
Tout en causant et buvant, ils s’excitaient ; et devinrent tellement
effrayant que la domestique vint prier mon père[26]
d’intervenir. A la vue de trois soldats gaillards prêts à se faire
respecter, les 15 hommes changèrent de ton. Ils ne firent même aucune
difficulté pour quitter sur l’ordre formel de mon père leurs armes dans la
cuisine avant de monter au grenier à foin pour y coucher. Ils étaient plus
fanfarons que méchants ! Et
dans une autre maison voisine, celle de ma belle-mère, il y avait 18 hommes
dont plusieurs chefs. En face d’eux, 4 femmes, 2 petits enfants gardés par 2
vieux serviteurs. Ces hommes par leurs propos menaçants terrifiaient leurs hôtes.
Ordonnant en maîtres, ils vidaient les meilleures bouteilles, exigeaient la
meilleure viande, gourmandaient les domestiques qui ne les servaient pas assez
vite, et finirent par se disputer, parce que les non-gradés n’avaient à
manger que des côtelettes à la cuisine, pendant que les chefs dégustaient des
gigots dans la salle à manger. Il ne fallut rien que la vue d’un pistolet
dans les mains d’un chef, et la menace de s’en servir pour faire rentrer
dans l’ordre ceux qui voulaient l’égalité à table. Ces
scènes déplorables se renouvelaient dans la plupart des maisons. La maison des
pauvres, l’hospice, ne fut pas épargnée. Et quoiqu’en ait dit mon ami M.
Blache à la suite de renseignements erronés, les religieuses vécurent
quelques heures dans de bien rudes angoisses. Il est en effet de notoriété
publique à Aups que, dans la nuit du mardi au mercredi, les nombreux insurgés
casernés à l’hospice se sont permis certaines grivoiseries déplacées
partout et principalement dans un hôpital. Les souvenirs de sœur Sainte-Philomène
(que l’un des insurgés voulait prendre pour cantinière) l’ont mal servi,
quand elle a raconté à M. Blache que les insurgés avaient été envers elle
et les autres religieuses d’une convenance parfaite. L’un
d’eux l’a été, je suis heureux de le constater, dans la matinée du
mercredi, alors qu’on avait convoqué les tailleuses et couturières ; et
sœur Sainte-Philomène en 1868, oubliait bien singulièrement ce qui s’était
passé et ce qu’elle m’avait dit en 1851. J’aurai plus tard en ce qui
concerne Martin, dit Bidouret à faire les mêmes observations. L’arrivée
des otages avait suivi l’entrée triomphale du général Duteil. Ces
malheureux avaient été enfermés dans l’hôtel de ville et de la
gendarmerie, dans un angle de l’esplanade du cours. Ont-ils été bien traités ?
Ont-ils été exposés à des sévices et à des menaces de la part des insurgés ?
M. Blache assure que l’on a été doux et humain à leur égard. MM. Voiron[27]
et Maquan[28], tous deux otages, disent
le contraire. Je renvoie le lecteur aux brochures et lettres écrites par ces
messieurs. Ce que je sais pertinemment, c’est que l’un des gendarmes
prisonniers ayant demandé et obtenu l’autorisation d’aller voir une dame de
ses amies, fut escorté par quatre hommes armés ; qu’après avoir causé
un instant, la dame voulut faire boire au gendarme un verre de ratafia, et que
l’un des gardiens l’arrêta en disant : faites lui boire de la suie à
ce misérable ! C’est qu’un autre gendarme, obligé de s’écarter
pour satisfaire un besoin, fur gardé à vue et qu’un fusil fut braqué sur
lui ! (à
suivre) Il
faut avouer que ces procédés n’on rien de bien doux et de bien humain, et
qu’il n’est pas étonnant que les otages aient gardé un triste souvenir de
leur captivité. Ajoutez
à ces procédés que les otages n’ont pas rencontré partout et toujours une
extrême courtoisie. M. Blache reconnaît lui-même qu’ils ont été menacés : « Au
sortir du village (La Garde-Freinet), dit-il, des propos menaçants furent tenus
contre les otages. »[29] Il
est vrai, d’un autre côté, que M. Paulin David[30],
le chef des gardiens des otages comprenant la responsabilité qui lui incombait,
a pu et dû être toujours convenable. M. Maquan le confesse honorablement, mais
il n’en a pas été toujours de même pour ses subordonnés, surtout quand
ceux-ci n’étaient pas sous les yeux de leur chef, ainsi que le prouvent les
deux faits que j’ai cités. Pendant
que le général Duteil se recueillait chez M. de Gassier, son état-major
donnait un dernier coup d’œil aux mesures prises, et s’installait ensuite
au Café du Cours, où furent tenus malheureusement des propos alarmants qui,
peut-être mal interprétés, ont donné à l’insurrection d’Aups, un cachet
de sauvagerie exceptionnel. La
commission municipale était toujours en permanence à l’hôtel de ville, délivrant
des laissez-passer aux uns, des billets de logement aux autres, écoutant les
plaintes et les dénonciations. Dans la soirée du mardi, elle reçut ne lettre
portant le pseudonyme de Franconi et dans laquelle on demandait les têtes
d’un certain nombre de notables d’Aups, et surtout celle de M.
Girard-St-André, juge de paix. En réponse à cette dénonciation, elle prit de
suite des mesures pour faire mettre en sûreté ce magistrat. Presque à la même
heure, Brunet écrivait une lettre pleine d’impertinence aux religieuses du
couvent des Ursulines, pour qu’elles eussent à loger 80 insurgés. Cette
lettre fut déchirée sur les instances des membres de la commission toujours
attentifs à diminuer les horreurs de l’occupation ; mais les 80 insurgés
furent en grande partie dirigés sur le presbytère où le curé était gardé
à vue, s’attendant et se préparant à la mort ainsi qu’on peut le voir
dans la note qu’il m’a remise quelques jours après, et que je crois devoir
citer textuellement. « Mardi
7 heures et demi du matin. – Avis que mon dernier moment est venu et que je
dois être fusillé. 3
heures du soir. – Sept hommes armés entrent chez moi, m’annonçant qu’ils
viennent s’établir dans ma maison… Ils me parlent du ton le plus
respectueux. Ils demandent à manger immédiatement, sans préjudice du
souper… Ils m’assurent qu’il ne me sera fait aucun mal, que si quelqu’un
me manquait le moins du monde, il aurait affaire à eux… Dès ce moment, je
suis gardé à vue… On ne me laisse pas la liberté d’aller au couvent. 7
heures. – D’autres hommes au nombre de 8, viennent me demander de les loger,
les premiers les congédient… 8
heures. – 10 autres se présentent encore, mais sur la réponse qu’il y en a
déjà 15, ils vont chercher un gîte ailleurs. Un factionnaire est placé à la
porte du presbytère… 8
heures et demi. – 12 autres viennent demander à souper… un quart d’heure
après 15 autres viennent encore… 2 consentent à aller ailleurs, 13 restent
et absorbent mes provisions pour l’hiver. 10 heures. – 25 insurgés viennent me demander à manger… Je n’ai plus rien, je leur donne le peu d’argent qui me restait, pour qu’ils puissent se procurer du pain et de la viande. 10
heures et demi. – 20 autres viennent me sommer de leur fournir des vivres…
Je n’ai rien… nouveau sacrifice d’argent pour qu’ils s’en procurent. 11
heures. – 70 insurgés se présentent encore et veulent m’obliger à leur
donner à souper et à coucher… Je n’ai rien… une seule pièce de 5 francs
me reste… je ne l’offre pas… pendant qu’ils étaient là, il en entre
une autre compagnie de 20 armés de fusil. Celui qui paraissait le chef, me met
le pistolet sur la poitrine. Il me présente un billet me sommant de m’exécuter
sur-le-champ. Il ne s’agissait de rien moins que de fournir 100 kilos de pain,
50 de viande et du vin à proportion. Je refuse parce que je n’avais rien. Il
me dit de l’attester par écrit. Je le fis de suite. Pourtant il insiste pour
que je donne ce que je n’avais pas. Ce fut alors que M. Codde qui se trouva
avec eux me pria de faire des sacrifices parce qu’ils étaient disposés à
envahir le couvent, outrager le religieuses et les pensionnaires. Cette idée me
fit frémir. Je lui répondis qu’il leur cherchât des vivres et que plus
tard, si j’en avais les moyens, je payerai. Je ne comptais pas payer, puisque
n’ayant pas été fusillé ce jour-là, je m’attendais à l’être le
lendemain… Mercredi
matin. – une escorte d’insurgés m’accompagne à l’église. Je suis prêt
à mourir… la troupe arrive… » J’ai
copié textuellement la note donnée par le curé. J’ajouterai sans
commentaire que peu après ce vénérable curé succombait aux terribles
angoisses qu’il avait éprouvées les 8, 9 et 10 décembre 1851. (à
suivre) [1]
Blache Noël, L’insurrection du Var de 1851, réédition
La Table Rase, Cesson, 1983, p. 94 [2]
Sur les recherches de Noël Blache, voir la
communication de René Merle, De Charles Dupont à Noël Blache, le récit
impossible du témoin, Aix-en-Provence, 4 mai 2001 [3]
Ténot Eugène, La province en 1851. Etude historique sur le coup d’Etat,
Paris, 1865. [4]
Blache Noël, Histoire de l’insurrection du Var en 1851, Paris,
1869 [5]
Sur cette inauguration, voir le
rapport du commissaire de police et Jassaud
André, "Aups et la mémoire de 1851", in Provence 1851. Une
insurrection pour la République, Actes des journées d’étude de 1997
à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon, Association pour 150ème
anniversaire de la résistance au coup d’Etat du 2 décembre 1851, Les Mées,
2000 [6]
Pour une relation complète des événements à Aups, voir le
rapport du juge de paix. [7]
Sur cet épisode, voir Négrel
Frédéric, « La résistance à Artignosc », Bulletin de
l’Association 1851-2001, n°3, mai 1999 [8]
voir sa déposition. [10]
Jean David Alter : Dracénois né en 1806 à
Neustadt (Bavière) de parents français, veuf avec 5 enfants depuis l’été
1848. Négociant en antiquités avant 1848, il se dit ensuite peintre et
cafetier. Le 25 juillet 1851, il se rend à Londres sous le prétexte de
vendre des tableaux. La police le soupçonne plutôt d’y aller rencontrer
Ledru-Rollin. En octobre 1851, il est soupçonné d’être un des
correspondants pour le Var du Comité central de résistance. C’est dans
son café que se réunit le 4 décembre le Comité insurrectionnel de
Draguignan . Farouche partisan de la résistance, il va dans le Haut-Var
(Aups , Moissac ) pousser à la marche sur Draguignan. Il tente d’établir
une liaison avec les Basses-Alpes en envoyant une estafette à Riez. Il intègre
l’état-major de Duteil. Condamné à l’Algérie pour 10 ans par
contumace, réfugié à Nice où
il devient propriétaire du Café Concert. Il y meurt, gracié en 1856
(peut-être à titre posthume). [11]
Joseph Brunet, clerc d’avoué dracénois. [12]
Célestin
Gariel : notaire
de Montmeyan, né le 2 juillet 1816, maire de Régusse. Battu aux élections
cantonales de 1848. En 1849, il appelle à voter pour la liste démocrate-socialiste.
Dans son
interrogatoire de 1852, il
affirme avoir été fait prisonnier par Alter à Aups le 8 décembre et libéré
sur intervention de Marcellin Gibelin. On lui reproche d’avoir réquisitionné
les vivres et les armes et d’avoir accueilli le 10 décembre Antoine
Constans et Giraud de Brignoles. Condamné à l'expulsion, peine commuée en
surveillance le 16 avril 1852. Il reprend ses fonctions de notaire en juin.
Il semble avoir été interné en mai/juin 1853 sur dénonciation : il
quitte Régusse pour Aix le 22 juillet et rentre à Régusse en décembre
1853. Il a ainsi perdu une partie de sa clientèle. En octobre 1855, il
figure sur la liste des hommes dangereux du département. Il redevient maire
de 1860 à 1883. Élu conseiller d'arrondissement pour le canton de Tavernes
en 1864. Conseiller général du canton de Tavernes en 1870. Il décède en
1883. [13]
Pierre Camille Duteil, originaire de Gironde, rédacteur du journal
marseillais le Peuple, commandant l’armée républicaine varoise. [14]
Jean
Baptiste Isoard : épicier
d’Aups, né vers 1814. Président de la société secrète. Condamné à
l'Algérie, gracié le 3 février 1853, sans être allé en Afrique. En
octobre 55, il figure sur la liste des hommes dangereux du département
comme socialiste et influent. Décédé en 1870 à Aups. [16]
Joseph Dubois de Romand venait d’être nommé préfet de Saône-et-Loire
et dut attendre l’arrivée à Draguignan du nouveau préfet Pastoureau
avant de rejoindre son nouveau poste. [17]
Louis Bœuf, 37 ans, potier, sera condamné à l’Algérie moins. [18]
Marcellin
Gibelin dit le Manchot : boucher et cuisinier d’Aups, né vers 1822. C’est dans sa campagne,
quartier Bayard, que s’organise la société d’Aups en octobre 1851. Il
a établi la liaison entre Aups et Salernes en Décembre. Il intervient le 8
décembre pour faire libérer Célestin Gariel, arrêté par Alter. Condamné
à l'Afrique et gracié par Quentin-Bauchart. Il s'installe à Toulon en février
1854. Il embarque fin mars comme cuisinier sur le vapeur de l'état La
Mouette destiné au service d'Orient. Figure sur l'état des anciens
condamnés politiques et hommes dangereux de 1861 : « rouge très
exalté, ne s'occupe pas ostensiblement de politique. » Dans un
autre état, on le considère comme taré et craint pour sa force
physique. Huit proscrits aupsois l'accusent en 1881 d'anti-républicanisme. [19]
Jean-François Antoine Gérard, grand propriétaire à Baudinard. [20]
François Louis Pierre Marie de Gassier, grand propriétaire aupsois. [21]
Tu es bien avaleur, peut-être que si tu en avais une tu serais fort
embarrassé ; tais-toi bavard ! (note de l’auteur) [22]
Antoine Constant, sous-préfet de 1848, président de la société secrète
de Brignoles. [23]
Victor Giraud, vice-président de la société secrète de Brignoles, il se
réfugiera à Nice. [24]
Sur Antonin Campdoras, voir l’article
de René Merle, « Campdoras, de l’espérance républicaine brisée
au rêve américain », Bulletin de l’Association 1851, n°23,
avril 2003 [25]
En fait Augustin Lambert. Sur les événements de Cuers, voir les nombreuses
publications de Charles Galfré, en particulier, Le matricule 5005 est
mort au bagne. Mourre le Pacifique, Marseille, Jeanne Laffitte, 2001 [26]
Louis Etienne Escolle, né le 19 août 1799, avocat à Aups, propriétaire
et conseiller municipal d’Artignosc. [27]
Alphonse Voiron, propriétaire de La Garde-Freinet, futur maire, a publié,
"Récit de six jours de prison par un otage de la Garde-Freinet", Le
Toulonnais, 12 janvier 1852 (disponible dans Freinet-Pays des Maures,
n°2, 2001) [28]
Hyppolite Maquan, avocat légitimiste lorguais, rédacteur de L’Union
du Var, journal dracénois, est l’auteur de L’Insurrection
de décembre 1851 dans le Var. Trois jours au pouvoir des insurgés, Draguignan,
Bernard, 1853, 279 p., qui fait suite à un premier récit publié en février
1852. [29]
Sur les événements de La Garde-Freinet, voir Rocchia Gérard, 1848-1851,
l'histoire oubliée de La Garde-Freinet, La Garde-Freinet, Comité local
pour la commémoration de l'insurrection de 1851, s.d. (2002) [30]
Résistant originaire des Mayons, membre du conseil de guerre républicain.
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Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines |